Croissance économique : autorités congolaises et institutions financières confrontent leurs thèses

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La République démocratique du Congo (RDC) devrait tirer profit des cours internationaux favorables des produits de base et d’autres facteurs essentiels comme l’amorce de la diversification du tissu productif, estime la Banque africaine de développement (BAD). Pour l’ancien Premier ministre, Matata Ponyo, il faut penser à une réelle transformation du modèle économique et par conséquent, de l’organisation même de l’activité économique dans le pays.

Les experts de la BAD viennent d’établir des projections de croissance plutôt intéressantes pour la RDC, de l’ordre de 4,5 % en 2019 et de 4,6 % en 2020. Selon eux, plusieurs facteurs vont influer positivement sur l’économie du pays, en l’occurrence les cours favorables des produits de base sur le marché international, la réussite du cycle électoral de décembre 2018, les progrès en matière de sécurisation du Centre et de l’Est du pays, enfin, l’amorce de diversification du tissu productif. Il n’empêche, reconnaissent-ils, que le pays se trouve devant d’importants défis à relever au cours des prochaines années. Il y a, par exemple, la nécessité ou même l’urgence de briser la dépendance au secteur extractif. Justement, à propos de dépendance à ce secteur, Matata Ponyo ne voit tout espoir de croissance soutenue en RDC que par la mise en place d’un modèle de production fort et équilibré, ainsi que d’une transformation des structures.

Pays fragile

Preuve d’une dépendance alarmante, la contribution du secteur extractif s’élevait, en 2017, à 99 % de la valeur des exportations et 34 % des recettes totales de l’Etat (Source : BAD). Cette situation expose gravement l’économie du pays aux soubresauts de l’économie mondiale. En clair, précisent les experts de la BAD, il y a « un grand risque d’accentuation de l’assombrissement des bonnes perspectives de croissance dans l’hypothèse d’une contraction de la production chinoise ». Pour rappel, la Chine reste le principal partenaire du pays. Le seul espoir d’éviter l’hécatombe est d’investir suffisamment « dans la diversification effective des bases productives ». Aussi les secteurs comme l’agriculture et le bois représentent-ils des opportunités crédibles de diversifier l’économie congolaise.

Renouer avec la croissance

Pour la BAD, le Plan national stratégique de développement congolais, en cours de finalisation, offre des pistes intéressantes, notamment l’implantation des parcs agro-industriels dans le cadre de la transformation de l’agriculture. L’objectif final de ce Plan est de faire de la RDC un pays à revenu intermédiaire à l’horizon 2022. La BAD identifie trois défis majeurs : les infrastructures de base, le climat des affaires et la politique budgétaire, principalement en ce qui concerne la mobilisation des recettes internes. L’institution financière propose l’intensification des réformes en vue d’accroître ces recettes. 

Fort de sa longévité à la primature, Matata Ponyo développe plutôt une réflexion plus pragmatique, à la lumière de son expérience. Il plaide pour le passage d’une économie de rente à une économie moderne qui se fonde sur le bon fonctionnement des marchés et qui sert les intérêts collectifs. Des réformes économiques et financières d’envergure s’avèrent donc inéluctables de son point de vue, mais également des nouvelles attitudes et comportements économiques. Toutefois, rien de tout cela ne saurait marcher sans des nouveaux investissements. L’ancien Premier ministre est d’accord pour la mise en place d’un Plan de développement pour planifier cette transformation mais, insiste-t-il, le problème ne serait pas complètement résolu. Le modèle économique reste une œuvre humaine qui exige une bonne conception, un leadership et une bonne gouvernance, affirme-t-il. Il faut des hommes qui comprennent les enjeux et s’engagent à mettre en œuvre cette transformation en dépit des résistances au changement. Nous y reviendrons.

Source : http://www.adiac-congo.com/

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