Crise en RDC: le ballet diplomatique se poursuit avec la contre-attaque de Kinshasa

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Face au chassé-croisé diplomatique dont elle est l’objet sans … elle, la RDC entend faire entendre sa voix dans les instances internationales. C’est dans ce cadre que Léonard She Okitundu, le VPM en charge des affaires étrangères, a effectué un voyage à New York auprès du Secrétaire Général des Nations unies, António Guterres, avant d’être reçu hier à Addis-Abeba par le Président de la Commission de l’Union Africaine (U.A.).

Kinshasa se sentirait-il coincé entre deux de ses voisins les plus influents, le Rwanda, dont le président Paul Kagame préside en ce moment l’Union africaine et le président angolais Joao Lourenço, qui se trouve à la tête du comité de sécurité de la SADC, l’union des pays d’Afrique australe qui rassemble les plus fidèles alliés de Kinshasa ?

Les deux chefs d’Etat, qui partagent la même analyse de la situation en RDC ont été reçus par le président français Emmanuel Macron, qui a assuré que la France partageait les préoccupations des pays de la région et soutiendrait leurs initiatives. A ce stade, pour autant que l’on sache, il n’y a guère d’autre initiative que l’exigence de la mise en œuvre des accords de la Saint Sylvestre qui doivent mener aux élections prévues pour le 23 décembre, ni d’autre désir que voir enfin s’appliquer les mesures de décrispation (dont la libération des prisonniers politiques).

Si jusqu’à présent, le pouvoir congolais avait le sentiment que Paris se montrait moins intransigeant que la Belgique et il réservait à Bruxelles l’essentiel de son courroux. Or il apparaît aujourd’hui que le président Macron partage les vues de ses interlocuteurs africains et belges. Il s’est aussi significativement rapproché du Rwanda en soutenant la candidature de la Ministre des Affaires étrangères du Rwanda Louise Mushikiwabo à la tête de la francophonie.

Face à ce chassé-croisé diplomatique dont elle est l’objet sans… elle, la RDC entend bien faire entendre sa voix dans les instances internationales.  Faut-il s’en étonner ? Redoutant d’être isolé par ses voisins africains, trahi par la France, éprouvé par la fermeture de la Maison Schengen dispensatrice de visas, le régime émet quelques signaux à l’intention… de la Belgique ! C’est ainsi que le ministre des affaires étrangères She Okitundu et le président Kabila lui-même ont adressé des messages de condoléances et de sympathie au Premier Ministre et au Roi Philippe à l’occasion de l’attentat terroriste de Liège et que François Xavier de Donnea, un « sage » du MR, proche de Charles Michel, se trouve en ce moment à Kinshasa, où il multiplie les contacts…

L’ONU et l’Union Africaine saisis de la situation en RDC

C’est aussi dans ce cadre que le Vice-premier Ministre, Ministre des Affaires Etrangères et Intégration Régionale, Léonard She Okitundu, a effectué, ce 1er juin 2018, une visite auprès du Secrétaire Général des Nations Unies, Antonio Guterres, et qu’il a été reçu, hier à Addis-Abeba, par le Président de la Commission de l’Union Africaine (U.A.), Moussa Faki Mahamat.

Ainsi, selon des sources proches du VPM Okitundu, le missi dominici de Kinshasa a tenu à rassurer l’ONU sur la bonne évolution du processus politique et du chronogramme électoral conformément au calendrier publié par la CENI le 5 novembre 2017 : loi électorale, budget, listes électorales, audit par OIF, listes des partis politiques… Il a déploré le « climat de suspicion permanent » et la tendance à une « dramatisation négative outrancière » sur la question de la RDC par certains pays et institutions alors que sur l’échelle démocratique sous-régionale et régionale», la RDC est en avance ! »

A cet effet, le Secrétaire Général des Nations Unies a pris note des avancées et a affirmé qu’« il n’y a aucun agenda politique en RDC de la part de son organisation qui n’a aucun parti pris qui respecte la souveraineté et la primauté du peuple Congolais dans ses choix politiques qui seront exprimés lors des votes ».

Les Nations Unies souhaitent cependant que l’objectif d’organisation des élections apaisées, crédibles et transparentes soit atteint dans les meilleures conditions et dans le respect de la Constitution et des lois de la RDC. L’ONU rappelle à cet effet qu’elle est en plein alignement stratégique avec l’Union Africaine dans la gestion de la question.

Même tonalité à Addis-Abeba

Après Antonio Guterres, Léonard She Okitundu a rencontré le Président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, pour un exercice similaire. (© Twitter/@DiplomatieRdc)

48 heures après avoir délivré un message spécial du Président Joseph Kabila au Secrétaire général des Nations Unies à New York, c’est dans un autre haut lieu du multilatéralisme mondial à savoir Addis Abeba, capitale de l’Union Africaine que Léonard She Okitundu a procédé à un exercice similaire le dimanche 3 juin 2018, auprès du Président de la Commission de l’Union Africaine, Moussa Fakhi Mahamat.

Comme Antonio Guterres, Mahamat Faki « a salué les avancées dans les préparatifs des élections et renouvelé la disponibilité de son institution à accompagner le processus politique en RDC par des élections crédibles, apaisées et transparentes ».

Comme à New York, la teneur du message du Rais Congolais au Chef de l’Exécutif africain n’a pas été révélée. Cependant pour les observateurs et analystes avisés sur la RDC, d’aucuns y voient au vu des deux hauts destinataires des messages présidentiels, la trame de la question de la visite conjointe projetée des deux patrons d’institutions internationales, les Nations Unies et l’Union Africaine.

A ce sujet selon des sources proches de l’entretien, la question a bel et bien été abordée entre les deux hommes d’Etat. Sur ce point, le numéro un africain a défini le substrat de cette initiative conjointe dont le but est de responsabiliser le leadership africain dans les questions continentales afin d’éviter que certains partenaires étrangers ne viennent de manière cavalière s’immiscer dans les affaires africaines sans mandat.

Il a rappelé que c’est dans le même esprit que le Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union de juillet 2017 avaient condamné la pratique des sanctions unilatérales contre des pays et personnalités africaines par des pays et partenaires extracontinentaux. Cette initiative est donc voulue comme une appropriation africaine de la solution en RDC.

Le Chef de l’exécutif africain a salué les avancées dans les préparatifs des élections et renouvelé la disponibilité de son institution à accompagner le processus politique en RDC pour des élections crédibles, apaisées et transparentes.

En près de 72 heures, l’envoyé spécial du Président Kabila en la personne de Léonard She Okitundu aura porté la voix de la RDC auprès des institutions internationales dûment saisies de la question de la RDC notamment au Conseil de Sécurité et le Conseil paix et sécurité africain.
Les pendules sont donc remises à l’heure à l’international par Kinshasa.

Source: http://www.mediacongo.net/

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