Axe Kampala-Kigali-Luanda : F. Tshisekedi tisse sa ceinture de sécurité diplomatique 

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Après sa victoire à la présidentielle du 30 décembre 2018, Félix Tshisekedi se tourne vers ses pairs de la région des Grands Lacs pour consolider son pouvoir. S’il est déjà assuré du soutien d’Uhuru Kenyatta du Kenya, le seul chef de l’Etat à avoir fait le déplacement de Kinshasa le 24 janvier 2019, Fatshi élargit désormais le cercle de ses soutiens dans la région des Grands Lacs. Il se concentre sur l’axe Luanda-Kampala-Kigali qu’il a parcouru en une semaine. Au-delà des questions économiques, Félix Tshisekedi tisse sa ceinture de sécurité  diplomatique.

Félix-Antoine Tshisekedi impose de plus en plus sa marque en tant que président de la République démocratique du Congo. Depuis un temps, son cabinet affiche complet, malgré quelques postes non moins stratégiques qui restent encore à pourvoir, notamment au niveau de la Maison aussi bien civile que militaire du chef de l’Etat.

Les digues internes

Loin de la présidence de la République, Félix Tshisekedi procède, à pas feutrés, à un remue-ménage au niveau des services stratégiques de l’Etat. Après avoir fait appel à François Beya au Conseil national de la sécurité, il a renouvelé la tête de la Direction générale de migration (DGM) par la nomination de Roland Kanshatwale. Ensuite est venue la secousse au sommet de la toute puissante Agence nationale des renseignements (ANR) où trônait depuis 2001 Kalev Mutond. Aucun « service » ne sera épargné, raconte-t-on dans les couloirs de la résidence de la République. Le départ de Kalev, remplacé par celui qui était jusqu’alors son adjoint, Inzun Kakiak, est le signe annonciateur d’une prise de contrôle de l’appareil sécuritaire par le chef de l’Etat.

Des sources bien introduites font état de nouvelles nominations dans l’armée et dans la police. Il s’agit pour le chef de l’Etat de constituer sa garde rapprochée au niveau des services de défense et du maintien de l’ordre public.

L’analyste d’Afrikarabia a imaginé à sa manière le scenario qui se met en place autour du chef de l’Etat. «Le nouveau président congolais est cerné de toutes parts. Par le FCC, qui revendique des majorités écrasantes à l’Assemblée nationale, au Sénat et dans les Assemblées provinciales, et par ses propres militants, qui lui reprochent son accord politique de partage du pouvoir  avec Joseph Kabila. Si l’étau politique sera difficile à desserrer, Félix Tshisekedi espère bien obtenir quelques marges de manœuvres côté sécuritaire. Le président congolais doit procéder dans les prochains jours à de nouvelles nominations au sein du commandement militaire. Pas de grands bouleversements, mais des petits ajustements, qui pourraient lui assurer le soutien de quelques officiers, et en écarter d’autres ».

Le front extérieur

Si en interne, le chef de l’Etat cherche à replacer ses pions pour s’assurer une certaine sérénité, il se projette en même temps au-delà des frontières nationales. Avec ses neuf voisins, le président Félix Tshisekedi se trouve donc dans l’obligation de nouer de bons rapports avec ses pairs de la région.

Dans la région des Grands Lacs, il peut déjà compter sur le soutien indéfectible du président kenyan, Uhuru Kenyatta, présenté comme le parrain de l’accord créant le CACH (Cap pour le changement), la coalition qui a porté la candidature de Félix Tshisekedi à la présidentielle de décembre 2018. Cela ne suffit pas. Dans la sous-région, il y a des voisins immédiats qu’il doit rassurer et en attendre autant en retour.

Ce n’est pas pour rien que, pour son premier déplacement à l’extérieur sous sa casquette de président de la République, Félix Tshisekedi a porté son choix du Luanda, en Angola. Comme le président angolais, João Lourenço, Félix Tshisekedi a accédé au trône présidentiel dans des conditions presque similaires. Le premier, après 37 ans de règne de José Eduardo Dos Santos en Angola et le second, après 18 ans de pouvoir passés par Joseph Kabila à la tête de la RDC. Les deux ont donc un défi commun à relever : imprimer leur marque.

En Afrique centrale, l’Angola, première puissance économique et militaire de la région, est un partenaire incontournable. Félix Tshisekedi le sait. Si bien qu’en  l’espace d’un mois, le chef de l’Etat a fait à deux reprises le déplacement de l’Angola. C’est tout dire.

Si l’Angola pèse dans le choix diplomatique de Félix Tshisekedi, il ne faut non plus minimiser la très forte influence de Dénis Sassou Nguesso du Congo/Brazzaville. Mais, en s’assurant déjà le soutien de Luanda, il va de soi que Brazzaville ne peut pas tourner le dos à Félix Tshisekedi.

Si Luanda et Brazzaville paraissent déjà avoir adopté Félix Tshisekedi, il reste cependant la grande inconnue de l’Est. On sait que pendant les 18 ans de règne de Joseph Kabila, Yoweri Museveni de l’Ouganda et Paul Kagame du Rwanda avaient noué de bons rapports avec l’ancien homme fort de Kinshasa. Avec l’arrivée de Félix Tshisekedi, on craint que le chef de l’Etat ne soit pas en mesure de bousculer les vieilles habitudes. Apparemment, Félix Tshisekedi semble avoir déjoué tous les mauvais pronostics. Il est donc parvenu en l’espace de quelques mois à s’attirer la sympathie autant de Kampala et de Kigali.

Avant son deuxième voyage en Angola, le président Félix Tshisekedi a d’abord fait le déplacement de Kampala où il a eu un tête-à-tête avec Yoweri Museveni qu’il avait d’ailleurs auparavant rencontré, lorsqu’il s’était lancé dans la course à l’élection présidentielle. Après Kampala et Luanda, c’est par Kigali, qu’il a atteint dimanche dans la soirée, que Félix Tshisekedi a bouclé sa mini-tournée dans la région.

Le choix de ces trois capitales n’est pas anodin. Il procède d’un calcul politique savamment mis en œuvre dans l’entourage du chef de l’Etat, à savoir la sécurité au centre de tous les entretiens avec ses homologues de la région.

Si le chef de l’Etat consolide déjà ses rangs en interne, en plaçant ses principaux lieutenants dans les services stratégiques de l’Etat, il travaille concomitamment à la consolidation de ses soutiens dans la région. Il a choisi son axe qui prend en compte Luanda, Kampala et Kigali. Une ceinture de sécurité qu’il tisse lentement mais sûrement et qui se bouclera lorsqu’il aura rencontré essentiellement ses neuf voisins.

Source: http://www.mediacongo.net/

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