Elections: Troisième report en deux ans !

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Et voilà un coup de théâtre comme seule la RD-Congo sait les mettre en scène. En annonçant, en principe hier en fin d’après midi, le report des élections présidentielle, législatives et provinciales à trois jours du scrutin, la Commission électorale indépendante (CENI) a une nouvelle fois fait la preuve de son inefficacité. Une habitude qu’elle ne cesse d’illustrer avec une confondante régularité depuis la dernière élection présidentielle de 2011.

Troisième report en deux ans

Concertation entre le pouvoir et l’opposition en vue de régler la crise politique de 2016 due notamment à la non tenue des élections en décembre 2016 comme le stipulait la Constitution.

En deux ans, c’est la troisième fois qu’elle repousse les élections, permettant à Joseph Kabila de rester au pouvoir alors que le mandat pour lequel il a été élu en 2011 s’est achevé le 19 décembre 2016 ! 

Reportées une première fois à l’expiration du deuxième et dernier mandat du président Kabila fin 2016, officiellement faute de moyens financiers. Ce report avait suscité des protestations réprimées dans le sang en septembre et décembre 2016.

Un accord in extremis sous l’égide des évêques le 31 décembre 2016 avait prolongé de facto d’un an le pouvoir du président Kabila, moyennant des élections en décembre 2017.

Elles ont une nouvelle fois été reportées, officiellement en raison du retard pris dans l’enregistrement des électeurs au Kasaï, région du centre de la RDC victime d’un violent conflit entre septembre 2016 et mi-2017.

Cette fois-ci, les élections sont officiellement reportées en raison du retard pris dans le déploiement du matériel électoral conséquence d’un incendie qui a touché un entrepôt de la Céni le 13 décembre à Kinshasa. 

« Plus de deux ans après l’expiration des délais constitutionnels, aucun report n’est justifiable », a prévenu la coalition Lamuka constituée autour de l’opposant Martin Fayulu.

Mais est-ce la bonne raison ? « Je suis un peu surpris par cette décision si tardive car ce n’est pas vraiment le meilleur moment pour le gouvernement de repousser les élections », répond un observateur habitant la capitale congolaise. « Il est politiquement dans une position très favorable. Le système de vote, bien que rejeté par la population, sert son intérêt. Il en est de même pour le découpage du pays sur le plan politique et sécuritaire. »

Pour autant, nuance aussitôt cet observateur, « c’était très prévisible car il y avait des manques de financement et surtout, un manque de logistique énorme. » D’autant qu’elle a refusé pour ces élections l’aide logistique et financière que lui proposait la communauté internationale dont les moyens aériens de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco).

Des réactions vives

Comment les Congolais vont-ils réagir à ce troisième report ? Hier, la coalition autour du principal candidat de l’opposition, Martin Fayulu, a annoncé qu’« aucun report n’est justifiable ». Et a mis en garde les « responsables de la manière dont le processus électoral se déroulera » en leur disant qu’ils devront « assumer toutes les conséquences de cette mascarade ».

Le mouvement citoyen Filimbi, anticipant le report annoncé par la CENI, a appelé, dès hier matin, la population congolaise à se mobiliser « afin qu’elle déjoue le plus pacifiquement possible le simulacre électoral mis en place par le régime Kabila en faisant du 23 décembre 2018 le point de départ d’une grande résistance populaire ».

Son coordinateur, Floribert Anzuluni et son chargé de l’idéologie et des actions, Robert Njangala, estiment qu’« au cours des prochaines semaines, le pays sera malheureusement une fois de plus plongé dans une crise encore plus grave aux conséquences nationales, régionales et internationales inestimables. »

De la résignation

Les Congolais ont vraiment envie de changement et d’élection. Mais vue l’élection qui était préparée, ils n’ont absolument aucun espoir, ni d’intérêt dans le processus électoral. (© John WESSELS / AFP)

« Je sens que les gens ne sont pas très mobilisés, tempère Thierry Vircoulon, de l’Institut français des relations internationales (Ifri), même la diaspora. Rien à voir avec 2011. Elle est totalement absente du débat cette fois-ci. Les Congolais n’attendent pas grand-chose de ces élections car ils savent que les dés sont pipés. »

Personne n’imagine, en effet, une défaite du dauphin de Joseph Kabila, Emmanuel Ramazani Shadary, en raison de la main mise du régime sur le processus électoral, de la culture et de l’exercice du pouvoir en RDC depuis l’indépendance du pays. Surtout après l’incapacité de l’opposition à se mettre d’accord sur une candidature unique dans une élection qui se joue à un tour !

« Il y a une ambivalence : les Congolais ont vraiment envie de changement et d’élection, d’un changement pacifique pour une fois. Mais vue l’élection qui était préparée, ils n’ont absolument aucun espoir, ni d’intérêt dans le processus électoral. Ils n’ont pas envie de perdre du temps dans cette histoire », note cet observateur de Kinshasa, résumant le sentiment général qui domine parmi les spécialistes de la RDC comme en témoignait une récente conférence organisée par l’Observatoire de l’Afrique australes et des Grands Lacs de l’Ifri, le 13 décembre à Paris.

La population est à bout de souffle. Ses conditions de vies sont épouvantables. Du point de vue économique et social, le tableau est consternant. Au moins huit habitants sur dix vivent sous le seuil de pauvreté absolue selon un rapport du FMI.

Ce pays immensément riche en ressources naturelles (premier producteur de cobalt au monde, il est parmi les plus grands producteurs de cuivre et de diamant de la planète, doté de fantastiques ressources hydrauliques et forestières) est habité par des pauvres. Seule 50 % de la population a accès à l’eau potable, un taux qui descend à 30 % en milieu rural. Traduction de cette réalité, le recul de dix ans de l’espérance de vie, de 59 ans en 1990 à 49 ans en 2014.

Une insécurité récurrente

À cela s’ajoute une autre catastrophe, la sécurité. L’est est le champ de bataille de 70 groupes armés, sans compter les intrusions régulières des voisins ougandais, rwandais et burundais comme en ce moment, depuis le mois d’octobre.

Les provinces du Kasaï sont également touchées par l’ultra-violence depuis l’été 2016, obligeant plus d’un million de personnes à fuir leur foyer. Dans le Sud-Est, les conflits entre les communautés se multiplient. Encore dimanche et lundi où au moins 80 personnes ont été tuées dans la soudaine irruption de violences communautaires entre Banunu et Batendé qui a touché la province du Mai-Ndombe au nord de Kinshasa. Sur les 70 millions d’habitants que compte la RDC, 2,7 millions sont des déplacés ou des réfugiés.

« La population est à bout de souffle. Pas le régime : il est assis sur les plus grandes réserves de Cobalt et de lithium au monde. Les intérêts des plus grands, y compris de la France, sont directement concernés par ce pays. Les voitures électriques ne peuvent pas rouler sans lithium ni cobalt », rappelle l’observateur. C’est pourquoi, Joseph Kabila et les siens ne sont pas prêts à quitter le pouvoir.

Source: http://www.mediacongo.net/

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