Déficit électrique : Kinshasa consulte les privés

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Du 21 au 25 mai, le Pullman hôtel accueille des délégations de toutes les provinces congolaises dans le cadre des assises sur la relance du secteur de l’énergie en République démocratique du Congo (RDC). Les participants dressent un état de lieu exhaustif du secteur et dégagent des pistes de relance à la lumière des derniers développements dans les domaines à la fois technique et réglementaire.

Sous le haut patronage du Premier ministre, Bruno Tshibala, qui s’est déplacé physiquement pour l’ouverture des travaux, le ministère de l’Énergie organise les premières assisses sur le secteur de l’électricité en RDC. Dès la première journée, la situation de la fourniture en énergie électrique sur l’ensemble du pays a été décriée par toutes les catégories socio-professionnelles. Selon la Banque mondiale (BM) qui a apporté son soutien à la tenue de ces travaux, une étude menée auprès des entreprises a révélé que 20 % des petites et moyennes entreprises et petites et moyennes industries congolaises interrogées ont présenté le déficit énergétique comme la première contrainte. Des proportions énormes de la population congolaise utilisent à ce jour la biomasse et les énergies fossiles. Entre 39 à 40 % utilisent encore la pile et 20 % le pétrole, tandis que 15 % utilisent l’électricité. Chiffrant l’ampleur de la problématique, la BM estime que 60 % des Congolais sont concernés par la biomasse.

Un déficit criant de l’ouest à l’est du pays

Se référant à la capacité actuelle de production énergétique, à peine 3 % du potentiel existant, plusieurs experts ont dénoncé l’absence d’investissements sérieux au cours des vingt-cinq dernières années. Au contraire, le pays est devenu, au fil des années, un grand importateur du courant électrique, lui qui en exportait en quantité suffisante à l’étranger. Sur près de quatorze turbines opérationnelles dans les quatorze centrales, 47 % d’entre elles n’ont pas été réhabilitées. Pire, la Société nationale d’électricité (Snél) a révélé que la plupart des centrales thermiques sont à l’arrêt. Dans la partie ouest du pays, y compris Kinshasa, l’opérateur historique ne fournit que 950 à 1 000 MW sur une demande estimée à 2 000 MW.

En dépit de ce tableau plutôt sombre, la libéralisation du secteur de l’électricité offre désormais de nouvelles possibilités au pays, même si la situation de la Snél continue à préoccuper les milieux des affaires. En effet, l’opérateur historique détient l’essentiel du réseau de distribution. Actuellement, la Snél produit plus de 90 % du courant électrique consommé en RDC. Il se trouve malheureusement que les différentes réformes n’ont pas réussi à redresser cette société. La ministre du Portefeuille, Wivine Matipa, a noté des résistances intérieures face aux réformes. Pour sa part, la direction générale de la Snél, visiblement acculée pendant les différents exposés et échanges, estime que la société dispose de nombreux atouts à ne pas négliger. Il y a son leadership, son réseau développé et son expertise de quarante-huit ans qui ne manqueront pas de profiter aux bénéficiaires déçus si sa situation se stabilise. La Snél continue de représenter une donne majeure dans la définition des  prochaines stratégies du gouvernement central pour débloquer le potentiel énergétique.

Des nouveaux acteurs très actifs

La loi de 2014 a conduit à l’émergence de nouveaux acteurs bien implantés dans les provinces intérieures du pays, surtout dans l’est qui semble pratiquer les meilleurs tarifs. Lors de la première journée, les participants ont échangé directement avec quelques entreprises spécialisées dans le solaire dans cette partie du pays. Selon le gouvernement central, au moins quatre promoteurs ont finalisé leur programme de desserte de réseaux dans l’est du pays. Dans l’ensemble, vingt-deux opérateurs privés se sont engagés dans des différents projets concrets à travers la République.

Des sources alternatives pour concurrencer l’hydro-électricité

La BM est intervenue à hauteur de 1,7 milliard de dollars américains dans le secteur électrique, à travers la réhabilitation des barrages hydroélectriques. Elle attache un intérêt croissant sur les nouveaux opérateurs qui explorent d’autres sources énergétiques. Il y aurait même une ligne de crédit disponible. Le pays veut développer les énergies renouvelables, avec le soutien de ses principaux partenaires au développement déjà actifs sur le terrain. La toute puissante hydro-électricité qui représente encore plus de 90 % de la production énergétique actuelle perd du terrain à cause des coûts énormes de réhabilitation des centrales vétustes existantes.

Comme l’explique la BM, le pays souffre d’un déficit d’accès à l’énergie électrique qui ne peut être résorbé même en augmentant le budget national ou l’aide des partenaires. La libéralisation du secteur et la diversification des sources énergétiques sont les seules réponses durables à cette crise de l’énergie. Pour le gouvernement de Bruno Tshibala, tout se joue désormais dans ces assises. Les participants doivent produire un contenu à la promotion des partenariats publics privés dans le secteur de l’énergie en RDC, des mécanismes simples de financement des projets, la production d’une feuille de route, les mesures concrètes et réalistes de redressement de la Snél ainsi que la définition d’une politique sectorielle énergétique.

Source : http://www.adiac-congo.com/

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