Création, en pensant à l’avenir des métiers de l’art au Congo

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De la littérature, à la peinture, en passant par la musique, la danse, le cinéma et le théâtre, les stratégies de développement retiennent un grand nombre de facteurs : économique, social, politique et culturel. La prise en considération de ces éléments est essentielle pour la conduite de tout type de programme de croissance durable d’un pays. Mais, dans quelle mesure l’industrie culturelle est-elle prise en compte au Congo ? Quel degré d’attention devrait être accordée à cette dernière par les producteurs, mécènes et managers congolais ?

 

Il ne s’agit pas de spéculer autour de la question, mais d’agir. Et sur ce point, les promesses sont sans suites, les résultats ne répondent pas aux attentes des amateurs et artistes confirmés.

« Nous sommes déçus parce que les Congolais ne veulent pas nous soutenir afin de produire un festival de très haute qualité. Les partenaires nous font marcher. Ce va-et-vient nous bouffe du temps et de l’énergie qui devraient servir pour le festival », confiait Elie Liberat, directeur de Fim’t Africa.

Ce constat vaut pour l’ensemble du paysage artistique congolais, dans lequel de belles initiatives, « Génération Elili », « le Festival de théâtre scolaire », « Fiimt’africa », « Ateliers Sahm », « RIAC », « N’sangu ndji-ndji », « Rue Dance », « Musée de la culture Aka », « Festi ‘‘Couleurs-Festi’’ Brazza », « Festival des sapeurs » …, peinent à cristalliser l’attention des producteurs et sponsors congolais.

Les structures adéquates sont quasi inexistantes

Littérature

L’association des jeunes écrivains du Congo et les rencontres littéraires n’ont pas un écho retentissant dans le pays. Il y a quelques semaines seulement, le manque d’organisation et le décaissement tardif des fonds destinés au voyage des artistes ont coûté la place à la littérature congolaise lors des 8ème jeux de la francophonie. Une grande déception, pour un pays où, les noms des écrivains sonnent la cloche et la production littéraire abonde. « Comment un pays si petit que le Congo a-t-il pu produire une overdose de littérature ? », s’étonnait l’écrivain Alain Mabanckou de ce particularisme propre à sa terre natale, qu’il contribue fortement à nourrir.

Peinture

La célèbre Ecole de peinture de Poto-Poto ne brille plus de mille feux. Elle se bat depuis des années pour recouvrer l’intégralité du terrain que son fondateur lui a légué avant sa mort. Depuis longtemps, les visiteurs, touristes, clients potentiels, viennent timidement. Les rares fois qu’ils viennent, ce n’est pas pour acheter. Les artistes peintres, du Congo en général et de l’Ecole de peinture de Poto-Poto en particulier, font face à de réelles difficultés dans l’écoulement de leurs œuvres et leur visibilité sur le plan international s’estompe. Pour attirer de potentiels acheteurs et vivre de leur art, certains se saisissent des artères de Brazzaville, (Rond-point de la grande poste, devant le ministère des travaux publics et la rue Mbochis au contre-rail), pour en faire des lieux d’exposition et vente d’œuvres d’art, faute de musée.

Du côté de la formation des artistes, on ne peut pas dire que l’Ecole nationale des beaux-arts du Congo Brazzaville donne tous les gages du succès. Pour preuve cliquez « Ecole nationale des beaux-arts du Congo Brazzaville » sur Google et comparez le contraste avec l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa.

Musique

Y a-t-il des producteurs au Congo, sponsors, particuliers prêts à mettre leur argent au service des jeunes talents ? Si oui, eh bien montrez-vous, car de talentueux artistes congolais, comme Fanny Fayar, médaillée d’or aux 8è jeux de la francophonie 2017, Oupta, finaliste 2014 du concours « Rfi musique », Eved, finaliste du concours de musique « Island Africa Talent »,  Nteko, finaliste 2013 du concours « Rfi musique », Lebel Kenko, participant à « The Voice Afrique francophone 2016», attendent des opportunités pour pouvoir porter haut la musique congolaise.

Danse

Quiconque connaît Brazzaville pourra parler des danseurs qui animent différents lieux dans l’ensemble de la ville. Le festival « Rue Danse » témoigne de l’existence d’une pépinière de danseurs. Les différents spectacles de danse organisés par l’IFC (Institut français du Congo) confirment ces talents. Si les opportunités leur sont accordées, ils pourront certainement trouver des sponsors.

Cinéma

Le cinéma congolais a connu son âge d’or dans les années 1970-1980. En effet, il y a eu de grands réalisateurs comme Sébastien Kamba avec de longs métrages à succès, notamment « Les Raisons d’une alliance ». Un film, qui jusqu’alors est considéré comme un classique du cinéma africain. Le panthéon du cinéma africain compte d’autres grands réalisateurs congolais de cette époque, à l’instar de Jean-Michel Tchissoukou, Pierre David Filla ou Bernard Lounda, pour ne citer qu’eux.

Ce sont les pionniers du cinéma au Congo et ils ont légué au pays un héritage cinématographique inestimable. Les talents sont là. La culture cinématographique existe au Congo depuis plus de 40 ans. Il est donc temps de recréer les conditions pour que ces talents puissent s’exprimer et vivre de leur art. Cela passe par la formation, la promotion, la diffusion et la redistribution équitable de la richesse créée par le secteur culturel.

Théâtre

Après avoir connu des années de gloire avec des dramaturges ayant porté haut son flambeau, le théâtre congolais est actuellement en perte de vitesse. Sur le chemin parcouru par le Théâtre national congolais (TNC) d’hier à aujourd’hui, les avis sont partagés. Manque de salles de spectacles, de soutien, d’encadrement… et désintérêt du public, l’addition semble plutôt salée.

En mars 2014, lors de la journée internationale qui lui était consacrée, rien de bien visible n’était à la une. Seul l’Institut français du Congo, où, comme de tradition, quelques acteurs sont montés sur les planches. État des lieux d’un art qui oscille entre le déclin et la renaissance.

Malgré un esprit culturel ancré dans nos traditions et un vivier considérable, les cadres structurels, organisationnels, institutionnels, financiers, opérationnels et promotionnels bien adaptés à ces secteurs manquent toujours à l’appel.  

Source : adiac-congo.com

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