Conférence sur l’électricité : une contre-attaque très attendue de la Snel

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Acculé depuis le début des travaux à cause du déficit énergétique criant dans le pays, l’opérateur historique a utilisé son temps de parole, les 23 et 24 mai, de manière pragmatique. Tout en reconnaissant  des faiblesses dans la desserte en électricité sur l’étendue du territoire national, la société a annoncé des actions pour reprendre l’initiative dans ce vaste marché désormais libéralisé.

La journée du mercredi était très attendue par les participants après des échanges plutôt houleux sur la situation catastrophique de la fourniture de l’électricité en République démocratique du Congo et la difficulté pour la Société nationale d’électricité (Snel) de servir convenablement ses clients. Dès le matin, le staff dirigeant de la Snel a pris possession du salon Congo du Pullman Hotel. Après la présentation du bilan mitigé des efforts de redressement de la société commerciale par le Comité de pilotage de la réforme des entreprises publiques (Copirep), le directeur général, Jean-Bosco Kayombo, a posé le diagnostic de la Snel.

Selon lui, la société n’a pas suffisamment investi pour suivre le rythme de la croissance démographique galopante. Par conséquent, les câbles et autres transformateurs, vétustes et inadaptés, s’usent très rapidement. Au-delà, il y a aussi l’ampleur alarmante des raccordements anarchiques. En dehors des abonnés connus, c’est-à-dire six cent mille clients en basse tension, mille cinq cents en moyenne tension et quarante-sept clients en haute tension, plus de deux millions de consommateurs non identifiés se branchent irrégulièrement sur le réseau. La Snel entend s’appuyer sur les nouvelles technologies pour les identifier et canaliser d’importantes recettes qui lui échappent. Elle compte, pour ce faire, introduire très bientôt un logiciel capable d’évaluer la consommation dans un quartier donné. La société va également promouvoir l’utilisation des compteurs communicants qui s’adaptent mieux au défi de rationalisation de la consommation du courant électrique par les consommateurs. Enfin, dans le cadre des énergies renouvelables, il existe un projet d’installation des équipements solaires sur la toiture de certaines institutions publiques afin de réorienter l’énergie ainsi économisée vers les clients basse tension.      

La concrétisation de la stratégie de relance se heurte à des difficultés majeures. Au niveau technique, la Snel n’a plus un nombre suffisant d’ingénieurs dans ses centrales et lignes de transport. Cette année, elle va envoyer en retraite plus de cinq cents agents. Au niveau financier, la société s’est endettée pour revenir à sa situation plus confortable des années 1980 (plus de trois milliards de dollars américains) mais sans succès. En dépit d’une libéralisation effective depuis 2014, les tarifs en basse tension, moyenne tension et haute tension de la Snel continuent à être administrés par l’Etat, alors que plus de vingt nouveaux opérateurs privés déjà opérationnels dans certaines parties du pays négocient directement les tarifs bien plus élevés avec leurs clients.

Le gouvernement appelé à la rescousse

L’opérateur public n’a pu ajuster ces tarifs pendant les périodes de forte production minière pour profiter d’une conjoncture internationale favorable. A cause de l’utilisation massive de carburant, le prix de revient de la production des centrales thermiques est trop élevé, poussant ainsi les provinces qui en dépendent largement à se tourner vers les privés. Aujourd’hui, la Snel n’exporte plus de courant électrique mais elle en importe pour satisfaire une demande en croissance continue. Au niveau de son patrimoine, il y a un blocage sur la question du régime et de la propriété des biens exploités par la Snel. Il revient au gouvernement d’en déterminer rapidement les statuts car, il est clair que la Snel ne résistera pas au vent de libéralisation sans une infrastructure aussi importante que le barrage d’Inga, par exemple. Ce dernier concentre l’essentiel du potentiel énergétique du pays.

La Snel impuissante face à la concurrence

Sans doute, a affirmé le Copirep, l’idéal aurait été d’accélérer le rythme de la réforme en négociant des partenariats solides en faveur de la Snel, dans le cadre de sa transformation économique, au lieu de se concentrer sur un redressement très coûteux. Il faut nécessairement un temps d’adaptation qui manque cruellement à la Snel face à une concurrence plus réactive et plus légère. Ces privés peuvent cibler des sites rentables et faire du profit au regard des tarifs librement négociés. Pire, ils peuvent compter sur des partenaires financiers de la taille de la Banque mondiale, prêts à accorder des lignes de crédit pour la promotion des énergies renouvelables au détriment du coûteux secteur hydroélectrique. La Snel perd du terrain dans le vaste marché de l’électricité, même si les opérateurs privés réunis ne produisent encore que le cinquième de sa production. Le rapport de force sur le terrain peut évoluer très vite. Selon la loi, il revient désormais au ministère de l’Energie d’élaborer le plan d’électrification nationale et à l’Agence de régulation d’accorder des licences. La Snel met en garde sur la nécessité d’accorder un périmètre précis à chaque acteur pour éviter des problèmes d’ordre technique. Une position que certains analystes attribuent à une vaine tentative de chercher les faveurs de la loi, parce qu’elle gère le réseau le plus important et se déploie sur plusieurs provinces du pays. Si la politique de libéralisation reste assez floue, le gouvernement montre des signes de lassitude à assister un opérateur public qui ne peut pas se lancer, sans des garanties suffisantes, dans une bataille où il risque de laisser des plumes.      

Source : http://www.adiac-congo.com/

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