Francophonie: Paul Nzeté invite à la valorisation des langues partenaires

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L’ancien doyen de la Faculté des lettres et des sciences humaines de l’université Marien-Ngouabi, professeur de linguistique, a animé, le 20 mars, à l’Institut français du Congo, une conférence débat sur le thème « Francophonie et multilinguisme ».

Au cours de son exposé, Paul Nzeté a fait savoir que la francophonie devrait s’intéresser obligatoirement aux langues partenaires aux côtés des Etats concernés au lieu de s’occuper seulement de la langue française. Les Etats africains, a-t-il indiqué, ne font rien pour les langues nationales.

Les francophones, a-t-il insisté,  devraient contribuer au développement des langues partenaires.  Le français et les langues congolaises, par exemple,  ne sont pas en concurrence;  la langue  française  remplace les langues véhiculaires. L’aliénation linguistique casse justement cette concurrence, l’Etat ne s’intéresse même pas à la politique linguistique, a-t-il renchéri.

Pour lui, nombreux des Congolais manifestent un complexe de supériorité lorsqu’ils s’expriment en français. Certains parents exigent à leurs enfants  de parler la langue française et non la langue vernaculaire. « Une langue que l’on n’enseigne pas est une langue vouée à la  mort, beaucoup de langues en Afrique sont  dans cette situation. Plusieurs propositions ont été faites pour introduire les  langues véhiculaires dans l’enseignement. Cette proposition a été  pourtant  enterinée et l’Etat n’en a  pas tenu compte.», a-t-il déclaré.

Au niveau international, pense le Pr Nzeté , les langues partenaires n’ont aucune ambition de vouloir s’épanouir. Les  promoteurs des langues nationales n’ont aujourd’hui aucune idée dans ce sens pour qu’elles soient utilisées aux Nations unies  comme le français.  Il y a très peu de gens qui souhaitent que l’enseignement se passe aussi dans les langues nationales, rien ne gêne véritablement le français, a dit l’ancien doyen de la Faculté des lettres. 

 Dans l’enseignement et la communication de masse, a-t-il souligné,  les langues nationales pourraient être une complémentarité enrichissante au lieu de tout laisser en français. Au Congo, en déhors des journaux en langues nationales, lingala et kituba, il y a par contre plusieurs  émissions en  français et peu en langues nationales. La francophonie a intérêt de renforcer les langues partenaires comme alliées vis-à-vis de l’anglais qui domine actuellement le monde.    

Paul Nzeté a  regretté, par ailleurs,  que « La francophonie est devenue essentiellement politique. Elle se préoccupe des problèmes de paix, de démocratie et de droits de l’homme. Le sort du français et des langues partenaires devient secondaire » .

L’un des participants à cette cérémonie a fait remarquer : « Lorsque la France se bat pour que le français reste une langue internationale, c’est pour défendre non seulement la langue mais également  sa culture et des domaines qui lui appartiennent  depuis toujours. Il n’y a pas de coexistence entre le français et nos langues. Les français ne peuvent pas financer le développement de nos langues;  au contraire, c’est à nous-mêmes de le faire.» .  Et d’ajouter: « Un enseignant  congolais est incapable de dispenser son cours  en kituba ou en lingala, le problème,  c’est nous-mêmes et non les Français ».

Légendes et crédits photo : 

Photo : Paul Nzeté répondant aux questions

Source : http://www.adiac-congo.com/

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