Félix Tshisekedi: la Vérité si je mens

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Les mensonges adoucissent la vie. Charles Baudelaire, poète français, disait plus aimablement : “C’est par le malentendu que tout le monde s’accorde”.  En politique, une science basée sur des mouvements du corps, les feintes et les faux-semblants, la maxime prend ainsi tout son sens.

Dimanche 9 avril, Félix Tshisekdi, l’irrésistible héritier de son père a certes eu recours à cette maxime. Coupable d’avoir mal calculé son timing, séchant une « mobilisation générale » où les combattants devaient prendre les commandes du Palais de la nation à Kinshasa, l’homme a pris l’avion, pour une destination qui devrait être tenue secret. Malheureusement, Augustin Kabuya, appelé à jouer le rôle du défenseur n’était visiblement pas dans la confidence. Il commettra le faux-pas, digne de déclencher un tollé: comment a-t-il pu faire cela? S’interrogent certains. Les plus incrédules, les vrais combattants, prendront le chemin le plus court: intox. Ceux qui annoncent la nouvelle sont vilipendés. Des corrompus, payés par le Pouvoir. Cet éditorial risque la même sentence: « la vérité n’est pas du tout bonne à dire, surtout lorsque le pays entier est sous occupation», m’a écrit un Député.

Et puis, qu’aurait-il pu faire, Félix? Imaginons un seul instant qu’il annonce ce dimanche-là à 12h: « je vais sécher la marche pour me rendre à Addis-Abeba ». Tout bébé, à la troisième taloche qu’il reçoit,  l’enfant sait déjà d’instinct que la vérité n’est pas payante. Et tous les avocats vous le diront : “N’avouez jamais”.  Qu’est-ce qu’un politicien? La menterie incarnée affirme Montherlant, le romancier français.  Et pas seulement politicien: le monde entier ment, sauf Lambert Mende.

Ainsi, Félix s’imagine un voyage « important » vers l’Éthiopie, plus important que la marche. « Le salut du pays est en jeu« . A son retour à N’djili lundi 17 avril après-midi, l’homme bombe le torse. Tel César, victorieux et de retour. Il reprend ainsi son costume de leader de l’opposition à venir. Récitant le poème éthiopien imaginé par Kabuya. Va-t-il oublier de quitter la peau de Lambert? Ou serait-il toujours dans la lignée de la perfection de cet art doux et ô combien profitable: le mensonge.

Alors, comme lui. Je vais vous mentir. Je ne vous dirais jamais que plusieurs de ses proches ont confirmé plutôt un rendez-vous avec l’opposant Moïse Katumbi, qu’une vraie rencontre à l’Union Africaine. Non, je ne vous dirais non plus que Jean-Pierre Lisanga a affirmé la même chose. De toutes les façons, l’avis de l’apostat des Tshisekedistes ne vaut plus rien. Il aura oublié de mentir, au sujet de ses envies de faire partie du saint gouvernement Tshibala. Aussi, je ne vous dirais pas que malgré son importante tournée, Félix Tshisekedi n’a rien obtenu de concret: l’Union Africaine a annoncé soutenir Bruno Tshibala, alors que Maman Sidikou de son côté, a oublié, le temps d’un sourire, qu’il était diplomate; des hommes dont le métier c’est de dire la vérité plus poliment; portant ainsi préjudice à l’opposition.  Et enfin, notre mensonge va couvrir le bilan mitigé de ce voyage salvateur de Félix Tshisekedi: marche ratée, Bruno Tshibala intronisé, Joseph Kabila squattant toujours le Palais de la Nation,  et image personnelle ternie. Même si, la vérité, denrée rare, voudra qu’on lui prête l’erreur du débutant. Et que notre amour pour la démocratie et la liberté arrive à lui pardonner cet écart. N’est-il pas de nôtres? Le fils de son père? Un Thisekedi?

Chutons. Les mensonges, c’est le papier verre de la vie, son encaustique, sa lustrine, son vernis. Nous mentons pour poncer toutes les aspérités de l’existence. Les photographes retouchent bien les photos des stars pour les rendre plus seyantes ! Le fard est illusion, tricherie mirage, bienheureux artifice et parfaite tromperie. Oublions les dessous chics, les fausses blondes, la magie des escarpins, les miracles de la chirurgie esthétique – et tout est au mieux dans un meilleur des mondes où les artifices sont légion et notre érection puissante. Laissons la vérité aux experts, à Lambert Mende, aux juges, aux policiers, et à Dieu le Père, dont la naissance du fils relève déjà de l’enchantement. Et baignons les yeux ouverts dans le mystère du faux, du factice et du fictif : le bonheur est à ce prix. Mais prudence ! L’essentiel demeure : le mensonge doit frôler la perfection. Un visage honnête, une voix calme, un regard serein vous autoriseront seul à posément imiter Félix Tshisekedi. Autrement, vous serez dans la même situation. Ne dit-on jamais: mentez mentez, il en restera toujours quelque choses?

Litsani Choukran,
Le Fondé, inspiré par Charles Baudelaire

Source : Politico CD

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