Enquêtes sur les massacres du Kasaï: Ida Sawyer contre le duo Thambwe Mwamba et Mushobekwa à Genève

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Expulsée de la République Démocratique du Congo, la directrice Afrique de Human Right Watch ne s’avoue pas vaincue. Ida Sawyer a contredit, ce mardi 20 juin 2017, la position du gouvernement sur l’enquête internationale relative au drame du Kasaï.

Face aux deux membres du gouvernement, Alexis Thambwe Mwamba et Marie Ange Mushobekwa, respectivement ministre d’État en charge de la Justice, et ministre des Droits Humains, Ida Sawyer a plaidé ce mardi à Genève, devant le Conseil des Nations Unies pour le Droit de l’homme pour une enquête internationale totalement indépendante sans l’implication du gouvernement.

Elle a donné 4 raisons pour soutenir sa thèse, notamment la faillite du gouvernement, le gouvernement cache ses crimes, une justice aux ordres et indépendante en République Démocratique du Congo.

Pour elle, il faut que justice soit rendue aux victimes puisque « Le gouvernement congolais a failli à ses obligations d’enquêter sur les abus présumés commis dans les Kasaï. Le Conseil devrait d’urgence organiser une enquête internationale indépendante – par une commission d’enquête ou par un mécanisme similaire – afin d’aider à ce que justice soit rendue. Si le gouvernement congolais n’a rien à cacher, il ne devrait pas s’opposer à une telle enquête.»

Par sa prise de position, Ida Sawyer a croisé le fer avec le gouvernement, par l’entremise de son ministre en charge de la Justice et celle des droits humains, qui soutien la version d’une enquête internationale sous la supervision de la RDC.

La RDC n’a rien à cacher

Enquêtes sur les massacres du Kasaï: Ida Sawyer contre le duo Thambwe Mwamba et Mushobekwa à Genève

Prenant la parole à son tour, la ministre des droits humains, Mme Marie-Ange Mushobekwa, a tout d’abord tenu à remettre les pendules à l’heure en assurant que « contrairement aux affirmations sans fondement avancées par certains pays », il n’y avait « aucun lien de cause à effet, entre la situation sécuritaire dans les Provinces du Kasaï et le processus électoral » en RDC.

Avant d’éclairer le Conseil sur les actions menées par l’Etat congolais, puisqu’il n’est pas resté inactif depuis le début de cette violence. En effet, selon la minsitre, dès le mois d’avril, le président Joseph Kabila avait instruit le Ministre de la Justice de « prendre des dispositions relevant de sa charge, afin que les parquets et auditorats puissent ouvrir des enquêtes là où ce n’était pas encore le cas, et diligenter celle en cours, pour que, dans les meilleurs délais, justice soit rendue à toutes les victimes des atrocités du Kasaï ».

La RDC n’a rien à cacher, que du contraire, elle fait « le maximum pour qu’il y ait manifestation de la vérité », a-t-elle tenu à souligner dans son discours.

C’est ainsi que des procès – auxquels assistent la Monusco, le Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’Homme (BCNUDH) et même des ONG de défense des droits de l’Homme – sont en cours, « en toute transparence », contre certains éléments des forces de sécurités congolaises « indisciplines » ou contre des miliciens Kasaiens. Cela afin que la justice soit rendue tant aux 2 experts de l’ONU tués au Kasaï, ainsi qu’à leurs accompagnateurs congolais, qu’aux 1333 civils et 289 policiers tués à ce jour par « le groupe terroriste de Kamuina Nsapu ».

Et visant déjà indirectement Clément Kanku, dont le nom figure parmi les instigateurs de cette violence, la ministre a fait part de poursuites à l’encontre de « toutes les personnalités civiles et/ou politiques, qu’elles soient ou aient été PDG, Ministres, Députes, Sénateurs ou Gouverneurs, dont la culpabilité sera établie à l’issue des enquêtes ». Ils auront à répondre de leurs actes.

C’est toutefois cette absence d’impartialité que redoute le plus l’ONG des droits de l’Homme puisque sa présidente assure que le « gouvernement congolais a un lourd bilan en matière d’ingérence dans les affaires judiciaires politiquement sensibles et le système judiciaire s’est jusqu’à présent montré incapable d’effectuer des enquêtes crédibles sur les allégations de crimes. »

A cela, Mme Mushobekwa rétorque que le Conseil des droits de l’Homme ne devrait pas être une institution instrumentalisée « pour régler des comptes aux Etats dont les dirigeants ne leur plaisent pas »  

« Il faut que justice soit faite »

Enquêtes sur les massacres du Kasaï: Ida Sawyer contre le duo Thambwe Mwamba et Mushobekwa à Genève

Toute cette joute oratoire n’est malheureusement pas dénouée de toutes arrière-pensées dans l’esprit des 2 parties. Fondamentalement, derrière ce débat entre le gouvernement et les ONG des droits de l’homme se jouent les modalités de l’enquête internationales sur les violences au Kasaï. Or pour le moment chacun des 2 camps semble camper sur ses positions.

Pour la RDC, il y a cette exigence de garder « le leadership de ces enquêtes » et de limiter la collaboration avec la future équipe d’enquêteurs des Nations unies à un soutien de moyens techniques et/ou logistique. Proposition qui semble par ailleurs convenir à plusieurs pays du continent africain.

Par contre, les accusations de HRW portées contre le gouvernement semblent vouloir manifester la tendance à une enquête internationale indépendante sous l’égide de l’ONU. Proposition à laquelle se sont ralliés plusieurs pays européens et de l’UE.

Les débats vont reprendre avec sans doute l’intervention d’un vote final, qui devrait départager les protagonistes, ce jeudi .

Pourtant, quelle que soit la formule diplomatique utilisée pour déterminer le(s) vainqueur(s), le véritable enjeu demeurera de savoir si en réalité toute cette mobilisation internationale va, dans les jours à venir, permettre de connaitre avec certitude les auteurs et commanditaires de ces violences macabres et de s’assurer que justice soit rendue à tous les innocents morts par la folie d’instigateurs responsables de tant de massacres.

C’est le seul point jusqu’à présent sur lequel tout le monde s’accorde: « Il faut que justice soit faite ». Peu importe que l’on défend le droit d’ingérence ou le principe de la souveraineté nationale. 

Source : Media Congo

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