Commerce États-Unis-Afrique : vers le crépuscule de l’Agoa ?

0

L’actuelle loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (Agoa) arrive à son terme en 2025. De nombreux indices montrent que les États-Unis pourraient aborder le continent différemment.

Comment commercer avec les États-Unis après l’expiration de la loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique dit Agoa en 2025  ? C’est la question qui agite les milieux politiques et économiques réunis à Abidjan depuis le dimanche 4 août. Pour rappel, l’Agoa est essentiellement destiné aux exportations de l’Afrique vers les États-Unis. Pour le pays de l’Oncle Sam, l’évolution des économies africaines induit de s’adapter en matière d’échanges commerciaux.

Une phrase résume à elle seule ce changement de paradigme : « Les États-Unis et l’Union africaine partagent le même désir de renforcer leurs liens en matière de commerce et d’investissement au-delà de l’Agoa, qui devrait expirer en 2025, pour finalement aboutir à un partenariat commercial continental entre les États-Unis et l’Afrique. » En d’autres termes, les États-Unis de Donald Trump sont favorables à des accords commerciaux bilatéraux. Ils entendent les mettre en œuvre avec les pays d’Afrique subsaharienne dès lors que la loi sur la croissance et les perspectives économiques en Afrique arrivera à son terme en 2025, une date arrêtée sous Barack Obama. « Toutes les options sont sur la table », a déclaré Tibor Nagy, secrétaire d’État américain chargé des Affaires africaines, dans un entretien avec Bloomberg à l’ouverture du 18e forum de l’Agoa dans la capitale économique de la Côte d’Ivoire.

Beaucoup de changements observés en Afrique

« Les changements survenus en Afrique et au niveau des politiques commerciales mondiales depuis l’adoption de l’Agoa en 2000 ont été profonds. L’Afrique est aujourd’hui plus prospère, plus développée et plus interconnectée avec l’économie mondiale que jamais auparavant. L’Afrique compte parmi les économies dont la croissance est la plus rapide au monde, ce qui a permis l’expansion rapide d’une classe moyenne. Le lancement récent de l’Accord de libre-échange continental africain en mai dernier est une réalisation remarquable », résume, le représentant adjoint des États-Unis au commerce extérieur, Curtis Joseph Mahoney. Pour les projets d’infrastructures, il existe le Millennium Challenge Corporation ou encore l’Overseas Private Investment Corporation (OPIC) destiné au secteur privé avec le programme Prosper Africa.

L’Agoa : ce qu’elle a apporté

La loi sur le commerce et les perspectives économiques en Afrique, établie par le gouvernement américain sous Bill Clinton le 18 mai 2000, a été décrite comme la pierre angulaire de l’engagement économique des États-Unis avec l’Afrique subsaharienne, où il a investi plus de 7 milliards de dollars. Cet accord offre aux 39 pays éligibles un accès en franchise de droits aux États-Unis pour plus de 7 000 produits, allant des textiles aux articles manufacturés. Par exemple, lorsqu’une entreprise d’un pays membre exporte son chocolat sur le marché américain sous Agoa, il est affranchi de droits de douane et cela rend cette entreprise compétitive sur le marché américain par rapport à ses compétiteurs.

Dix-neuf ans plus tard, la valeur du commerce entre les États-Unis et la région s’élève à 41,2 milliards de dollars en 2018, faisant de ce dernier son troisième partenaire commercial. Les échanges avec la Chine valaient 3,5 fois plus et les accords avec l’Inde, 55,1 milliards de dollars. L’Afrique ne représente que 0,8 % des importations américaines. « L’Agoa n’a pas suffisamment amélioré la diversification et la transformation structurelle des économies africaines », a insisté Jean-Marie Ackah, président de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI). « L’évolution des échanges commerciaux entre l’Afrique et les États-Unis reste largement en dessous du potentiel », a également jugé lundi le ministre ivoirien du Commerce et de l’Industrie, Souleymane Diarrassouba dans son discours d’ouverture du Forum. Et il a souhaité « un bond quantitatif et qualitatif ». Selon les conclusions de la réunion ministérielle préparatoire à la réunion, seulement 18 pays africains sur 39 ont mis en place une « stratégie nationale d’intervention » pour profiter de l’accord Agoa. Beaucoup d’entreprises africaines ignorent les possibilités offertes ou ne savent pas comment en profiter. Les 21 pays sans stratégie sont donc invités à en élaborer une « sans délai ».

