Ebola: une partie des soignants impayés depuis plusieurs mois

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« Nous affrontons trois dangers: les attaques des Maï Maï, celles des FDLR-Nalu et la maladie elle-même », indique un médecin congolais faisant partie des équipes de lutte contre la fièvre d’Ebola; celle-ci a déjà fait plus de 2000 victimes au Nord-Kivu et en Ituri (est de la RDCongo). Pourtant, une partie de ces équipes ne sont pas payées depuis « trois, quatre ou, pour certains, cinq mois ». La Libre Afrique.be a tenté de comprendre ce qui se passe sur le terrain.

Une nouvelle fois, le week-end dernier, un des points de contrôle de la maladie (placés aux frontières et sur les routes menant aux zones contaminées; on y prend la température et on s’y lave les mains) a été détruit. En Ituri, cette fois, à Mudzipela, où « un groupe de motards a essayé de s’en prendre à une équipe de prévention et contrôle des infections qui était en train de décontaminer un ménage », a indiqué le ministère congolais de la Santé. Des renforts envoyés de Bunia ont permis de disperser les assaillants, non identifiés.

Témoignages inquiétants

Alors que la Tanzanie s’inquiète de l’incapacité de Kinshasa à contrôler l’épidémie, qui a tué deux personnes arrivées du Congo la semaine dernière en Ouganda, La Libre Afrique.be a eu accès à des témoignages inquiétants.

On sait que l’insécurité créée par les attaques contre les équipes anti-Ebola permettent sa propagation en dispersant les personnes contaminées et en entravant les soins.

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Mais ce n’est pas tout. Sur le terrain, une partie du personnel (médecins, infirmiers et paramédicaux) est impayée depuis plusieurs mois. Comment est-ce possible, alors que le Congo tout entier, ainsi que ses voisins, ont le besoin le plus absolu de ce personnel pour éviter que l’épidémie ne se propage plus loin?

Le ministère de la Santé ne paie pas

Selon une source du ministère de la Santé, la lutte anti-Ebola est financée par la Banque mondiale, qui en verse une partie à l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) et une autre au gouvernement congolais. Cette dernière partie est gérée par le ministère de la Santé, par le biais d’un projet PDSS sur lequel le ministre Oly Ilunga Kalenga a la main mise; « c’est lui qui nomme les personnes qui gèrent ce projet, dont beaucoup sont de sa famille ».

Or, que constate-t-on sur le terrain? « Ceux qui sont envoyés par le gouvernement pour la lutte contre l’épidémie ne sont pas payés depuis trois, quatre ou, pour certains, cinq mois; ceux qui sont payés par l’OMS sont en ordre de paiement », indique cette source. Un médecin sur le terrain confirme et précise: « Les personnes affectées sont celles qui travaillent pour les autres commissions que la commission vaccination; cette dernière est payée par l’OMS, régulièrement, mais avec un retard de deux mois en raison du processus de décaissement de l’Organisation, qui est long ». Les autres commissions, non payées, ont fait la grève; ce sont les commissions psycho-sociale, communication, surveillance, prévention. « En réalité, les personnels local et provincial n’ont reçu généralement qu’un mois de salaire du PDSS », dit le médecin sur le terrain.

Ordres de mission et baisse des effectifs

Selon la source du ministère de la Santé, « pour être déployé sur le terrain, il faut un ordre de mission; celui qui les signe, c’est le beau-frère du ministre ». Un médecin spécialiste envoyé sur le terrain touche 4500 dollars/mois ».

Le médecin qui lutte contre Ebola sur le terrain ajoute que « les effectifs baissent » pour lutter contre la maladie. « Il semblerait que l’OMS et l’Unicef n’ont reçu qu’une partie des fonds qu’elles sollicitaient ». Cela n’a pas empêché le ministre Ilunga d’affirmer que la maladie sera éradiquée « en juillet » alors que, selon cette source sur le terrain, « nous voyons que les moyens de l’OMS sont insuffisants, notamment quand nous constatons la rupture des entrants ».

Le ministre Ilunga lapidé

Sur le terrain, le comportement du ministre Oly Ilunga, début juin, a suscité l’indignation. Alors qu’il revenait vers Beni après s’être rendu à la « cantine » d’Aloya (environ 60 km de Beni), dans la zone de santé de Mabalako, « le ministre de la Santé a refusé de se laver les mains, devant les gens qui revenaient de l’enterrement de personnes tuées à Beni, la veille, par le FDLR-Nalu. La population s’est alors dit: pourquoi les gens de la riposte anti-Ebola nous obligent-ils à nous laver les mains alors que le ministre refuse? Il doit y avoir quelque chose de louche dans cette histoire de lavage des mains. La population a alors commencé à lapider le ministre, qui n’a dû son salut qu’à son convoi, qui a pris la fuite », poursuit ce médecin du terrain.

Source: http://www.mediacongo.net/

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