Grandes manoeuvres depuis Addis-Abeba sur la RDC

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Le 09 avril, contre toute attente, Félix Tshisekedi sèche la marche qu’il avait pourtant lui-même convoqué pour un voyage polémique en direction d’Addis-Abeba. Entre démenti et couac, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), son parti, admettra à demi-mot la « petite » erreur. Néanmoins, une raison semble justifiée ce départ précipitée pour l’Éthiopie.

« Le président Félix Tshisekedi Tshilombo est à Addis-Abbeba, contrairement à ce que les médias du pouvoir annoncent, il n’est pas à Paris. Que Félix [Tshisekedi] soit au pays ou non, il continue de contribuer à ce combat à sa manière, là où ça l’exige. Nous avons totalement confiance en son leadership et il reviendra bientôt pour continuer le combat« , tentera de justifier Jean-Claude Vuemba, député de l’opposition et proche de M. Tshisekedi.

En effet, alors que cette marche sera une fois de plus étouffée par les forces de l’ordre, le président du Bureau politique du Rassemblement aurait semble-t-il choisi la voie diplomatique pour « faire avancer les choses« , renseigne M. Vuemba. De plus, alors que Félix Tshisekedi n’est toujours pas réapparu, l’Union Africaine, avec son président Alpha Condé, semblent avoir repris l’initiative.Comme souvent, la crise politique actuelle semble se diriger vers une solution diplomatique négociée depuis l’extérieur. Du côté du Rassemblement même, rien n’est fait, alors que cette coalition de l’opposition annonçait des « nouvelles actions sous 48 heures ».

Vers une nouvelle médiation

Grandes manoeuvres depuis Addis-Abeba sur la RDCA Paris où il a rencontré le président François Hollande, le président guinnéen a clairement fait savoir le souci de son institution de trouver une solution à la querelle entre le président Kabila et ses opposants. « Il y a un sujet de préoccupation que nous avons abordé qui est la République démocratique du Congo et je fais confiance à l’Union africaine pour trouver des solutions de médiation indispensables« , a dit François Hollande dans une déclaration à l’Elysée aux côtés d’Alpha Condé, en visite d’Etat en France.

Dans un entretien à TV5 Monde, ce dernier a dit son souhait d’aider la RDC à sortir de la crise grâce à la médiation d’une Union africaine dont le président guinéen veut faire une instance où « les problèmes des Africains sont résolus avec les Africains« . « Le Congo c’est le coeur de l’Afrique« , a fait valoir le président guinéen. « C’est extrêmement important pour nous la stabilité, la sécurité et la paix au Congo Kinshasa« .

« En tant que président de l’Union africaine, je parle avec le président Kabila, j’ai parlé avec les différents mouvements de l’opposition et nous sommes à leurs côtés pour les aider à trouver une solution qui permette au Congo de faire des élections transparentes« , a-t-il ajouté.

Presque au même moment, le Chef de la diplomatie congolaise, Léonard She Okitundu annonce mettre également cap vers la capitale éthiopienne pour y rencontrer Moussa Faki, le président de la Commission de l’UA. Si les deux hommes ont soigneusement éludé la fâcheuse question de la nomination de Bruno Tshibala, décriée par la Communauté internationale, une mission de « haut niveau » est tout de même évoquée pour « évaluer » la situation sur place à Kinshasa.

Dans le coulisses, comme ont laissé entendre les présidents Condé et Hollande, l’Union africaine pourrait bientôt envoyer un nouveau médiateur pour se greffer à la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), qui reprendront ensemble les bons offices pour enfin signer l’arrangement particulier.

Que faire de Tshibala?

Grandes manoeuvres depuis Addis-Abeba sur la RDCNéanmoins, la nomination de Bruno Tshibala soutenue de tout coeur la Majorité Présidentielle, et que le Rassemblement d’où il a fait dissidence, boude, pourrait constituer un point de blocage majeur. L’aile de Limete pariant toujours sur Félix Tshisekedi, tandis que le rapport de forces au sein de l’opposition concernant sa personne a largement changé. Le Rassemblement ne peut en effet compter sur le soutien de l’opposition signataire de l’accord du 18 octobre dernier à la Cité de l’UA (à Kinshasa), ni celle dirigée le président du Sénat, Léon Kengo et compte en son sein des plateformes qui sont toujours versatilles au sujet de Bruno Tshibala.

Mardi, Willy Mishiki, vice-ministre sortant de l’Énergie a laissé entendre qu’il y aurait des proches de Félix Tshisekedi au sein du Rassemblement qui auraient encore de la complaisance pour Bruno Tshibala, le tout nouveau Premier ministre nommé par le président Joseph Kabila, mais que cette partie de l’opposition politique boude.

« Il appartient à Bruno Tshibala de faire un pas vers l’UDPS. J’ai parlé avec beaucoup de leaders qui sont restés à côté de Félix Tshisekedi. Ils estiment que Bruno Tshibala est un enfant de la maison. Mais il faudrait que ça soit lui qui puisse lancer des signaux positifs. Voilà pourquoi je demande à Bruno Tshibala d’aller lui-même vers l’UDPS au lieu d’attendre que l’UDPS vienne vers lui« , affirmait M. Mishiki sur TOP CONGO FM.

Bien avant lui, le député congolais Jean-Pierre Lisanga, pourtant allié à Félix Tshisekedi, s’est laissé aller dans une sortie un peu confuse, affirmant attendre « une invitation officielle » pour répondre à l’offre des consultations entamées par Bruno Tshibala en vue de la formation du prochain gouvernement.

« Le président Kabila a montré,  en nommant Bruno Tshibala, clairement qu’il n’est pas prêt à choisir Félix Tshisekedi. De plus, son choix est largement soutenu même au sein de l’opposition. Il est donc peu probable de voir un autre Premier ministre nommé, sauf si l’opposition, y compris le Rassemblement, choisissait unanimement quelqu’un d’autre« , renseigne un cadre de la Majorité Présidentielle qui a requis l’anonymat.

A cette question, des proches de Félix Tshisekedi joint au téléphone par POLITICO.CD restent catégoriques: leur leader à la Primature ou rien du tout. Un nouveau bras de fer se profile donc à l’horizon, et la perspective de voir les élections être organisées cette année s’éloigne de plus en plus.

Dans une interview accordée à la Radio France Internationale (RFI) mercredi,  le professeur  Bob Kabamba affirme pour sa part qu’il y aurait pas d’élections cette année en RDC. . « Il n’y aura pas d’élection avant fin 2017. Ça, c’est tout à fait clair. D’autant plus que nous sommes à sept mois de l’échéance. Du côté de la Majorité présidentielle, il n’y a pas de dauphin qui soit désigné, alors je vois mal comment le gouvernement Kabila pourrait accepter d’aller à des élections d’ici sept mois, sans avoir un dauphin qui soit désigné et qui puisse préparer un plan d’action pour être sûr de pouvoir remporter ces élections« , a-t-il argumenté.

A Kinshasa, Bruno Tshibala poursuit lui les consultations pour la formation du prochain gouvernement, comme si rien n’était. Le Premier ministre réaffirme officiellement sa détermination à organiser « les élections cette année », tout en multipliant des niveaux en direction du Rassemblement, laquelle n’a toujours pas répondu favorable.

 

Source : Politico CD

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