Centrafrique : le pays peine à se relever

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L’histoire politique de ce pays d’environ 4,5 millions d’habitants, jalonnée de soubresauts politiques, a entraîné, ces dernières années, une instabilité institutionnelle et conjoncturelle défavorable à son développement. La Centrafrique affiche aujourd’hui le visage d’un Etat politiquement et économiquement instable, dans lequel le niveau d’insécurité reste une source de préoccupation.

Une nouvelle vague de violence frappe la Centrafrique. Pourtant, le retour à l’ordre constitutionnel – début 2016 – avait suscité un espoir. Depuis, l’exécutif peine toujours à exercer son autorité au-delà de la capitale Bangui. À la violence du sud-est fait écho celle du nord-ouest dans les régions de Paoua, Bocaranga, Kabo, Markounda et Bang où les humanitaires sont particulièrement ciblés. Du fait de la dégradation de la situation sécuritaire, quatre des plus importantes organisations humanitaires (IRC- Croix rouge, Oxfam, MSF France et International Medical Corps) ont décidé de suspendre temporairement leurs activités dans ces régions.

Le risque d’un nouveau conflit

A cause de la porosité de ses frontières, la Centrafrique continue de subir les effets néfastes de la prolifération et de la circulation illicite d’armes de guerre. Les conflits régionaux et la perméabilité des frontières sont à l’origine des flux et reflux incontrôlés d’armes de guerre sur le territoire centrafricain. Ce trafic favorise la création des milices qu’il alimente, suscite et entretient la violence au sein des groupes de jeunes aux conditions de vie précaires et des militaires centrafricains en rupture de ban avec leur hiérarchie.

Depuis le déclenchement de la crise en 2013, le pays a été frappé par un embargo sur les armes qui empêche l’armée nationale de s’en procurer et de jouer pleinement son rôle de garant de la défense du territoire national. Paradoxalement, les groupes armés continuent de s’armer et causent d’énormes violations des droits humains, comme le dévoile un rapport des experts de l’ONU, rendu public le 1er août 2017, sur les circuits des trafics d’armes.

La maîtrise de la situation sécuritaire passe ainsi par le désarmement de ces milliers de miliciens à travers le programme de Désarmement, de Démobilisation et de Réinsertion (DDR). Malgré les efforts des autorités et les progrès réalisés avec le démarrage du Projet de réinsertion des ex-combattants et d’appui communautaire (PRAC), on assiste encore à un regain de violence. Sa maîtrise est un préalable incontournable au fonctionnement normal de l’Etat au moment où le climat sécuritaire laisse présager selon les Nations Unies « un nouveau conflit », avec « l’émergence des signes avant-coureurs de génocide ».

Les casques bleus en question

La situation actuelle en Centrafrique est un véritable test pour l’architecture de paix et de sécurité. Si des forces ont été déployées pour la résolution du conflit – Minusca, Sangaris – celles-ci ne sont pas en mesure d’assumer pleinement leur mission. Ces dernières années, les casques bleus sont régulièrement accusés de crimes sexuels. La réputation de ces soldats de la paix est ternie depuis des mois par toute une série de scandales de viols et autres exactions. Après avoir recensé plusieurs cas d’abus sexuels présumés, les Nations unies poussent à la création de cours martiales « in situ ». Pour compenser dans l’urgence ce déficit de capacité, un contingent supplémentaire sera envoyé d’ici la fin du mois d’août pour sécuriser l’arrière-pays.

Plusieurs villes à l’intérieur du pays sont sous le contrôle des groupes armés malgré le retour à l’ordre constitutionnel. Cette année, le bilan côté casques bleus ne fait que s’alourdir. Neuf soldats de la paix ont été tués depuis mai dans la région de Bangassou (sud-est) à la frontière avec la RDC. Au moment où l’ONU évoque une « situation dangereuse », des résidences d’ONG ont été pillées, laissant au passage des blessés. L’ONU craint des risques d’un retour en arrière.

