Démêlés judiciaires de Moïse Katumbi : cinquante élus du peuple saisissent Joseph Kabila

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D’après les parlementaires signataires de la lettre ouverte adressée au président de la République, même au temps le plus fort de la dictature de la deuxième République, le peuple congolais n’avait jamais connu un tel acharnement judiciaire contre un concurrent politique.

Les cinquante députés et sénateurs ont -ils agi de leur propre chef ou ont-ils été soudoyés par l’ex-gouverneur du Katanga pour plaider sa cause  auprès du chef de l’État ? La question vaut son pesant d’or lorsqu’on sait qu’une telle démarche n’a pas son pareil dans l’histoire politique récente du pays. Depuis le 25 juin, une correspondance adressée à Joseph Kabila circule dans les médias avec pour signataires, députés et sénateurs. Il s’agit, en fait, d’une lettre ouverte par laquelle ces représentants du peuple se sont donné la liberté d’écrire au président de la République, en tant que garant du respect de la Constitution, du fonctionnement régulier des pouvoirs publics et des institutions de la République ainsi que de l’unité nationale.

La motivation de la lettre est toute simple, à savoir interpeller le chef de l’Etat sur le sort de son ex-allié devenu son opposant farouche, en l’occurrence Moïse Katumbi, actuellement empêtré dans une série d’affaires judiciaires tendant à hypothéquer sa candidature à la présidence. L’opposant, faut-il le rappeler, est déjà sous le coup d’une condamnation à trois ans de prison pour stellionat, en plus de son inculpation pour atteinte à la sûreté de l’État au sujet du recrutement présumé de mercenaires. En outre, une information judiciaire sur l’affaire de passeport falsifié a été ouverte à sa charge par le parquet général de la République. De bonne foi, les parlementaires signataires de la lettre estiment que Joseph Kabila détient la clé pouvant assainir et décrisper l’espace politique du pays. Ce qui passe inévitablement, selon eux, par la mise en œuvre de l’accord de la Saint-Sylvestre qui plaide pour la fin des poursuites contre l’ex-gouverneur du Katanga. D’après ces élus du peuple, Joseph Kabila a une carte à jouer et son implication est très attendue pour influencer positivement le processus électoral avec le retour au pays des exilés politiques.

« Des poursuites qui dissimuleraient  des velléités de nuisance» 

«La tenue d’élections inclusives dans un climat apaisé » passe nécessairement, estiment ces parlementaires, par l’application des mesures de décrispation telles la levée d’entraves à la liberté en faveur des cas emblématiques dont celui de Moïse Katumbi. « C’est pourquoi nous vous appelons, Monsieur le président de la République, au respect de vos engagements constitutionnels et des clauses de l’accord de la Saint-Sylvestre. La nation qui vous observe vous en saura gré », ont-ils écrit, soutenant que les poursuites contre le richissime homme d’affaires ne sont pas innocentes mais dissimulent mal des velléités de nuisance à sa carrière politique. Tout serait, d’après eux, monté dans le sens de le rendre inéligible à la prochaine présidentielle. « Le procès Katumbi ne sera qu’une honte pour la plus haute autorité politique de l’État que vous êtes, et pour le peuple congolais tout en entier », poursuit la lettre. Et ses signataires d’ajouter : « (…) ni la haine contre les adversaires politiques, ni l’ambition personnelle, ni la soif du pouvoir ne peuvent autoriser en démocratie et dans un État de droit, l’acharnement judiciaire des gouvernants contre un citoyen et l’instrumentalisation des institutions de l’État, en particulier la justice, pour régler les comptes aux adversaires politiques ». Sans ambages, ils lâchent à l’endroit du destinataire de leur lettre : « Les Congolais attendent de vous ce comportement républicain et patriotique à la place des actes de répression, d’exclusion et de bannissement des compatriotes parce qu’ils ne vous plaisent pas ».

Il reste  à savoir qu’elle pourrait être la réaction de Joseph Kabila à cette requête. Pour maints observateurs, la lettre des cinquante parlementaires congolais risque de n’avoir aucun effet pour autant qu’ils se soient trompés de cible. Pas si sûr que Joseph Kabila fera droit à leur requête à moins qu’il fasse preuve de transcendance et de dépassement de soi. La politique étant dynamique, toute supputation à ce stade sur ce que pourrait être la réaction du chef de l’Etat serait hasardeuse, voire sans objet. Au nombre des signataires de cette correspondance figurent les députés et sénateurs Christophe Lutundula, Sam Bokolombe, Patrice-Aimé Sesanga, Venant Tshipasa, Grégoire Kiro, Modeste Mutinga.

Légendes et crédits photo : 

Katumbi Chapwe

Source : http://www.adiac-congo.com/

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