Banderoles arrachées: l’Église compte intensifier sa campagne contre un 3ème mandat de Kabila

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Opposée à un troisième mandat du président sortant, l’Église a lancé une campagne d’affichage de banderoles anti-Kabila. L’Église catholique de RD-Congo entend bien exprimer sa ferme opposition à la candidature de Joseph Kabila aux élections du 23 décembre 2018.

Pour ce faire, elle compte intensifier la campagne « pas de troisième mandat présidentiel/pas de révision constitutionnelle » lancée par Conseil de l’apostolat des laïcs catholiques du Congo (CALCC) fin mai. Il s’agit, pour cette structure de l’Église catholique congolaise, de mieux faire connaître le contenu de l’Accord de sortie de crise de la Saint-Sylvestre, signé en 2016 par le parti présidentiel et l’opposition, sous l’égide de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco).

L’Accord de la Saint-Sylvestre avait mis fin à de longues semaines de manifestations publiques de l’opposition et des mouvements civils congolais au terme du dernier mandat constitutionnel de Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001. Il prévoyait notamment que le président sortant organise des élections transparentes auxquelles il ne serait pas candidat.

La violation de nombreuses dispositions de l’accord a poussé l’épiscopat congolais à publier des déclarations dans lesquelles il a exigé des garanties que le président Kabila ne briguerait pas un troisième mandat. De leur côté, de nombreux laïcs et prêtres ont marché, le 31 décembre 2017, le 21 janvier et le 25 février 2018, à l’appel du Comité laïc de coordination (CLC) pour exiger l’application stricte de texte.

Une campagne en réaction à la campagne des pro-Kabila

La campagne d’affichage lancée par le CALCC a été soutenue par le Comité laïc de coordination (CLC), la structure organisatrice des marches catholiques. Dans un communiqué publié mardi 5 juin, le CLC a demandé au CALCC d’intensifier sa campagne d’affichage et de l’étendre à tous les diocèses et à toutes les paroisses de la RD-Congo.

Les banderoles anti-Kabila interviennent en réaction à la campagne d’affichage lancée par les partisans du président en faveur d’un troisième mandat et aux nombreuses voix qui s’élèvent au sein de la majorité présidentielle pour l’encourager à briguer un autre mandat.

Mais l’initiative lancée par l’Église n’est pas du goût de tout le monde. Samedi 2 juin, Dolly Makambou, le bourgmestre (maire) de la commune de Gombe, dans le nord de Kinshasa, est entré de force au Centre interdiocésain, dans une concession de la nonciature apostolique, pour arracher deux affiches posées par le CALCC. Cette intrusion a provoqué la colère de la conférence épiscopale qui menace de porter plainte pour « violation de domicile » si le bourgmestre ne présente pas ses excuses.

Kabila, candidat ou pas  ?

Entre le 25 juillet et le 8 août 2018, le processus électoral va connaître une étape décisive avec l’ouverture du dépôt des candidatures à l’élection présidentielle.

Jusque-là, Joseph Kabila ne s’est pas encore prononcé sur une éventuelle candidature. Mais de nombreux observateurs estiment que le débat posé par le parti présidentiel est une façon de mieux préparer les Congolais à l’annonce de sa candidature.

Cette analyse semble partagée par le père Donatien Nshole. Dans une interview accordée à Jeune Afrique, mardi 5 juin, le secrétaire général de la Conférence épiscopale congolaise, condamne fermement les velléités de violation de la Constitution et de l’Accord de sortie de crise de la Saint-Sylvestre affichées par les partisans du président.

« Tous ces bruits sur un éventuel troisième mandat du président Kabila peuvent être l’œuvre de zélés, ajoute-il. Ces derniers font peut-être des déclarations sans avoir été mandatés par le chef de l’État lui-même. Mais nous connaissons les politiques : nous n’excluons donc pas non plus que ces propos soient des ballons d’essai. Si c’est le cas, c’est très dangereux. C’est pourquoi nous nous sommes levés pour décourager cette attitude. »

Et de s’en prendre aux thèses d’un scenario à la burundaise, qui argumentent que modification du mode de scrutin en 2011 a remis les compteurs à zéro concernant la limitation des mandats: « Soutenir un troisième mandat de Kabila, c’est insensé ! Ceux qui le font veulent peut-être se faire bien voir ou aimer par le chef de l’État, pour des raisons qu’eux-mêmes connaissent. Mais leur argumentaire ne tient pas. Car la Constitution est claire : on pouvait toucher à tous les autres articles, mais pas à ceux qui sont verrouillés. Les dispositions liées à la limitation du nombre des mandats sont verrouillées. »

« Un procès d’intention et des manœuvres dilatoires de l’opposition »

Toutefois, dans une interview accordé à la radio la « Voix de l’Amérique », le porte-parole de la Majorité présidentielle, André-Alain Atundu, avait  tenu à clarifier la position de son parti et dénoncer ce qu’il qualifiait de procès d’intention de la part de l’Opposition.

« Si nous avions cette idée [du 3ème mandat] nous aurions été libre de le dire, le Président l’aurait dit, le Secrétaire général l’aurait confirmée et le porte-parole l’aurait rendue publique à la connaissance de tous. Ça ce sont des manœuvres de distractions et dilatoires. Le président a donné sa parole d’honneur devant le Congrès, l’Accord du 31 décembre 2016 a repris in extenso les paroles du Président et ajoute qu’ « ayant accompli 2 mandats et ne peut en solliciter un 3ème » Et ce document a été signé par la Majorité, l’Opposition et la Société civile […] Il faut qu’il y ait un acte qui aille contre cette disposition pour penser qu’il pense à un 3ème mandat », avait-il expliqué.

Lors de cette interview, il avait considéré que ces « rumeurs » au sujet du 3ème mandat était juste « une stratégie que l’Opposition utilisait par peur des élections ». 

« Tous les gens qui parlent d’un 3ème mandat, je crois qu’ils font plus de la provocation visant à distraire l’opinion par des rumeurs faute de moyens pour aller aux élections […] Nous avons mieux à faire que de répondre à ce genre de rumeurs. Nous avons comme priorité pour le moment l’implantation de nos plateformes électorales dans l’arrière-pays […] Tandis que de l’autre côté, à part faire des déclarations du genre ‘Pas de 3ème mandat’ ou du genre ‘Il partira par la force’, etc. sur le terrain on ne voit rien qui montre qu’ils se préparent réellement et sérieusement aux élections… » avait-il déclaré.

Source: http://www.mediacongo.net/

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