Historique de l’époque coloniale congolaise : une conférence- débat programmée à l’Institut français du Congo

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L’activité aura lieu le 7 décembre à Pointe-Noire en fin de matinée, dans la salle Tchicaya U Tam’Si, sur le thème « Face à l’histoire : quelle transmission ? », avec la participation de  de trois intervenants de taille, à savoir Catherine Coquery-Vidrovitch, Vincent Bailly et Tristan Thil.  

   
 

Les échanges que suscitera la table ronde s’annoncent déjà passionnants et édifiants. Par des médias et approches différents, les trois intervenants tenteront de rendre compte d’un même fait historique de l’époque coloniale.  

Cette confrérence-débat sera également l’occasion d’exposer les événements qui furent portés à la connaissance publique en 2014, grâce à l’édition du « Rapport Brazza » (1), préfacé par Catherine Coquery-Vidrovitch.

En 2018, sort chez Futuropolis une bande dessinée,  » Congo 1905 – Le Rapport Brazza « , qui relate l’un des événements les plus tragiques de cette époque et en rend compte sous une forme plus artistique. Cette dernière met en scène l’un des faits relatés dans le rapport que Savorgnan de Brazza fit à la suite de sa dernière mission au Congo, peu de temps avant sa mort.

La confrontation de ces deux ouvrages, publiés à quatre années d’intervalle, l’un scientifique et historique, l’autre induit par le premier et privilégiant une approche artistique et fictionnalisée, permettra de poser la question du droit de savoir, du rapport à l’histoire et de ses modes de transmission.

« Rapport Brazza »

En effet, en mars 2014, les éditions Le passager clandestin publiaient, pour la première fois, le rapport établi entre 1905 et 1907 (1) par le ministère des Colonies, à partir des informations rassemblées par la dernière mission de Pierre Savorgnan de Brazza au Congo.

Ce document présenté par Catherine Coquery-Vidrovitch est accompagné de nombreuses autres archives inédites. Et par cette publication, un document fondamental pour appréhender l’histoire coloniale européenne au tournant du XXe siècle est mis à la disposition du public.

Ensuite, en 1903, le journaliste britannique, Edmund Morel, entreprend de lancer une campagne européenne contre les abus du « caoutchouc rouge » (sanglant) de l’État indépendant du Congo, le futur Congo belge, alors soumis au pouvoir discrétionnaire de Léopold II, roi des Belges.

Côté Congo français, les abus sont réputés moins criants. Néanmoins, ils sont assez réels pour provoquer quelques remous dans la presse et au parlement au cours de l’année 1904-1905. En 1905, les autorités françaises se sentent obligées de dépêcher sur place une mission d’inspection. Telle est l’origine de la dernière mission en Afrique de Pierre Savorgnan de Brazza, partie le 5 avril 1905 de Marseille, qui entraîna la mort de l’explorateur, le 14 septembre 1905, à l’escale du retour à Dakar, au Sénégal.

Le rapport qui fut rédigé par le ministère à partir des archives de la mission, jugé explosif, ne fut jamais publié. Il fut oublié et donné pour perdu. Le  » Rapport Brazza » met en lumière un système inefficace, coûteux pour l’État et surtout à l’origine d’abus massifs et intolérables. Il montre le poids exercé par les intérêts privés sur la politique coloniale et prouve que l’administration française ne pouvait ignorer ces dérives mais plutôt qu’elle les tolérait et que, dans une certaine mesure, elle les couvrait.

À travers cette histoire singulière, c’est la question même de la mémoire et de l’écriture de l’histoire coloniale française et européenne qui est posée à nouveaux frais, comme l’explique Catherine Coquery-Vidrovitch, seule historienne française à avoir eu connaissance du rapport, dès 1965.« Tout se passe comme si on avait affaire à un cas d’amnésie collective, ou plutôt à une volonté collective de ne pas savoir, de ne pas se souvenir. Ce manque de curiosité, ou plutôt ce désir, inconscient ou non, de ne pas inventorier le passé colonial, dure encore aujourd’hui. La raison d’être de la présente édition est, sur des faits précis, d’établir aussi fidèlement que possible le savoir tel que nous l’ont transmis des documents originaux, inédits, abondants et librement consultables, seule façon de prendre sereinement connaissance de la totalité de notre passé », dit-elle.

La bande dessinée

Dès les premières planches de la bande dessinée de Vincent Bailly (pour les dessins) et Tristan Thil (pour le texte), on comprend que la mission civilisatrice de la France vantée par Jules Ferry (mais critiquée par Clémenceau) a du plomb dans les valeurs. Sur le terrain, loin des discours de Paris, le territoire a été livré à des compagnies privées dont le but est financier. Et pour gagner de l’argent, tout est permis, y compris faire acte de «justice» à l’explosif.

On retrouve dans cet ouvrage les personnages clés des événements relatés, notamment l’administrateur colonial Emile Gentil, ou des hommes politiques qui apparaissent au fil des pages comme Jaurès. « En 2014, au hasard d’une discussion avec un ami éditeur, Dominique Bellec, je découvrais l’existence d’un rapport encore jamais publié sur la situation coloniale au Congo français, au début du vingtième siècle.  Censuré, ce dossier réputé « disparu » dans les archives du ministère des Colonies allait être publié par la maison d’édition Le Passager clandestin », raconte Tristan Thil.

Et de poursuivre: «  À la lecture du rapport et des archives de la mission, j’apprenais, dans le détail et par des faits précis, la situation abominable de la population du Congo de l’époque. Il y avait des faits, un contexte, un héros, je voulus en faire un récit ».  

Notons que Catherine Coquery-Vidrovitch est une spécialiste des traites en Afrique et de la colonisation. Elle a publié de nombreux ouvrages de référence sur ces sujets. Quant à Vincent Bailly et Tristan Thil, ils sont respectivement dessinateur et scénariste.  

  

 

 

 

 

 

 

 

Légendes et crédits photo : 

L’affiche de l’événement / crédit photo IFC

Source : http://www.adiac-congo.com/

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