Beni: 4 ans de massacres, 5 propositions concrètes de Lucha

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2 octobre 2014-2 octobre 2018, cela fait 4 ans, jour pour jours, depuis que Beni a connu la toute première série de massacre s de sa population. Elle a été inaugurée par les massacres de Mukoko et Kokola, deux localités du groupement Bambuba-Kisiki en territoire de Beni, dans la nuit du 1er au 2 octobre 2014, par des assaillants désignés aussitôt par l’armée congolaise comme des rebelles ougandais des Forces démocratiques alliées, plus connus sous le sigle « ADF » (Allied Democratic Forces).

Quatre ans plus tard, on dénombre des centaines d’incidents au cours desquels quelque 2000 civils congolais ont été sauvagement tués – souvent à la machette –, des centaines d’autres mutilés, d’autres encore enlevés, et des villages entiers rayés de la carte par des assaillants que personne n’est toujours arrivée à nommer avec exactitude. Ces attaques ont aussi fait des victimes parmi les FARDC et les Casques Bleus de la Monusco.

À l’occasion de la célébration de cette journée, la Lutte pour le changement (LUCHA) a organisé une marche et sit-in au Quartier général de la Monusco à Beni-Boikene. Ce mouvement a, par ailleurs, déposé un mémorandum intitulé  » Cinq propositions concrètes pour Beni ».

«A chaque fois, les autorités congolaises et l’ONU n’ont pas tari de promesses et d’annonces : renforcement des troupes, augmentation des patrouilles, lancement d’opérations militaires conjointes ou unilatérales, démantèlement de camps des « islamistes », … Mais rien n’y est fait. Les tueries, les kidnappings, les destructions et les pillages sont devenus le lot quotidien des habitants de cette région, qui n’ont plus de larmes pour pleurer ni de voix pour crier leur malheur.

Des rapports divers ont révélé la complicité des certains commandants FARDC et des acteurs politiques. Mais aucune enquête sérieuse et exhaustive n’a été menée en dépit de nombreux appels de la société civile. Au contraire, les autorités congolaises continuent encore aujourd’hui à réprimer violemment et persécuter ceux qui essaient de faire le deuil, de dénoncer ces massacres ou de s’en indigner publiquement. Pendant ce temps, les officiers mis en cause dans différents rapports n’ont jamais été inquiétés. En clair, il y a de la part des autorités, au mieux une volonté de laisser se perpétrer les massacres, au pire une complicité dans leur préparation et leur exécution, pour des fins inavouées…», peut-on lire dans leur document.


Lucha devant le QG Monusco

Comme pistes de sortie de cette crise, la Lucha propose :

1. SECURITE : Il faut de toute urgence transformer la Brigade d’intervention de l’ONU en une Force régionale et la renforcer en troupes et en moyens, avec pour mandat d’assurer la protection effective des civils, traquer les auteurs des massacres quels qu’ils soient, et stabiliser le territoire et la ville de Beni sur le modèle de l’opération Artémis (2003 -). La Communauté de développement des Etats d’Afrique australe

(SADC) doit prendre le leadership opérationnel de cette Force, les Nations-Unies devant se limiter à l’appui politique, financier et opérationnel (y compris en matière de renseignements). Les forces congolaises de sécurité déployées dans région de Beni sous le commandement du général Marcel Mbangu maintiendraient une présence optimale pour soutenir l’action de la Force régionale en matière de renseignements et d’occupation du terrain. Il en est de même pour la Force ordinaire de la MONUSCO.

En tout état de cause, la Force régionale doit avoir le leadership des opérations militaires et de police, y compris en ce qui concerne la planification.

2. JUSTICE : Il faut une enquête internationale indépendante, impartiale, transparente et rapide pour établir les faits et les responsabilités sur les tueries, les mutilations, les kidnappings, les destructions et les pillages perpétrés dans la région de Beni à partir du 1er janvier 2014. L’enquête pourrait être mise en place par la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, par le Haut-Commissariat des Nations-Unies aux droits de l’Homme, ou encore par ces deux institutions conjointement.

Elle doit se pencher notamment sur l’identification des auteurs des massacres et d’autres faits graves (y compris les attaques ayant visé les Casques Bleus de la MONUSCO), sur le rôle des autorités civiles et militaires congolaises et ougandaises et des Casques Bleus de la MONUSCO, ainsi que sur les kidnappings et le sort des personnes portées- disparues. Elle doit formuler des recommandations pertinentes sur la manière dont la durée ne doit pas excéder 12 mois à compter de son établissement, et elle doit être entièrement rendue publique.

3. ASSISTANCE HUMANITAIRE : En plus de l’intervention d’une force régionale, il faut que le Bureau des Nations-Unies aux Affaires humanitaires et d’autres agences spécialisées mettent renforcent l’assistance humanitaire en faveur des populations de Beni, qui est délaissée depuis le début des massacres il y a quatre ans.

Les efforts déployés pour contrer la progression du virus à Ebola et l’endiguer doivent être maintenus et renforcés.

Cependant, c’est la majorité de la population a besoin d’assistance humanitaire d’urgence, avec comme besoins les plus urgents (pour sauver des vies) : la nourriture, l’eau potable, les abris et vêtements pour les personnes ayant fui ou perdu leurs maisons, les soins de santé.

4. SANTÉ : S’agissant de la santé, il est nécessaire de renforcer l’approvisionnement, l’équipement et le personnel de tous les centres de santé et hôpitaux publics et privés de la région.

5. Autres ESOINS DES HUMANITAIRES

Enfin, les humanitaires doivent se préparer de manière à couvrir d’autres besoins humanitaires au fur et à mesure que la paix est rétablie, notamment la reconstruction des écoles et l’aide à la rescolarisation des enfants orphelins…

Le chef de bureau Ad Intérim de la Monusco Beni-Lubero a promis transmettre ce message aux concernés.

Source: http://www.mediacongo.net/

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