Attaque chimique en Syrie: les Etats-Unis envisagent une réponse militaire

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En Turquie des autopsies ont été menées sur les corps de victimes de l’attaque de Khan Cheikhoun dans le nord-ouest de la Syrie. Les premiers résultats indiquent que des produits chimiques, notamment du gaz sarin, auraient été employés.

Des résultats qui seront vérifiés dans les prochains jours par des laboratoires turcs et européens. Mais pour le pouvoir d’Ankara, le régime syrien est le seul responsable. Les réactions se multiplient dans le monde. Le changement de ton de la diplomatie américaine est particulièrement clair, et, même si le flou demeure sur sa stratégie, Donald Trump a laissé entendre qu’il pourrait prendre une initiative, éventuellement militaire, sur la guerre en Syrie.

L’autopsie a été menée sur les corps de trois personnes évacuées en Turquie mardi, rapporte notre correspondant à Istanbul Alexandre Billette. Elles sont décédées peu après leur arrivée. L’analyse a été menée par des médecins turcs, sous la supervision d’experts internationaux, a bien précisé le pouvoir turc afin de légitimer encore davantage les résultats.

Et selon le ministère turc de la Santé, les résultats indiquent que les victimes auraient pu être contaminées par des produits chimiques. Des échantillons seront envoyés à Ankara et en Europe pour plus de précisions, mais le ministre de la Santé turc, lui, n’a pas pris de précautions : il affirme qu’il s’agit sans aucun doute de gaz sarin, et que le régime de Bachar el-Assad est le seul responsable du massacre.

Les autorités turques se sont déchaînées contre Damas : Recep Tayyip Erdogan a qualifié le président syrien de meurtrier. Un vice-Premier ministre affirme maintenant qu’après ce massacre, la Syrie ne peut plus être gouvernée par le pouvoir actuel.

Donald Trump : « Ce que Assad a fait est terrible »

Au moins 86 personnes, dont 30 enfants, ont été tuées lors du raid mené mardi sur Khan Cheikhoun, petite ville de la province rebelle d’Idleb. L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, a annoncé avoir ouvert une enquête, à la demande de Washington, Paris et Londres.

Rex Tillerson, le secrétaire d’Etat américain, a déclaré que le gouvernement américain n’avait « aucun doute » sur la responsabilité du régime de Bachar el-Assad dans l’attaque. Il a plaidé pour le départ de Bachar el-Assad et promet une « réponse appropriée » à l’attaque chimique en Syrie.

Donald Trump, pour sa part, a dénoncé avec force l’attitude du président syrien responsable selon lui d’une attaque chimique « terrible ». « Ce qui s’est passé en Syrie est une honte pour l’humanité et il est au pouvoir, donc je pense que quelque chose devrait se passer », a-t-il ajouté.

Une réponse militaire n’est plus écartée par Washington. L’administration américaine examine les différentes options, selon différents médias, américains notamment. Des discussions détaillées sont engagées entre la Maison Blanche et le Pentagone sur ces possibilités, selon des sources contactées par l’Agence France Presse et l’agence Reuters. Il pourrait s’agir entre autres de clouer les avions des forces gouvernementales syriennes au sol. Ce type de riposte serait mené par des missiles de croisière, permettant à l’armée américaine de frapper ses cibles sans avoir à faire voler ses avions dans l’espace aérien syrien, évitant ainsi le risque induit d’une confrontation avec les avions russes.

La décision d’une intervention unilatérale pourrait être suspendue au vote prévu vers 23h TU ce jeudi soir du Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution des Occidentaux mais à laquelle la Russie pourrait opposer son veto.

Un changement de cap?

L’administration américaine a donc opéré, semble-t-il, une volte-face. L’analyse de Julien Zarifian, maître de conférences en civilisation américaine à l’Université de Cergy-Pontoise :

« C’est assez difficile à comprendre. Il semblerait que ces jours-ci il y ait beaucoup de mouvements à Washington et des enjeux de pouvoir, qui de Paris nous échappent un peu et qui probablement même pour les Américains sont difficiles à lire. Ça peut en partie expliquer ces évolutions. Il faudra évaluer dans les jours qui viennent si ces évolutions en sont vraiment et s’il ne s’agit pas plutôt d’évolutions de langage et de posture. Et on sait que c’est le style de Trump, en tout cas c’était son style durant sa campagne de changer un petit peu d’avis et d’idée et de position de manière très régulière et très fréquente. Il faut voir si ça va être suivi de faits et si ce n’est pas simplement une prise de position pour des raisons x ou y. On peut imaginer aussi une posture un petit peu spontanée de Trump, qui a été effectivement peut-être horrifié comme beaucoup d’entre nous par les attaques au gaz en Syrie et qu’il l’a exprimé de manière très réactive comme il l’a beaucoup fait ces derniers mois durant la campagne. Ça va impliquer vraiment un changement de politique et sur le terrain, rien n’est moins sûr à ce stade, il faut attendre. »

Macron pour une intervention en cas de responsabilité  prouvée

En Europe, la chancelière allemande pointe, elle aussi, la responsabilité du régime d’Assad. « Un certain nombre d’éléments portent à croire que le régime d’Assad » est responsable de cette attaque, a déclaré Angela Merkel.

En France, Emmanuel Macron, le candidat d’En Marche ! à la présidentielle, s’est prononcé, jeudi soir sur France 2, pour une intervention militaire internationale contre le régime syrien, s’il est prouvé que celui-ci a utilisé des armes chimiques à Khan Cheikhoun. « Si c’était confirmé, c’est gravissime. Donc oui, il faut une intervention », a-t-il déclaré, « pour sanctionner ce qui a été fait ». Il n’a pas précisé quelle forme cette intervention devrait prendre ou quels lieux devraient être ciblés. « Ma préférence c’est bien qu’il y ait une intervention sous l’égide des Nations unies », a-t-il ajouté, « pas sûr » que la Russie y oppose son veto.

Source : Media Congo

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