Célébration du mois de l’histoire des Noirs dans le monde

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Aux États-Unis, chaque mois de février depuis 1976, se tient le « Black history month », traduit en français par « Mois de l’histoire des Noirs », célébrant les contributions des Afro-Américains à l’histoire du pays. La « Semaine des Noirs » devint le « Mois de l’histoire des Noirs » en 1976, dans le cadre des festivités du bicentenaire américain. 

 L’événement visait à commémorer d’une manière plus fidèle et plus objective l’histoire des Noirs. Il est aujourd’hui célébré dans les plus grands centres urbains en Amérique du nord, en Afrique, en France, aux Caraïbes, en Amérique centrale et en Amérique du sud.

« Fier d’être Noir et fier de notre histoire »

Cette célébration  trouve ses racines en 1915, un demi-siècle après que le treizième amendement abolit l’esclavage aux États-Unis. En septembre de cette année-là, l’historien formé à l’Université Harvard, Carter G. Woodson, qui est reconnu comme le père du « Mois de l’histoire des Noirs », et le ministre Jesse E. Moorland, tous deux de proéminentes figures noires de leur époque, ont cofondé  l’Association for the study of Negro life and history, un organisme voué à promouvoir, rechercher, préserver, interpréter et diffuser de l’information dirigée vers la communauté mondiale sur la vie des Noirs, leur histoire et leur culture. Malgré un doctorat en histoire, Carter G. Woodson fut perturbé de constater que même dans ses études poussées, les livres d’histoire ignoraient largement la population noire. Et quand les Noirs y étaient présents, ils l’étaient généralement d’une manière qui reflète une position sociale inférieure, peu reluisante. Le mois de février fut choisi parce qu’il correspondait au mois d’anniversaire de naissance de deux grands abolitionnistes de l’esclavage, Frederick Douglas et Abraham Lincoln.

Mieux faire connaître l’histoire des Noirs

En lançant la « Semaine de l’histoire des Noirs » en 1926, Carter G. Woodson avait des objectifs au moins autant politiques que scientifiques. Il s’agissait d’abord pour lui de faire connaître l’histoire noire aux Noirs eux-mêmes, puisqu’elle n’était quasiment jamais enseignée à l’école ni évoquée dans les médias. Mais depuis que cette célébration a lieu durant tout un mois, des voix s’élèvent pour critiquer cette initiative lui reprochant notamment d’avoir perdu de vue la visée politique radicale qui animait son fondateur en 1926.

Parmi les critiques les plus couramment avancées à l’encontre du « Mois de l’histoire des Noirs » se trouve le fait que cette célébration de l’histoire de cette communauté est cantonnée à un seul mois de l’année, le plus court de surcroît. De mars à janvier, l’histoire noire serait-elle remisée au placard des préoccupations secondaires ? Mettre en valeur l’histoire noire pendant un mois spécifique ne renforcerait-il pas les préjugés des Blancs sur son caractère anecdotique ? D’ailleurs, existe-t-il un Mois de l’histoire blanche ? En 2005, l’acteur afro-américain, Morgan Freeman, avait ainsi fait polémique en qualifiant de « ridicule » le Mois de l’histoire noire, considérant que son histoire n’avait pas à être « reléguée » à un seul mois dans la mesure où « l’histoire noire est l’histoire américaine ». Pour se débarrasser du racisme, affirmait Freeman, il faudrait « arrêter d’en parler ».

L’autre grande critique portée à l’encontre de cette célébration est fondée sur la marchandisation débridée qui lui est associée. Le « Mois de l’histoire des Noirs » ne serait-il finalement qu’une vaste opération commerciale destinée à vendre livres, chaussures, sodas et autres colifichets mémoriels stylos, T-shirts, porte-clés, tasses, posters, etc. ? La culture noire serait-elle une simple accroche marketing ? Le Mois ne serait-il pas l’occasion d’une consommation de masse agrémentée de bonne conscience collective ? Effectivement, un certain nombre de grandes entreprises américaines profitent de l’occasion pour promouvoir leurs produits auprès des Afro-Américains tout en affichant leur « conscience civique » à bon compte. En 1997, l’historien John Hope Franklin voyait dans cette commémoration une véritable foire de « charlatanerie ».

Une institution civique américaine devenue mondiale

En dépit de ces critiques, le Mois de l’histoire des Noirs est aujourd’hui une institution civique dynamique dont la vitalité se donne à voir dans son internationalisation et dans la création de nombreux autres mois de commémoration aux États-Unis et de sa célébration partout dans le monde. C’est ainsi que le Mois de l’histoire des Noirs est officiellement célébré au Royaume-Uni et au Canada, deux pays abritant des minorités afro-caribéennes nombreuses et anciennes. Depuis 1987, la célébration des diasporas africaines a lieu en octobre, au Royaume-Uni, et depuis février 1995 au Canada. Dans ces deux pays, comme aux États-Unis, la célébration a pour objectif de donner davantage de visibilité aux accomplissements de population noire à l’intérieur de l’histoire nationale.

Pourquoi la France tarde-t-elle à donner sa place aux minorités ?

Il n’existe pas en France de « Mois de l’histoire des Noirs » ni d’autres mois de ce type mais, les débats qui agitent les sociétés américaine, canadienne et britannique à leur propos y existent néanmoins. Par exemple, la lente édification et l’inauguration tardive, en décembre 2014, du Musée de l’histoire de l’immigration à Paris dit bien la difficile reconnaissance officielle du rôle des groupes minoritaires dans la construction nationale en France.

 

 

Source : http://www.adiac-congo.com/

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