Economie: le débat s’anime autour du franc CFA

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La vieille polémique sur le franc CFA n’en finit pas de défrayer la chronique. Aussi bien du côté des techniciens que des politiques, le sujet est au centre des discussions et les avis, plus que jamais, sont inconciliables. Les opposants à cette monnaie partagée par quatorze Etats africains et garantie par le Trésor français, redoublent d’ardeur sur les réseaux sociaux.

Régulièrement critiqué dans les pays africains qui l’utilisent, le franc CFA compte des ennemis jusqu’en Europe où la charge la plus spectaculaire a été récemment lancée par le vice-président antisystème du Conseil italien, Luigi di Maio, qui a accusé la France d’utiliser « le franc des colonies » pour « financer la dette publique française ». Il affirmait que le franc CFA appauvrissait l’Afrique.

Mais les avis sont toujours tranchés. Après avoir été reçu par Emmanuel Macron la semaine dernière, le président ivoirien, Alassane Ouattara, a vivement défendu le sujet. Il a demandé que « cesse le faux débat » sur le franc CFA, qui est « une monnaie solide, bien gérée et appréciée ».

 A l’issue de l’entretien à l’Elysée, le président Ouattara a dit à la presse: « J’ai entendu beaucoup de déclarations sur le franc CFA. Je ne comprends pas ce faux débat. Le franc CFA est notre monnaie, c’est la monnaie de pays qui l’ont librement choisie, depuis l’indépendance dans les années 1960 ».  Mettant en avant les taux de croissance des huit pays de l’Afrique de l’ouest qui l’utilisent, le président ivoirien a ajouté: « Elle est solide, elle est appréciée, elle est bien gérée ». Il a assuré: « Nous sommes très, très heureux d’avoir cette monnaie qui est stabilisante », en précisant que des réformes la concernant seraient faites « le temps opportun ».

En revanche, les participants invités à la conférence contre le franc CFA, tenue le 17 février au Mali, ont dénoncé cette « survivance de l’époque coloniale ». Les universitaires, les acteurs de la société civile et les responsables politiques étaient présents, plaidant pour un changement de monnaie. Selon les universitaires et les représentants d’ONG à cette conférence, la monnaie est d’abord une affaire de souveraineté. « Nous voulons en finir avec l’acronyme CFA qui renvoie quand même aux francs des colonies françaises d’Afrique. Les Américains ne comptent pas en euro, les Européens ne comptent pas en yen et donc il nous faut une monnaie qui puisse renvoyer à notre identité », a estimé Nako Nubukpo, ancien ministre togolais et grande voix anti-CFA sur le continent.

Rôle…

Quatorze pays (dont douze anciennes colonies françaises), huit en Afrique de l’ouest et six en Afrique centrale, utilisent toujours le franc CFA comme monnaie officielle, soit cent cinquante-cinq millions de personnes. Sa valeur est indexée sur l’euro (un euro = 655,96 francs CFA), ce qui maintient les économies africaines dans la dépendance de la politique monétaire européenne.

Pour le vice-gouverneur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’ouest (BCEAO), Abdoulaye Diop, le franc CFA fait l’objet d’attaques subjectives qui n’ont aucun fondement scientifique. Il a soutenu que c’est la passion et même le « fanatisme monétaire » qui animent les détracteurs de cette monnaie. « Le franc CFA, tel que nous le connaissons, a été créé en 1962 et n’a rien à voir avec le franc de la colonie d’Afrique », déclarait-t-il. Et d’ajouter que « cette monnaie est gérée par des Africains pour le compte des Africains à travers une politique monétaire de la BCEAO ».

Apportant des arguments techniques sur la question, certains économistes soutiennent que les économies de l’Union économique et monétaire ouest-africaine ne sont pas sous financées. Et le taux de financement des économies hors zone FCFA n’est pas meilleur que celui de la zone FCFA. Selon les données des perspectives économiques régionales du Fonds monétaire international, en 2015, le taux de financement a atteint respectivement 38% et 42% au Sénégal et au Togo. Alors que pour le Ghana, il s’est chiffré à seulement 35%.

Les pays africains utilisateurs du FCFA doivent-ils l’abandonner ? Quelle solution mettre en œuvre pour relancer le système économique et monétaire africain ? Les questions sur le sujet, très nombreuses, d’ailleurs, restent posées et le débat à propos est loin de se terminer. 

Légendes et crédits photo : 

– Des billets de FCFA en coupures de 10 000

Source : http://www.adiac-congo.com/

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