Félix Tshisekedi sort de l’ombre de son père

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Félix Tshisekedi a vécu la majeure partie de son existence dans l’ombre de son père, Etienne, chef de file historique de l’opposition en République démocratique du Congo (RDC), dont il a repris le flambeau à sa mort en 2017.

Proclamé jeudi vainqueur de l’élection présidentielle, c’est lui qui a donc accompli son objectif, mais son élection a aussitôt été contestée par Martin Fayulu, autre candidat de l’opposition, qui l’accuse d’avoir conclu en coulisse un accord de partage du pouvoir avec Joseph Kabila, le chef de l’Etat sortant, ce qui risque de nuire à son autorité et à sa légitimité.

France et Belgique ont par ailleurs exprimé leurs doutes quant à l’issue du scrutin.

L’annonce de sa victoire parachève, quoi qu’il en soit, une fulgurante ascension. Aujourd’hui âgé de 55 ans, Félix Tshisekedi a grandi à Kinshasa au début du règne de Mobutu Sese Seko. Son père a fait partie du gouvernement sous sa présidence, avant de rompre avec le dictateur pour fonder en 1982 l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), premier parti d’opposition, qui a été la cible d’une sévère répression.

Lui-même a été emprisonné à plusieurs reprises. Sa femme et ses cinq enfants ont quant à eux dû s’exiler en Belgique en 1985, où Félix a exercé plusieurs petits métiers.

De retour en RDC, il a milité discrètement à l’UDPS jusqu’à son élection aux législatives de 2011, tandis que son père s’inclinait face à Joseph Kabila au second tour de la présidentielle organisée au même moment.

Félix Tshisekedi a commencé à émerger en 2014, avec une tournée nationale effectuée alors que son père multipliait les séjours en Europe pour raisons de santé.

« FÉLIX N’EST PAS SON PÈRE »

Son ascension n’a pas été du goût de tous au sein de l’UDPS, où les détracteurs de la « dynastie » Kabila ne pouvaient accepter une succession du même ordre. Certains lui reprochaient même, à lui et à sa mère, de considérer le parti comme un héritage familial.

Plusieurs membres de la direction se sont par ailleurs indignés des pourparlers qu’il a acceptés d’entamer en 2015 sur la prolongation du mandat du chef de l’Etat, qui devait expirer à la fin de l’année suivante.

La mort de son père, en février 2017, immédiatement après l’accord sur cette prolongation d’un an qui a donné lieu à de violentes manifestations, a donc achevé de le propulser au premier plan.

Sa cordialité et sa ressemblance frappante avec Etienne Tshisekedi ont très certainement séduit bon nombre de militants de l’UDPS. Aux yeux des vétérans du mouvement, il supporte toutefois mal la comparaison avec Etienne, dont la dépouille est restée deux ans dans une morgue bruxelloise, Kinshasa craignant que son rapatriement ne donne lieu à des troubles.

« Félix n’est pas son père », affirme l’un de ses détracteurs, sous couvert de l’anonymat. « Etienne Tshisekedi n’a jamais été au pouvoir parce qu’il n’a jamais voulu faire de compromis sur la vérité et la justice ».

En novembre, le nouveau chef de file de l’UDPS s’est rangé derrière la candidature de Martin Fayulu à la présidentielle dans le cadre d’une union de l’opposition, avant de changer d’avis 24 heures plus tard pour faire cavalier seul.

Donné en tête des intentions de vote en octobre, il n’a ensuite cessé de céder du terrain pour finir à 20 points de Fayulu dans les sondages.

Si sa victoire est confirmée, il devra faire face à d’énormes défis, comme ceux de l’aide alimentaire dont dépendent 13 millions de ses concitoyens. Les doutes quant à sa légitimité pourraient en outre galvaniser les mouvements armés toujours actifs dans l’Est.

Source: http://www.mediacongo.net/

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