D’Ebola à Zika, un labo tout-terrain en Afrique de l’Ouest

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Testé au Sénégal, le prototype a connu son baptême du feu à Louga, où sévissait la dengue.

C’est un camion blanc d’apparence conventionnelle. Pourtant, son habitacle renferme une petite révolution technologique qui pourrait bien bouleverser la lutte contre les épidémies virales en Afrique. En cette saison des pluies au Sénégal, dans la cour de l’institut Pasteur, on s’apprête à déployer pour sa première opération le Praesens Mobile Lab. Un laboratoire itinérant et modulable conçu pour se déplacer dans les reliefs accidentés, secs ou humides du continent, afin de réaliser directement sur le terrain les précieuses analyses permettant de détecter une épidémie avant sa propagation.

Paludisme, dengue, Zika, fièvre jaune, chikungunya font chaque année des centaines de milliers de victimes, dont une majeure partie en Afrique. C’est lors d’une épidémie particulièrement virulente, celle d’Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014-2015, que l’idée de ce camion a germé dans la tête d’un chercheur en biotechnologie belge, Rudi Pauwels.

« A cette époque, de grands efforts internationaux ont été faits pour contenir le virus, mais beaucoup ont été rendus caducs par le manque d’accessibilité, de réactivité et des technologies dépassées, explique-t-il. La clé dans la lutte contre les épidémies, c’est la vitesse de leur détection. Tardive, elle réduit l’efficacité de la réponse et augmente drastiquement son coût. En 2015, on estime que la lutte contre l’épidémie d’Ebola a coûté 3,6 milliards de dollars[3,3 milliards d’euros à l’époque]. »

Dans le vol qui le ramène en Belgique, Rudi Pauwels dessine le premier plan de son camion-laboratoire sur une serviette en papier. Il crée dans la foulée la fondation Praesens, pour mettre en place son projet grâce à ses propres fonds et ceux de deux amis. Vingt-quatre mois et un demi-million d’euros plus tard, le premier prototype voit le jour grâce à une collaboration avec l’institut Pasteur de Dakar, sélectionné pour son expertise dans le domaine des arbovirus, ceux contractés par piqure d’insectes, et son vaste réseau régional.

Montagnes et marécages

Donné au Sénégal en septembre 2017, le labo mobile effectue ses premiers tests, parcourant 7 000 km durant six mois dans les différentes régions du pays, des montagnes de Kédougou jusqu’aux marécages du Sine Saloum. « Il était important de tester ses caractéristiques opérationnelles en conditions réelles, avance Amadou Sall, directeur de l’institut. S’il existe d’autres camions-laboratoires dans le monde, aucun n’a été conçu pour résister à une telle diversité d’environnements et de situations. »

Bâti sur le châssis d’un camion Mercedes à six roues motrices, le laboratoire possède des équipements scientifiques dernier cri. Quand la porte est verrouillée, le seul contact avec l’extérieur est un petit sas pressurisé par lequel les équipes remettent les échantillons de sang à analyser aux deux laborantins. « On crée une dépression dans le laboratoire, afin que s’il se passe quelque chose, rien ne soit rejeté à l’extérieur », soutient M. Sall.

A l’intérieur du camion-laboratoire, deux opérateurs effectuent des analyses dans un caisson sécurisé.

Dans l’espace confiné, ventilé par une climatisation nécessaire quand le mercure approche les 40° C, les deux opérateurs effectuent des analyses directement dans un caisson sécurisé qui contient les réactifs. « On place les échantillons dans un thermocycleur qui, grâce à des changements de température, amplifie le matériel génétique des pathogènes, qui seront alors détectables par notre ordinateur », décrit Cheikh Tidiane Diagne, chercheur assistant au département virologie de l’institut.

Souvent isolé, loin des villes, le camion dispose de batteries qui lui permettent une autonomie de soixante-douze heures, alimentant les appareils d’analyse, un congélateur mais aussi tous les moyens de communication avec l’extérieur : WiFi, GPS, téléphone cellulaire et satellitaire pour les zones les plus enclavées. « Cela permet de donner le plus rapidement possible les résultats des prélèvements aux décideurs, dans les institutions et les ministères, afin qu’ils apportent des réponses immédiates en cas de crise », poursuit M. Diagne.

Panneaux solaires

Comme un baptême du feu, le labo mobile a déjà pu intervenir à Louga, au Sénégal, où sévissait une épidémie de dengue en octobre 2017. Avant lui, les échantillons prélevés sur place auraient été envoyés à l’institut Pasteur de Dakar, à 190 km de là, et les résultats n’auraient pas été obtenus avant deux jours, sans compter les aléas liés au transport et le risque de perdre le contact avec le patient. Grâce à la présence du labo mobile, les premiers résultats ont été obtenus en deux heures.

Le laboratoire mobile dans la région de Kédougou, au Sénégal, en 2017.

Le prototype tout juste opérationnel, MM. Pauwels et Sall travaillent déjà à la version 2.0. « Nous souhaitons gagner encore en autonomie énergétique pour le prochain modèle, en installant des panneaux solaires et en générant notre propre eau, explique M. Sall. Nous voulons aussi réaliser de l’imagerie et de la prévention. Dans un espace restreint, le défi est l’arbitrage permanent entre nos différents besoins. »

Partenaire de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’institut Pasteur est souvent sollicité par les pays voisins comme le Mali, la Mauritanie ou la Guinée pour apporter son aide. Le Praesens Mobile Lab permettra donc à l’institution de développer une approche régionale dans la lutte contre les épidémies.

Source: http://www.mediacongo.net/

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