Financement de l’école : la contribution de la communauté éducative ouvre la brèche aux arnaqueurs

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Les acteurs de l’enseignement primaire, secondaire et de l’alphabétisation ont recommandé récemment, sans en définir les contours, la participation des parents d’élèves au financement de l’école congolaise. Sans textes d’application, la mesure semble donner libre cours au racket pratiqué dans plusieurs établissements de Brazzaville.

L’année scolaire 2017-2018 lancée officiellement le 2 octobre sur toute l’étendue du territoire congolais n’a pas drainé grand monde dans les écoles. Dans plusieurs villes du pays, beaucoup d’enfants n’ont pas répondu à l’appel pour diverses raisons. Si nombreux sont ceux qui pointent du doigt le paiement un peu tardif du salaire du mois de septembre aux fonctionnaires, l’autre raison, omniprésente, est la lenteur administrative dans les procédures d’inscription et de transfert des élèves d’un établissement à un autre.

Cette dernière situation emmène certains parents à aller directement dans des établissements publics pour inscrire leurs enfants. Ceci, moyennant des sommes d’argent exorbitantes. « J’ai payé 25 000 FCFA pour faire inscrire deux enfants au CEG de la Liberté parce que je n’arrivais plus à supporter le poids des écoles privées », a témoigné une mère célibataire, la trentaine révolue.

Un journaliste exerçant dans une chaîne nationale n’a pas, lui aussi, échappé à cette tentation : « J’ai dépensé 15 000 FCFA pour inscrire un enfant au lycée de Mafouta ». Dans certaines écoles, les responsables parlent sans ambiguïté de l’argent exigé pour inscrire un enfant. Ils justifient désormais cela par la participation des parents au financement de l’école, recommandée par les participants à la 19e session du conseil national de l’éducation préscolaire, de l’enseignement primaire, secondaire et de l’alphabétisation, organisée du 13 au 15 septembre dernier à Brazzaville. 

Interrogé sur le sujet par la presse, lors de sa ronde à l’occasion de la rentrée scolaire, le ministre de l’Enseignement primaire, secondaire et de l’alphabétisation a rétorqué qu’il n’y avait aucune preuve concernant ces informations. « Cela n’existe pas, nous avons sillonné les établissements, il faut qu’il y ait un parent qui soit capable de nous dire qu’il a été dans tel établissement… », rejetait catégoriquement Anatole Collinet Makosso. Le ministre n’excluait pas le fait qu’il pourrait y avoir des chefs d’établissement et des fonctionnaires « incontrôlés ou véreux ».

Concernant la contribution des parents au financement de l’école, il a signifié que jusqu’à ce jour, aucun texte n’a été pris pour spécifier cela. « Je puis vous dire, et je prends à témoin les parents d’élèves, dans aucun établissement on leur aura demandé de l’argent pour inscrire un enfant », a poursuivi le ministre.

Et pourtant, la réalité sur le terrain est tout autre. Même au beau temps de la fameuse gratuité scolaire qui semble être remise en cause actuellement, crise économique oblige, les gestionnaires des établissements scolaires se frottaient toujours les mains devant le pécule cumulé au détriment des parents d’élèves en manque d’alternative pour l’inscription de leurs enfants.

« Vous voyez le comportement des Congolais inciviques qui vont chercher à corrompre mon cadre qui n’est même pas le chef de l’établissement, ni le directeur des études ou le surveillant général. Il vous demande de l’argent alors qu’il n’en a pas qualité et vous allez vous faire escroquer en donnant de l’argent », poursuivait le ministre dans ce quiproquo à la lisière de l’injure aux « malheureux journalistes ».

« Eviter de propager des fausses nouvelles, éviter de ternir l’image de l’école par des comportements dont vous êtes vous-mêmes responsables et auxquels vous êtes habitués », martelait-il sous les ovations de l’équipe de maîtrise du CEG de la Liberté, un des établissements souvent cité en exemple pour racket des élèves et leurs parents.

Cette séquence lamentable illustre le grand faussé qui sépare les gestionnaires de la chose publique de la réalité vécue par le bas-peuple.

Source : adiac-congo.com

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