Couleurs de chez nous : « Mbanda »

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Pour les passionnés de la musique congolaise, l’amour reste la thématique dominante. Or, derrière l’amour, il y a la rivalité. Comme aux Jeux olympiques, la rivalité occupe le deuxième podium.

Autant on chante l’amour (Bolingo), autant la rivalité est chantée. En lingala, langue par excellence de la chanson congolaise, on dit « Mbanda ». Voilà lâché le célèbre mot dont le sens et l’expression renforcent les couleurs de chez nous.

Quel est ce chanteur congolais qui n’a pas consacré un titre à cette problématique ? A Mbanda, tous les épithètes négatifs. À elle, tous les vices du monde. Mbanda ne sait rien faire, de la cuisine à l’entretien de la maison en passant par la gestion de l’homme. Bien plus, c’est une bannie de la société et même de sa propre famille. Il faut écouter les chansons congolaises pour mieux comprendre le regard qui est porté sur Mbanda, la rivale, l’autre épouse du mari.

L’impact de la chanson est tel qu’elle a donné lieu à des pratiques diverses chez toutes les femmes. Ou presque. Chacune, à sa façon, livre une guerre assidue contre sa rivale. Ici, tous les coups sont permis en commençant par le fétiche.

Emboîtant le pas à la musique, le 7è art congolais, cinéma classique ou théâtre, a trouvé dans cette source sa matière première. Nombre de productions puisent là et mettent en exergue la rivalité entre femmes. De plus en plus aussi sont exploitées les infidélités des femmes qui, à l’instar des hommes, n’hésitent pas de placer leurs conjoints devant l’évidence. Emancipation des femmes certainement : les hommes ont désormais des Mbanda. Hélas ! 

« Oza na mbanda ! ». C’était un cri à l’époque. Pour dire : « Tu as un rival ». La femme supposée en être la destinataire était désarçonnée quand elle entendait ce cri qui avait une telle magie au point de provoquer des fissures même sur les foyers les plus vieux, les plus sereins, les plus catholiques au sens originel du terme.

C’est cette problématique qui a aussi inspiré les femmes de Brazzaville au point de transférer leurs rivalités au niveau des marchés. Si vous connaissez les marchés « Sukissa », à Moukondo, et « Tembé » à Mikalou. En réalité, ils ont pour vrais noms « Sukissa ba mbanda » et « Tembé na ba mbanda ».

Les pouvoirs publics, cherchant un espace pour construire des bâtiments devant abriter des structures de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), ciblèrent un marché situé vers le pont de la Tsiémé. Aux vendeuses, on proposa deux autres sites plus ou moins lointains : à Moukondo et à Mikalou. Deux camps se formèrent : celles qui optèrent pour Moukondo. Elles jurèrent marcher sur leurs rivales (Sukissa ba mbanda). Les autres choisirent Mikalou et acceptèrent la concurrence, donc, de tenir la dragée haute à leurs rivales, « Tembé na ba mbanda ».

 

Source : adiac-congo.com

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