Couleurs de chez nous: Haut-parleur

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Qui dit commerce dit concurrence. Et celle-ci suppose des aptitudes de communication au sens de séduire le public ou la clientèle. Manquer ces aptitudes revient à manquer de la clientèle. Tout comme le commerce exige aussi, désormais, d’aller vers les consommateurs. Mais, d’entre tous, communiquer reste le principe cardinal. Communiquer pour proposer ses produits ou sa marchandise. Communiquer, vanter la valeur de ses articles et les prix.

Or, un tel exercice nécessite de l’endurance surtout s’il s’agit de crier du matin au soir. Aussi les vendeurs d’ici ont-ils eu l’idée de recourir au mégaphone ou porte-voix. Une fois qu’ils ont enregistré le message standard en rapport avec leurs marchandises, ils posent le média et attendent que les acheteurs arrivent.

Plus besoin pour ces Congolaises et Congolais, professionnels du marché, de crier à longueur de journée car le petit appareil le fait si bien à leur place. On ne sait trop de quel côté l’initiative est partie. Mais on sait que les contrôleurs de bus étaient les premiers à souffrir de crier. Pour contourner la difficulté, ils recouraient aux jeunes oisifs qui écument les stations de bus en les payant avec la mission de crier à leur place. Et de jouer les rabatteurs de passagers. Le constat à ce jour est que le haut-parleur n’est pas le bienvenu.

Ailleurs, l’instrument est adulé. Petits commerçants comme grands, vendeurs ambulants ou fixes, dans les grandes surfaces telles des galeries ou dans les boutiques, le haut-parleur reste roi. Même s’il a l’inconvénient de consommer les batteries ou les piles. Lors des cérémonies de mariage coutumier, la personne retenue comme porte-parole exige lui aussi le haut-parleur afin de mieux se faire entendre par des assistants les plus éloignés.

Hier, dans nos villages, et souvent le soir, le messager du chef du village était obligé de déployer sa gorge pour se faire entendre. D’ailleurs, il était choisi pour cette capacité. Aujourd’hui, dans certains coins, il possède désormais un mégaphone.

C’est la même chose pour les églises dont on observe les envoyés passer dans les rues délivrer les invitations à venir aux cultes de guérison ou de délivrance. Haut-parleur dans les enceintes commerciales, mégaphones dans les églises, le Congo s’accommode bien des exigences de la communication dont le succès de l’écoute reste un objectif.

Certaines enquêtes révèlent que cette pratique a été introduite par les commerçants chinois. Il n’est que d’observer la hausse des ventes de ces haut-parleurs dans les magasins par eux tenus et la quantité des commandes ces dernières années.

On prétend même que certains enseignants sont tentés par cet instrument. La promiscuité des élèves et la configuration de certaines salles de classe ne leur permettant pas d’aller d’un coin à l’autre les obligent à envisager l’usage du haut-parleur.

Seulement, si les avantages sont ceux ci-dessus énumérés, les inconvénients ne manquent pas. À commencer par la cacophonie générée. Et que dire de la monotonie du message véhiculé ? En effet, la contrainte de l’enregistrement fige certains vendeurs utilisateurs du haut-parleur dans un même message pendant un mois. Voire plus ! Alors que sur l’étal, la marchandise a évolué et s’est diversifiée.

C’est tout le paradoxe de cette communication « robotisée » !

		

Source : http://www.adiac-congo.com/

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