Les populations en pâtissent

Les conséquences en termes de déplacements et de violences sont considérables pour la population. De Bangassou, Bria, Kaga-Bandoro, et Zemio, les civils paient le plus lourd tribut de cette nouvelle flambée de violence. Avec la coloration religieuse prise par les affrontements, des centaines de maisons ont été brulées, des biens pillés et saccagés. La situation empire pour les personnes déplacées. Ils sont encore 440.000 à vivre dans des camps à l’intérieur du pays, soit 180.000 nouveaux déplacés en six mois. Un mouvement de population aussi massif n’avait plus été observé depuis décembre 2013 au plus fort de la crise.

Bien qu’en 2015 la violence ait reculé à Bangui et dans certaines régions de la RCA, les groupes armés encore actifs et le grand banditisme rendent la situation sécuritaire très volatile. L’insécurité persistante dans de nombreuses zones du pays continue d’entraver la capacité des organisations humanitaires à atteindre les personnes ayant besoin d’assistance. Depuis la fin de l’année 2016, les affrontements entre groupes armés et les exactions contre les civils prennent à nouveau une ampleur inédite, et le conflit continue de s’étendre à l’Est.

Après les récents affrontements, les besoins humanitaires vont croissant, alors que les financements sont au plus bas, soit seulement 24% des 497 millions de dollars réclamés lors d’un appel à l’aide humanitaire cette année. « Une rechute dans une crise humanitaire de grande ampleur est imminente », a jugé le secrétaire général adjoint des Nations unies aux Affaires humanitaires, Stephen O’brien.

La Cour pénale spéciale entre en jeu

Au vu de ces réalités, le combat contre l’impunité est loin d’être gagné. L’amnistie qui apparait aux yeux de certains comme une piste de solution, n’en est pas une pour le gouvernement centrafricain qui réaffirme son opposition à ce principe. Depuis que l’idée d’amnistie a été relancée, ce contre les recommandations issues des consultations populaires à la base et du forum de Bangui, un front anti-amnistie s’est constitué dans le pays. La plate-forme religieuse, les organisations de défense des droits de l’homme, les associations des victimes sont montées au créneau, avec des rencontres initiées par la représentation de l’Union africaine pour discuter voire persuader les forces vives de la nation sur la question. Mais en Centrafrique, l’amnistie ne saurait passer au regard de l’acharnement des uns et des autres contre cette idée.

« Les auteurs des crimes doivent en répondre », a lancé récemment le ministre des Affaires étrangères, Charles Armel Doubane. Le mécanisme judiciaire a déjà été mis en marche à cet effet notamment avec la création de la Cour pénale spéciale (CPS). Dans un pays où le meurtre sans conséquence est devenu la norme, la CPS tente une mission difficile. Pendant que certains jugent « impossible » la mission de cette cour, Human Rights Watch (HRW) estime que « la CPS a le potentiel de briser la longue tradition d’impunité du pays pour les atrocités ». Alors que l’ouverture des enquêtes est prévue en octobre prochain, renseigne l’organisation, la clôture des premiers dossiers d’instruction n’interviendra pas avant trois ans. Même si, selon elle, la viabilité financière à plus long terme reste incertaine, cette cour se doit de résoudre une équation à multiples inconnues.

La Centrafrique a basculé dans les massacres de masse en 2013 avec le renversement du président Bozizé par l’ex-Séléka, entraînant une contre-offensive des anti-Balaka. Le pays bénéficie d’un retour au calme dans Bangui après l’intervention de la Misca (2013-2014), de la France (2013-2016) et des Nations unies. Mais les groupes armés menacent toujours les civils à l’intérieur du pays. Il est difficile aujourd’hui d’y mettre un terme. Seul le retour de l’autorité de l’Etat, un renforcement du processus démocratique, une bonne gouvernance et l’appui des partenaires étrangers pourrait, dans le long terme, apporter des solutions idoines à la crise actuelle.

Source : adiac-congo.com

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