Couleurs de chez nous : Au nom de la bible !

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Les Congolais ne jurent plus que par Dieu. Ce qui est normal. Sauf qu’ils y vont jusqu’à l’exagération, oubliant que la religion est affaire de foi et, contraindre les autres à la prière n’est pas de Dieu et les rejeter parce qu’ils ne prient pas n’est pas non plus de Dieu si ce n’est de l’intolérance.

Je n’exagère pas si je dis que de nombreux Congolais vont à l’église « pour fuir le sorcier ». Certains y vont par désespoir : un mari à reconquérir dans le cas des femmes ; un voyage en vue ; un examen à passer ; un malade entre les bras ou on est soi-même malade, etc. Il suffit de dresser l’oreille à l’évangile du jour ou au contenu de la messe qui est dite pour le comprendre.

Il est 11 heures, un dimanche, lorsque dans ma posture d’observateur de la société congolaise qui m’inspire ces couleurs, je vis sortir de l’église des « fidèles » avec un air déconfit. Des femmes pour la plupart ou essentiellement. Adultes et jeunes compris. Des jeunes mères avec des bébés aussi. « La messe serait-elle terminée ? » Non, car l’ambiance qui se poursuivait en l’église me fit comprendre le contraire. Quelque chose n’allait pas. C’est là que l’une des femmes, la soixantaine bien sonnée, s’approcha de moi et se confia : « Papa, on nous a sorties de l’église parce qu’on n’a pas de bible. Comment vois-tu cela ? Le pasteur a-t-il oui ou non raison ? » Devant mon ébahissement et mon silence, la sexagénaire poursuivit : « La bible est écrite en français. Or, je ne connais ni lire ni écrire… »

Cet aveu m’inspira une réflexion dont je partage certains chapitres à travers cette chronique. Au nombre de ces chapitres : celui sur notre relation avec Dieu ou celui sur le rôle et la mission des églises.

Cette femme n’a que sa foi. Elle vient à l’église parce que croyant en Dieu à travers le pasteur qui, lui, a lu la bible, l’a apprise et connaît la profondeur des enseignements qui y sont contenus. Sa mission n’est pas de « chasser les analphabètes » mais de « soigner les âmes » et d’obtenir de « ses fidèles » un changement de comportements. Faire que les femmes et les hommes de la terre deviennent vertueux : telle, il me semble, la mission de l’église. Entre autres.  

S’il est permis de plaider pour ce pasteur qui a chassé ses fidèles, on peut supposer qu’il a suspecté un désintérêt chez certains. La bible serait ici, ou pour lui, la preuve de leur foi en Dieu. En d’autres termes : « si tu aimes Dieu, tu dois accepter de dépenser en achetant le livre sacré, son Livre ».

Mais, au-delà, cet « incident »  au nom de la bible cache bien de situations condamnables qui se passent dans les lieux de culte au Congo. Le marchandage de la prière et le mercantilisme dont font preuve les serviteurs de Dieu sont autant d’actes qui déteignent sur l’image de certains « lieux sacrés ».

En vérité, le pasteur nourrissait un courroux contre certains de ses fidèles à qui il avait demandé  d’acheter les bibles exposées (vendues) au sein même de l’église. Cinq mille francs l’unité !

 

Source : adiac-congo.com

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