Renforcer les opportunités offertes par l’Agoa

La diversification des échanges est une autre source de préoccupation, les produits pétroliers représentant 67 % des importations commerciales. Un pays comme le Nigeria n’a pas profité de l’Agoa parce qu’il exporte principalement du pétrole. Le géant africain en profite donc dans une certaine mesure, probablement plus que certains autres pays, mais le pétrole ne crée pas assez d’emplois et ne permet pas d’accéder à d’autres avantages du commerce. « Il faut identifier les moyens de renforcer les opportunités commerciales offertes par l’Agoa » pour « tirer pleinement profit de l’accès au marché américain », a renchéri le président ivoirien, Alassane Ouattara, qui souhaite tripler les exportations de son pays vers les États-Unis (de 1 à 3,5 milliards de dollars) d’ici 2025. Ancien directeur général adjoint du Fonds monétaire international dans les années 1990, le président Ouattara a aussi invité les Américains à investir davantage en Afrique subsaharienne. Cette zone n’attire qu’a peine 1 % des investissements américains dans le monde, a-t-il souligné.

L’Agoa, un outil de pression

Autre problème réel en exergue dans les échanges lors de ce 18e forum : depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, son administration n’a pas cessé d’utiliser cet accord pour faire pression sur des pays africains qui voulaient protéger leurs marchés du textile. En 2015, le Kenya, le Rwanda, l’Ouganda et la Tanzanie se sont mis d’accord pour augmenter les taxes sur les fripes en provenance des États-Unis. Une décision que l’administration Trump sous l’influence du puissant lobby de l’association américaine de textiles d’occasion et recyclés (Smart) qui dénonçait l’imposition de droits de douane sur les exportations américaines par ces trois pays n’a pas du tout goûtée. À l’exception du Rwanda, tous les autres pays ont battu en retraite devant les menaces et ont rouvert leurs marchés. Actuellement, plus de 66 000 emplois au Kenya sont liés à l’Agoa, ce qui a fait gagner au pays 35,2 milliards de shillings kényans (environ 341 millions de dollars) en exportations de textiles et de vêtements en 2016.

Faire avec la Chine et la Zleca

Lors d’une réunion d’échanges à laquelle la presse a pu assister, l’ambassadeur Tibor Nagy et Constance Hamilton, la représentante américaine du commerce pour l’Afrique, ont reconnu les progrès accomplis, mais souligné qu’il y avait des lacunes bien que l’Afrique soit une priorité absolue pour le gouvernement américain. « La question de la “concurrence mondiale” entre les États-Unis et la Chine est relativement récente. Toute notre politique à l’égard de l’Afrique, en particulier l’augmentation spectaculaire du commerce et des investissements, n’est pas une politique anti-chinoise. c’est une politique commerciale pro-africaine et américaine, qui consiste notamment à donner aux Africains des choix supplémentaires », a déclaré Nagy. « Je ne reproche absolument pas à l’Afrique d’avoir conclu tous les accords avec la Chine. Eh bien, ce que nous aimerions faire au gouvernement américain, c’est que nous nous assurions qu’à l’avenir, quand on frappera à la porte, les États-Unis se présenteront également à travers notre vaste secteur privé, qui est impatient – et très, très désireux engager avec l’Afrique », a-t-il complété. Pour Hamilton, « les pays doivent jouer un rôle actif dans la création de conditions concurrentielles dans lesquelles les entreprises, les entrepreneurs et les agriculteurs peuvent prospérer ».

En réalité, la récente signature de l’Accord de libre-échange continental africain (Zleca) « introduit une autre considération majeure pour l’administration, comme on l’a dit à maintes reprises, cela favorisera réellement les accords bilatéraux », a déclaré Tibor Nagy. Les États-Unis ne disposent actuellement que d’un accord de libre-échange sur le continent africain – avec le Maroc – et s’ils ont identifié un certain nombre de partenaires potentiels dans la région ils n’ont pas encore annoncé le pays avec lequel il débuterait cet accord. Reste pour les deux partenaires à régler l’épineuse question des règles d’origine. C’est-à-dire le processus par lequel on détermine si oui ou non un produit est africain.

Source: http://www.mediacongo.net/

Laisser un commentaire