Des experts de l’ONU accusent les forces de sécurité et les milices de crimes contre l’humanité au Kasaï

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Des experts de l’ONU ayant enquêté sur les atrocités commises depuis 2016 contre des populations civiles dans la région du Kasaï en République démocratique du Congo (RDC) ont accusé mardi les forces de sécurité et les milices locales de crimes contre l’humanité.

« Au terme de son enquête dans la région du Kasaï de la République démocratique du Congo, L’équipe d’experts internationaux mandatée par le Conseil des droits de l’homme conclut que des crimes contre l’humanité ont été commis au Kasaï et alerte contre le risque d’une nouvelle vague de violence ethnique », font-ils remarquer dans un communiqué rendu public ce mardi à Genève.

L’équipe d’experts est d’avis que ces attaques ont été menées contre des civils de divers groupes ethniques avec un caractère généralisé ou systématique. « Certaines exactions peuvent être qualifiées de persécution pour des motifs ethniques », soulignent les enquêteurs. Les crimes et destructions continuent de se produire deux années après que le début du conflit, continuant de provoquer le déplacement des populations, et des femmes continuent d’être réduites en l’esclavage.

Les enquêteurs onusiens pointent du doigt les forces de défense et de sécurité congolaises, ainsi que la milice Kamuina Nsapu et les milices Bana Mura pour avoir « délibérément tué ces civils, dont nombre d’enfants, et commis des atrocités à l’encontre de la population civile – notamment des mutilations, viols et autres formes de violences sexuelles, tortures, et exterminations ». « La milice Kamuina Nsapu a également procédé à l’enrôlement d’enfants, filles et garçons », note le document.

Les enfants principales victimes

Ces violences ont d’ailleurs particulièrement affecté les enfants du Kasaï. Ces derniers ont été à la fois les principales victimes et acteurs des violences. Alors que le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) a dénombré 1.220 garçons et 658 filles recrutés et utilisés par la milice Kamuina Nsapu au 30 août 2017, l’équipe d’experts estime que leur nombre est beaucoup plus élevé et que le recrutement continue.

Beaucoup d’enfants ont été enlevés, blessés, mutilés, détenus ou exécutés. Certains ont vu leurs parents battus, décapités ou leurs mères violées. « Beaucoup d’enfants ont été forcés à combattre, placés en première ligne sans armes ou avec des armes factices, ou traditionnels, alors que d’autres ont été forcés à tuer et décapiter », explique l’experte Fatimata M’Baye.

Nombre de femmes ont été aussi violées, parfois par de multiples assaillants simultanément ou de manière répétée, devant leur mari, leurs enfants ou d’autres membres de leur famille. Un grand nombre de femmes victimes de violences sexuelles et principalement de viols ont témoigné des difficultés médicales et psychologiques endurées auxquelles elles doivent faire face. Outre les difficultés médicales et psychologiques endurées.

Il est temps de mettre fin à l’impunité – Bacre Waly Ndiaye

Selon l’ONU, cette vague de violence au Kasaï depuis 2016 s’inscrit dans un contexte national de tensions autour des élections présidentielles, et de pouvoir coutumier, lié étroitement à l’identité ethnique. Dans ces conditions, les enquêteurs de l’ONU plaident pour une reddition des comptes des auteurs de ces crimes.

« Nous sommes choqués par la situation désastreuse qui a coûté la vie à plusieurs milliers de personnes et qui perdure dans la région sans attirer ni l’attention ni au plan national ni international, » a déclaré le Président de l’équipe d’experts. « Il est grand temps que la justice mette fin à l’impunité de ces crimes si l’on ne veut pas que la dimension ethnique de ce conflit ne s’aggrave encore », a ajouté Bacre Waly Ndiaye.

L’équipe d’experts internationaux demande en outre que soit urgemment mis en place une politique de désarmement des milices ainsi qu’un processus de réconciliation afin d’éviter une nouvelle vague de violences et de permettre le retour des déplacés et réfugiés.

A noter que les experts internationaux, Bacre Waly Ndiaye, Fatimata M’Baye et Luc Côté, se sont entretenus avec 524 victimes, témoins, auteurs présumés et d’autres sources. Des documents, photographies et vidéos appuyant les témoignages ont été collectés, notamment sur les incidents les plus graves – les atteintes au droit à la vie et à l’intégrité physique, notamment les violences sexuelles et basées sur le genre, ou encore les violences faites aux enfants. Le rapport doit être présenté devant le Conseil des droits de l’homme le 3 juillet prochain.

Source: http://www.mediacongo.net/

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