Brexit : pourquoi la Première ministre Theresa May est de plus en plus fragilisée

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La démission du négociateur britannique sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne dimanche soir pourrait entraîner un effet domino menant à la chute de la Première ministre. Fragilisée, elle pourrait perdre sa majorité au Parlement.

David Davis en a fait une affaire de principe. Le ministre britannique en charge du Brexit a démissionné dimanche car il était en désaccord avec la ligne définie par la Première ministre Theresa May. 

Celle-ci avait annoncé vendredi la ligne gouvernementale sur le maintien d’une relation douanière post-Brexit étroite avec l’Union européenne (UE).

L’eurosceptique David Davis est un partisan d’un « Brexit dur ». Même remplacé par un autre « Brexiter », Dominic Raab, son départ fragilise la Première ministre de plusieurs façons et pourrait être la première étape vers la fin du gouvernement May.

Fragilisée au sein de son gouvernement

Après David Davis, Boris Johnson a décidé de suivre. Le ministre des Affaires étrangères a donné sa démission lundi après-midi. Deux autres ministres partisans d’un Brexit dur avaient déjà démissionné : Steve Baker et Suella Braverman tous les deux secrétaires d’État au DExEU (Department for Exiting the European Union), le ministère en charge du Brexit.

Qui nommer à la place de David Davis ? Le choix de Theresa May est un indicateur : elle a choisi de nommer Dominic Raab qui s’occupait jusqu’à présent du Logement. Une preuve qu’elle réussit encore à tenir son gouvernement.

Au sein du gouvernement, l’eurosceptique Michael Gove, ministre de l’Environnement et autre figure de l’exécutif, a dit qu’il soutenait la ligne défendue par Theresa May. Tout comme Liam Fox (Commerce international) et Chris Grayling (Transports).

Les réactions de Robin Walker et Martin Callanan, deux autres partisans du « hard Brexit » au sein de l’exécutif, ne sont pas encore connues. Le député Andrea Jenkyns invite sur Twitter « les vrais Brexiters » au sein du gouvernement à suivre l’exemple de David Davis.

Fragilisée au sein des conservateurs

Mais si Theresa May réussit à tenir plus ou moins son gouvernement (David Davis est tout de même le sixième ministre à démissionner depuis novembre), l’estocade pourrait venir du Parlement. La Première ministre a perdu sa majorité absolue lors des dernières élections législatives. Tous les votes comptent sur chaque texte.

Or, plusieurs voix parmi les plus eurosceptiques des Tories (les Conservateurs) ont déjà fait savoir qu’ils n’acceptaient pas la ligne choisie par le gouvernement May. Dans le tabloïd Daily Telegraph, Jacob Rees-Mogg a déjà dénoncé le « défaitisme » de Theresa May face à l’Union européenne. Le député William Wragg a également estimé dimanche que « c’était la bonne chose à faire », à propos du choix de David Davis. 

Andrea Leadsom, la cheffe des Tories à la chambre des Communes, a cependant soutenu la ligne défendue par la Première ministre.

Jusqu’à présent, Theresa May avait surtout à convaincre les plus europhiles lors des votes sur le Brexit. Désormais, elle devra donner des gages à ceux, plus nombreux, qui souhaitent créer un rapport de force avec l’Union européenne.

Fragilisée au sein de sa coalition

Autre problème pour Theresa May, ses partenaires de coalition du DUP, les unionistes de l’Irlande du Nord. Sans leur voix, le gouvernement tomberait. Or, les relations avec cet allié sont très difficiles car la situation à Belfast est un des points centraux des discussions sur le Brexit. Le DUP ne veut pas entendre parler d’un statut différent pour cette partie de l’île avec l’Union européenne. Bruxelles souhaite de son côté éviter le retour des douaniers aux frontières avec l’Irlande.

A Dublin, le nouveau plan de Theresa May a été bien perçu. Dimanche, le ministre irlandais des Affaires étrangères a déclaré qu’il constituait un pas important vers un Brexit moins désordonné. « Je crois que pour la première fois nous voyons une formulation très directe qui va dans le sens d’un Brexit bien plus en douceur que ce que certains commentateurs disaient et il faut le saluer », a dit Simon Coveney à la radiotélévision irlandaise RTE.

Cependant, cette offre britannique ne va pas pour autant être acceptée ni par les 27 États membres, ni par les dirigeants du DUP.

Fragilisée face à l’Union européenne

Ces soubresauts affaiblissent à nouveau Theresa May dans les négociations. La cheffe du gouvernement louvoie entre les demandes de Bruxelles et celles des tenants d’un Brexit dur. Une attitude dénoncée par le négociateur de l’UE, Michel Barnier. Celui-ci demande depuis plusieurs semaines une position claire aux Britanniques.

L’incertitude sur le futur statut de la Grande-Bretagne face à l’Union européenne inquiète aussi le secteur économique. Jaguar, Airbus et BMW ont récemment annoncé qu’ils pourraient délocaliser leurs entreprises en cas de sortie « sans accord », apportée en partie vendredi.

La position de Theresa May est donc fragilisée, tant sur le plan économique que politique. Or, même si la Première ministre réussit à négocier un accord avec Bruxelles, il lui faudra obtenir l’accord du Parlement qui doit voter à l’automne sur le résultat des négociations.

 

Source: http://www.mediacongo.net/

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