Couleurs de chez nous : café au lait

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Le 10 juin, au Congo, est considéré comme la journée de l’Unité nationale. Elle coïncide avec la fin de la Conférence nationale souveraine de 1991. Voici vingt-sept ans. L’événement aux allures d’ambition est marqué par un certain nombre de symboles. Parmi ceux-ci : « La Forêt de l’unité nationale » faite d’eucalyptus et située à Brazzaville, de part et d’autre du boulevard des Armées, Alfred-Raoul.

Sans réécrire l’histoire, chacun peut comprendre les motivations ayant décidé de l’institution d’une telle journée. Essentiellement le souci de mettre fin à l’exclusion. Une ambition tournée vers ce que d’aucuns appellent aujourd’hui  le « vivre ensemble ».

En effet, ce vœu de l’unité nationale n’a pas attendu la Conférence nationale souveraine pour se concrétiser. Car cette unité des Congolais se vit au quotidien et se traduit dans la pratique par la mobilité des citoyens d’un coin à l’autre du pays. Une véritable intégration avec des mariages mixtes au sens où l’ethnie et le département ne comptent pas dans les unions conjugales.

Résultat : des Congolais avec un sang mélangé mbochi-téké, lari-vili, bakouélé-likouba, bomitaba-kugni, bembé-kouyou ou dondo-bonguili. Bien plus même, au regard de la variété des ethnies que compte le pays, soit environ cinquante-deux, selon certaines publications de taille. Pour mieux illustrer cette réalité, les Congolais ont inventé le concept de « café au lait » pour spécifier ou désigner les compatriotes assis entre deux ou plusieurs ethnies et départements. Nulle stigmatisation dans cette appellation, sauf cette fierté de saluer l’unité nationale qu’exprime cette catégorie de Congolais nés de pères et de mères d’ethnies différentes. Fierté en comparaison de certains pays balkanisés où des communautés se regardent en chiens de faïence et se livrent chaque jour à des batailles qui les déciment et freinent le progrès du pays.

Les Congolais « café au lait » donnent la mesure, s’il le faut, de l’acceptation de l’autre, de la tolérance et de l’unité dans la différence qui existe dans ce pays. Un refus de l’exclusion en grandeur nature. Un regret et un constat : ils sont rares, ces « café au lait » qui réussissent à parler les deux langues qu’ils sont censés représenter si bien qu’ils sont obligés de s’aligner sur celle du parent dominant, c’est-à-dire le père ou la mère. Malgré ce handicap, les concernés assument avec fierté leur statut qui permet une lecture de l’unité du pays et de la nation. On n’est pas étonné qu’un Makoua, un Nsangui ou un Mboko soit à cheval entre deux, voire trois départements et qu’à l’occasion de certains événements, des « peuples du sud » se retrouvent en masse dans un domicile censé être celui d’un « nordiste » ou que les funérailles d’un ressortissant du Niari revêtissent les couleurs de la Likouala. De la même manière que le lait atténue la dose du café, les mariages mixtes au Congo donnent force à la nation qui, en dépit des épreuves douloureuses qui jonchent son histoire, a toujours su se redresser.

Autre élément à l’actif du Congo : les deux langues, dites nationales, qui permettent à la population de communiquer entre elle et quel que soit l’endroit où elle se retrouve. Une autre couleur sur laquelle nous reviendrons.
 

		

Source : http://www.adiac-congo.com/

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