Commémoration du 17 mai: Shambuyi Kalala, ancien cadre de l’AFDL, replace les points sur les « i »

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Figure politique très connue dans les milieux des progressistes tant au Congo qu’à l’extérieur du pays, Shambuyi Kalala a été, de l’avis de plusieurs témoins, parmi les têtes pensantes de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération, AFDL. A l’époque, Secrétaire Exécutif chargé des Organisations des masses, Shambuyi Kalala a organisé la célébration du tout 1er Anniversaire de l’entrée de l’AFDL à Kinshasa, en 1998, qui restera gravée dans la mémoire collective en raison de la qualité et de la profondeur des débats et réflexions qui ont permis ont peuple congolais de comprendre les enjeux de la lutte de libération ainsi que les perspectives. Actuellement Président National du Congrès des Progressistes pour la Libération, CPL, Shambuyi Kalala parle de la commémoration du 17 mai. Il revient, à sa manière, su les succès et échecs de l’Afdl et met l’accent sur les apports des progressistes pour sortir le pays de la crise actuelle…

Nyota ya Afrika: Vous avez été l’artisan de l’organisation de la célébration du 1er anniversaire du 17 Mai en 1998 qui a été la plus marquante, avec un débat de qualité, très enrichissant sur le changement qui venait d’avoir Vingt ans après, comment appréciez-vous les autres commémorations qui s’en sont suivies ?

Shambuyi Kalala (S. B.): Le 1er anniversaire du 17 mai valait son pesant d’or, d’autant plus que l’Afdl était en train de prendre son essor. Elle avait en cette période la prétention de restructurer l’Etat et toute la société congolaise pour un nouveau départ.

Le Congo était dans une recherche permanente d’un cadre qui devait assurer la transition entre le chaos dans un pays à genoux où a régné, plus de trois décennies durant, un régime de la démission nationale, et le début de la construction d’un Etat démocratique et moderne, ainsi que son relèvement d’une situation de sinistre.

C’est pourquoi, l’accent mis à cette commémoration était sur le bilan du régime renversé et les perspectives pour un nouveau Congo, où la jeunesse jadis sacrifiée, pouvait rêver de retrouver le sourire.

Certainement que la commémoration du 17 mai poursuit son petit bonhomme de chemin, mais sans le même esprit. Le bateau de l’Afdl, ensemble avec ses rêves, avait fini par chavirer.

Le débat sur la transformation de la société a disparu, laissant place au débat sur les personnes.

Nyota ya Afrika:  Comment peut-on apprécier l’action de l’Afdl aujourd’hui ? Est-ce une réussite ou un échec ?

S. B.: La réponse à cette question ne doit pas être simpliste pour ne parler que d’échec ou de réussite, en absolue. L’avènement de l’Afdl marque à la fois la fin d’un processus et le début d’un autre. L’appréciation de son action doit tenir compte de ces deux faits.

Comme le drapeau des forces qui mettaient fin à l’agonie d’un régime qui ne voulait pas mourir, et dont l’existence ne faisait qu’enfoncer le pays dans le chaos, de ce point de vue, on ne peut parler que de réussite. Mais, comme cadre qui se prévalait de vouloir relever le pays de sa situation de sinistre et en faire un modèle de démocratie sur le continent africain, puisque elle a chaviré quelques mois plus tôt, l’action de l’Afdl ne peut être qu’un échec.

Ceci étant, on ne peut pas faire l’économie d’efforts pour étudier les forces et les faiblesses d’une organisation qui a représenté à un moment de l’histoire l’espoir de tout un peuple. Et surtout que sa noyade peut donner une somme d’enseignements sur la maturité politique et organisationnelle des progressistes congolais, la couche de la population la plus engagée sur la préparation de l’avenir du pays.

Nyota ya Afrika: Vous parlez du courant progressiste, comment peut-on le distinguer des autres courants au Congo?

S. B.: Les critères pour qualifier un progressiste, peuvent varier en fonction d’époque, mais pour le Congo, même soixante ans après, on a gardé la même matrice. Des années 60 jusqu’aux années 80, un progressiste, pour apprécier une force politique nationale, devait tenir compte du fait de la domination du pays par les puissances étrangères, et de la place qu’occupe les masses dans la lutte nationale et sociale. A partir des années 90, il s’est ajouté un troisième critère, considérer que le pays est sinistré.

Evidement qu’à cela il y a d’autres références qui sont universelles, notamment la position par rapport aux femmes, à la protection de l’environnement, ainsi de suite. Tandis que les autres courants sont caractérisés par une tendance à se vendre au plus offrant pour rejoindre le système de pillage afin de jouir comme notre évolué, du temps colonial, qui s’enorgueillissait de manger à la table du Blanc, et qui traitait ses semblables de non « civilisé ».

Nyota ya Afrika: Face à la crise actuelle, quels peuvent être les apports des progressistes ?

S. B.: L’apport que l’on attend du progressiste est, avant tout, d’imprimer à la lutte du peuple, une orientation claire et de l’aider à se concentrer sur l’essentiel. Avant de rêver de devenir une puissance, le Congo devait d’abord se soustraire de la dépendance esclavagiste qui dure déjà plus de 140 ans, de sortir de sa situation de sinistre et de l’arriération.

De tout temps, les forces négatives, pour assoir leur pouvoir, ont toujours eu recours à la confusion et la mystification. Moïse Tshombe, de retour de son exile, en 1964, sans rire, exhiba une mallette vide, et dire que celle-ci contenait l’indépendance économique.

A son tour, Mobutu est allé jusqu’à changer notre hyme national, « Debout congolais » censé enseigner aux multiples générations des jeunes congolais à ne pas baisser la garde et ne jamais permettre de nouveau une soumission destructrice et dégradante.

A la place, il a imposé la zaïroise, une véritable morphine destinée à endormir le peuple : «…Paix retrouvée…Peuple grand, Objectif 80, 3e place, NON.NON. ». Dans l’entretemps, on était saigné à blanc par les nouveaux et anciens maîtres.

Pour sortir son peuple du trou, le progressiste congolais doit surmonter, lui-même, la crise du groupe afin de se constituer en une force organisatrice et structurante.

Le Congolais qui deviendra le maître de son sol et de sa culture est un citoyen collectif, organisé. Si nous avons été une proie facile de la tragédie de la traite négrière et de la colonisation, c’est parce que notre société n’a été que sous la coupe des jouisseurs et des mystificateurs.

Les progressistes doivent faire confiance à l’intelligence humaine et laisser aux marchands des illusions s’enivrer de leur miracle.

Nyota ya Afrika:  En termes de conclusions, quel serait votre vœu à l’occasion de ce 20e anniversaire du 17 mai ?

S. B.: Malgré des ratés et d’autres dommages collatéraux qui sont liés à l’histoire du 17 mai, il n’en reste pas moins qu’il est une des séquences de la révolution nationale démocratique non encore achevée.

L’important aujourd’hui est d’apprendre de ses hauts et les bas pour les faire bénéficier au peuple qui en a encore tant besoin. Notre souhait est que dans 20 ans lorsqu’on célébrera le 40e anniversaire, que la priorité ne soit autre chose que la question de stabilité des institutions de l’Etat.

 

Source: http://www.mediacongo.net/

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