Bemba-Félix: vers un rapprochement historique ?

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Les lignes bougent au sein de l’Opposition RD-congolaise. Le rapprochement Bemba-Tshisekedi, mieux le rapprochement MLC-UDPS/Rassemblement est en voie de se matérialiser pour une grande coalition politique de l’opposition en RD-Congo.

Dans les états-majors de l’Opposition politique, on estime, à tort ou à raison, que le contexte politique actuel l’exige et les acteurs impliqués tentent de consolider leurs liens en vue de barrer la route à Joseph Kabila, Président de la République, arrivé à la fin de son second et dernier mandat constitutionnel. L’enjeu majeur de cette manœuvre politique: les prochaines élections présidentielle, législatives nationales et provinciales.

Face à une Majorité au pouvoir depuis 10 ans, soit de 2006 à 2017, l’Opposition dans sa diversité affûte ses armes. Félix Tshisekedi Tshilombo, président du Rassemblement, est allé rencontrer Jean-Pierre Bemba, président du Mouvement de libération du Congo -MLC- depuis sa cellule de La Haye. Regard sur cette probable coalition, atouts et faiblesses. Il a été toujours reproché à l’Opposition RD-congolaise de sa grande diversion au moment crucial de lever de grandes options pour le pays et prendre peut-être le pouvoir. Cette division a été toujours à la base de l’échec de l’Opposition face au régime en place.

Cette fois-ci, les choses se pourraient se jouer autrement. Enjeu: arracher le pouvoir à la Majorité présidentielle kabiliste. Les stratégies sont en branle. L’Opposition est à la recherche des voies et moyens  pour parler d’une seule voie. Dans cette optique, le 7 novembre dernier, Félix Tshisekedi Tshilombo a fait le déplacement de La Haye, au Pays-Bas, où il s’est entretenu avec Jean-Pierre Bemba Gombo, président du Mouvement de libération du Congo -MLC-, depuis sa cellule carcérale de la Cour pénale internationale -CPI- sur la possibilité d’envisager une grande coalition de l’Opposition afin d’accélérer le processus de l’alternance.

« J’ai rencontré Jean-Pierre Bemba à La Haye. Ce qui s’est dit entre nous est confidentiel. Tout ce que je peux vous dire c’est qu’il est de cœur avec nous. Il a instruit son parti de travailler ensemble avec nous », a-til confié. Sans entrer dans leurs secrets, le glas a sonné pour une alternance politique en RD-Congo. Chaque camp y va avec sa stratégie.

L’ancrage de l’UDPS et du MLC

Depuis 1982, année où les 13 parlementaires ont adressé une lettre au Président Mobutu pour engager le pays sur la voie de la démocratie, les élans dictatoriaux ont subi un début de résistance jusqu’à la chute brutale de Mobutu, renversé par Laurent Désiré Kabila sous les labels de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre -AFDL le 17 mai 1997. Jusqu’ici, l’UDPS, dirigée par Etienne Tshisekedi, s’est illustrée par une lutte démocratique pacifique, subissant toutes sortes de privations, tortures, relégations, répressions et massacres.   Etienne Tshisekedi n’a jamais reculé dans sa lutte pacifique. A l’entrée de l’AFDL, Tshisekedi tente de rencontrer M’Zee Kabila.

Arrivé au Grand Hôtel, il rentre sans le voir et fait cette déclaration: «Mon frère est entouré des jeunes gens que je ne connais pas». Et depuis lors, aucun rapprochement n’a eu lieu. Tshisekedi déclare alors: «Nous allons combattre toute dictature d’où qu’elle vienne. Maintenant, Kabila est notre adversaire». Avant que Kabila n’arrive, le même Tshisekedi avait déclaré que Kabila est un fils du pays. C’est pourquoi à Kinshasa, la population fatiguée par la tyrannie de Mobutu disait: «Zela Kabila aya», traduisez avec nous: «Kabila va mettre fin à votre dictature». Le 2 août 1998, la guerre éclate au pays. Les alliés de Mzee Kabila lui font la guerre. Ils créent le Rassemblement congolais pour la démocratie -RCD- appuyé par le Rwanda et l’Ouganda. Mzee lance un appel à la résistance dénonçant une agression étrangère. Entretemps, Jean-Pierre Bemba crée le Mouvement de libération du Congo-MLC.

Tous les enfants des mobutistes chassés par l’AFDL et les anciens militaires intègrent le mouvement à partir de l’Equateur. La guerre gagne tout le pays et les armées étrangères sont appelées au secours. Le 16 janvier 2001, alors que l’Accord de Lusaka avait été signé pour le déploiement des casques bleus, Mzee est assassiné. Il est remplacé par Joseph Kabila. Avec l’aide de la communauté internationale, le pays organise un dialogue en Afrique du Sud qui aboutit à la signature d’un Accord global et inclusif qui mettra en place un gouvernement de transition 1+4. Il s’agit d’un gouvernement de tout le monde. Seule l’UDPS refuse de prendre part à ce gouvernement et aux institutions de la République.

Le parti d’Etienne Tshisekedi se lance dans la lutte pacifique pour libérer le pays. Il appelle à l’organisation des élections conformément à l’Accord de Sun City le 30 juin 2006. « Le 30 juin à minuit tout s’arrête », disait Tshisekedi, promettant de jeter le peuple dans la rue pour renverser les institutions. La première personne à réagir c’est JP Bemba en menaçant de réprimer quiconque s’aventurerait à répondre à l’appel de Tshisekedi. Entretemps, Tshisekedi appelle au boycott du referendum et des élections de 2006 disant que les blancs ont déjà leur candidat en poche. Kabila gagne les élections et le MLC a le soutien des militants de l’UDPS déçus par le boycott de leur leader.

C’est ainsi que le MLC est devenu la première force de l’Opposition. Aux élections de 2011, l’UDPS s’implique. Elle reprend la place au MLC et devient la première force de l’Opposition. Maintenant que d’autres élections pointent à l’horizon, la coalition MLC/Rassemblement et autres partis de l’Opposition constituerait une grande force contre la MP, à l’instar de la coalition de Macky Sall au Sénégal à la base de la victoire contre l’ancien président Abdoulaye Wade. Le rapprochement Félix Tshisekedi-Bemba, serait perçu comme un moyen de tenir tête à la MP et obtenir l’alternance et tourner le dos au passé.

Source : Media Congo

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