Coupe du monde 2026: Pourquoi le Maroc, candidat pour la 5e fois, n’a jamais remporté l’organisation d’un Mondial

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Encore raté. Ce mercredi 13 juin, la Fédération internationale de football a annoncé, à l’issue d’un Congrès à Moscou, que le trio États-Unis/Canada/Mexique organisera la Coupe du monde 2026, au détriment du Maroc. Une version « contemporaine de la bataille de David contre Goliath », comme l’anticipait Abdelmalek Alaoui, directeur de la publication du HuffPost Maroc.

D’abord inquiet d’être éliminé avant de livrer bataille, lors de l’examen des dossiers, le challenger marocain était finalement toujours en lice et gardait espoir face au ticket américain, favori. Mais le pays semblait avoir accumulé du retard avant le vote des 207 fédérations membres de la Fifa. D’après une source proche du dossier marocain interrogée par l’AFP à la veille du vote, la candidature africaine obtenait alors « une note globale de 2,7 sur 5 » conte « 4 sur 5 » pour le trio américain, au regard d’une série de critères définis (infrastructures, hébergement, transports, budget…).

Avec cette nouvelle désillusion, le Maroc en est désormais à sa cinquième candidature malheureuse en 29 ans, après avoir déjà tenté sa chance en vain pour les compétitions de 1994, 1998, 2006 et 2010.

Pots-de-vin et corruption

Cette dernière candidature semblait toutefois plus réaliste que celle décidée en 1989 pour le Mondial de 1994. L’initiative, la première pour un pays africain à l’époque, étonnait et ne laissait rien espérer: le pays était alors sous le coup d’un programme d’ajustement structurel imposé par le FMI, rappelle le chercheur spécialisé dans le sport Moncef El Yazghi à Tel Quel. Mais le gouvernement d’alors souhaite tâter le terrain, en surfant sur la qualification des Lions de l’Atlas pour les 8e de finale de la dernière Coupe du monde en 1986.

 
La défaite semble évidente mais, surprise, elle ne s’est jouée qu’à trois voix près. Le Maroc récolte 7 voix contre 10 pour… les États-Unis. Le Brésil, également candidat, ne remporte que 2 voix.

Le projet marocain n’a toujours pas séduit pour l’organisation du Mondial 1998. Alors qu’il se voit proposer de retirer sa candidature contre l’attribution de l’organisation de la Coupe du monde 2002, le pays persiste et n’abandonne pas. En juin 2015, un ancien haut-dirigeant de la Fifa a même reconnu avoir reçu des pots-de-vin du Maroc pour obtenir l’organisation de l’événement.

Mais rien n’y fait. La France organise finalement le Mondial 98, et gagne la compétition. Pour le Maroc, c’est la double peine, explique Tel Quel: non seulement il rate 1998, mais la Corée du Sud et le Japon obtienne l’organisation de la Coupe du monde de 2002.

Lorsque le Maroc décide de se porter candidat pour organiser la Coupe du monde de 2006, il manque de soutiens. Certains pays arabes, comme le Qatar, voteront en faveur de l’Allemagne, reprochant au Maroc d’avoir désigné un directeur de campagne ne parlant pas arabe, rappelle Tel Quel. Le vote fait l’objet de soupçons de corruption, l’Allemagne étant soupçonnée d’avoir utilisé un fonds secret pour acheter des voix.

Une nouvelle affaire de corruption a encore pu empêcher le Maroc d’organiser le Mondial 2010. Comme le raconte Tel Quel, le Maroc était pourtant bien placé pour cette compétition qui devait avoir lieu sur le continent africain, selon une rotation imposée par la Fifa. Le pays estime avoir les votes nécessaires. Mais l’Afrique du Sud remporte finalement le lot, lors d’un vote entaché par les soupçons d’irrégulatités (pression de Sepp Blatter, pots-de-vin de la part de l’Afrique du Sud…).

Des atouts face à  »United 2026 »

Cette fois, le Maroc, qui rêvait de devenir le 2e pays africain à accueillir le Mondial, s’était pourtant présenté avec de sérieux atouts. À commencer par son positionnement géographique stratégique. Le Royaume, au carrefour de deux continents parmi les plus friands en matière de ballon rond, se positionnait comme une candidature « euro-africaine ». L’argument commercial pouvait séduire en Europe, notamment au niveau des droits TV avec l’assurance d’offrir une diffusion aux mêmes fuseaux horaires que les siens.

L’expérience de recordman de candidatures pour l’organisation du Mondial avait par ailleurs permis au Maroc d’acquérir une certaine expérience dans l’élaboration de ses infrastructures. Le Royaume avait prévu cette année 12 stades, dont cinq existants à moderniser et trois ultra-modernes à construire. Avec cinq stades « modulaires », c’est-à-dire que leur capacité d’accueil était susceptible d’être réduite après le Mondial. De quoi garantir un héritage après la compétition, loin des « éléphants blancs » laissés à l’abandon au Brésil.

Contrairement à  »United 2026 » (la candidature États-Unis/Mexique/Canada), le Maroc détenait aussi la carte de l’homogénéité et de la commodité: une seule législation, un seul fuseau horaire, une seule monnaie. « On propose un concept avec 12 villes-hôtes qui sont très proches les unes des autres, plaidait auprès de l’AFP Hicham El Amrani, directeur général de « Maroc 2026 ». « Cela va bénéficier aux joueurs, qui feront des distances beaucoup plus courtes ».

2026, le tour des États-Unis

Mais la situation s’annonçait plus compliquée que cela. La compétition de 2026 sera la première à accueillir 48 sélections, soit le plus grand Mondial jamais constitué. « Un Mondial à 48 pays change les données: un pays seul de taille moyenne pourra difficilement l’organiser », estimait ainsi l’historien du football Paul Dietschy, interrogé par l’AFP. « C’est taillé sur mesure pour des États continent, comme la Chine, l’Inde ou pour des associations de plusieurs fédérations. Donc cela exclut des pays comme le Maroc ou d’autres qui veulent organiser le Mondial seuls ».

Battus par le Qatar en 2010 pour l’attribution du Mondial 2022, les États-Unis étaient bien décidés à obtenir leur revanche. Et ils détenaient eux aussi des forces incontestables: des stades grands et modernes, l’expérience de l’organisation de grands rendez-vous, et une organisation bien huilée pour gérer les discussions à trois.

Au-delà des considérations pratiques, le vote de mercredi était aussi, quoi qu’en dise la Fifa, un vote politique. En avril, le président américain Donald Trump avait menacé les pays qui voteraient pour le Maroc: « Ce serait dommage que les pays que nous avons toujours soutenu fassent campagne contre la candidature nord-américaine. Pourquoi soutiendrions-nous ces pays quand ils ne nous soutiennent pas (y compris à l’ONU)? », avait-il tweeté.

S’il bénéficiait du soutien de nombreux pays européens (dont la France), notamment en raison de sa proximité géographique, et africains, à l’appel du président de la Confédération africaine de football (CAF) Ahmad Ahmad, le Maroc avait vu déjà deux pays anglophones de son continent faire défection -dans leurs intentions- au profit de son concurrent: le Liberia et l’Afrique du Sud.

Source: http://www.mediacongo.net/

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