Assassinat de Marielle Franco au Brésil: deux ex-policiers arrêtés

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Deux ex-policiers ont été arrêtés mardi, suspectés de l’assassinat de l’élue Marielle Franco, un coup de théâtre juste avant le premier anniversaire de la mort de la militante noire des droits des minorités.

L’annonce faite par le parquet de Rio de Janeiro a fait avancer une enquête qui semblait faire du surplace depuis un an, à tel point que des associations de défense des droits de l’homme avaient appelé à une grande mobilisation jeudi dans la rue.

Marielle Franco, conseillère municipale homosexuelle, née dans une favela et très engagée contre le racisme, l’homophobie et la violence policière, a été abattue à l’âge de 38 ans le 14 mars 2018, avec son chauffeur. Elle était membre du Parti du socialisme et de la liberté (PSOL).  

Le policier militaire à la retraite Ronie Lessa, suspecté d’avoir criblé de balles l’élue et Anderson Gomes dans leur voiture, avec 13 tirs, a été arrêté avant l’aube à son domicile, a annoncé le parquet de Rio.

Un arsenal constitué de 117 fusils M-16 et de 500 munitions a été également découvert mardi, à Rio, dans la maison d’un ami de M. Lessa, a rapporté la police.

Un autre ancien policier, Elcio Vieira de Queiroz, exclu de la police militaire à une date non précisée, a lui aussi été arrêté chez lui lors d’une opération retransmise en direct à la télévision. Elle a permis la saisie de documents et d’armes.  

Il est soupçonné d’avoir conduit la voiture qui avait suivi de près celle de Marielle Franco après une réunion en soirée de militantes, dans le centre de Rio.

« Les enquêtes ont conclu, sur la base de diverses preuves, que Lessa est l’auteur des […] tirs […] avec la participation de Elcio qui a conduit (le véhicule) utilisé pour l’exécution » , a déclaré le parquet de Rio dans un communiqué.

Ronie Lessa a été arrêté dans un immeuble résidentiel du front de mer de Barra de Tijuca, où habite également le président Jair Bolsonaro quand il est à Rio, a confirmé la police.

Monica Benicio, la veuve de Marielle Franco, a estimé que ces arrestations étaient « une étape fondamentale » . « Mais plus encore que la prison pour ces rats de mercenaires, il faut répondre à la question : qui a demandé de tuer Marielle ? » , a-t-elle dit dans un message à l’AFP.  

« Écran de fumée »

« C’est un pas décisif mais l’affaire n’est pas encore résolue » , a déclaré lui aussi Marcelo Freixo, député fédéral du PSOL, mentor en politique et ami de Marielle Franco. « Qui a ordonné de la tuer? Quelle était la motivation politique? » s’est-il interrogé sur la télévision Globonews.

On ne sait pas si le tireur « a décidé tout seul (de tirer), c’est une hypothèse, ou s’il a reçu de l’argent pour le faire » , a déclaré le commissaire Geniton Lages lors d’une conférence de presse.

Le ministre de la Justice Sergio Moro a souhaité sur Twitter que « ce grave crime soit élucidé et que tous les responsables comparaissent devant la justice » .

Mais le juriste Walter Maierovitch n’a pas exclu que l’annonce de ces arrestations ne soit qu’« un écran de fumée » .

L’assassinat de l’élue avait provoqué des manifestations massives dans tout le Brésil et suscité également beaucoup d’émotion à étranger.  

Le gouvernement conservateur du président Michel Temer, prédécesseur de Jair Bolsonaro, avait promis d’arrêter rapidement les coupables, suscitant une grande perplexité dans un pays où l’écrasante majorité des homicides reste impunie.

Le gouverneur de Rio Wilson Witzel a expliqué mardi lors de la même conférence de presse que « la police aurait aimé conclure en 30 jours l’enquête » qui a mobilisé 47 policiers, mais que « malheureusement depuis des décennies, elle manque d’hommes et de matériel » .

Il a évoqué « un crime barbare commis contre une élue (..) exerçant ses droits démocratiques » .  

« Marielle présente »

Les militants des droits de l’homme n’ont cessé de réclamer justice pour « Marielle » , jeune femme charismatique dont le visage rayonnant est toujours visible sur de nombreux murs de Rio, accompagné du message « Marielle présente » .

Le carnaval de Rio, début mars, avait été l’occasion d’un grand hommage à la militante de la part d’une des écoles de samba, Mangueira, couronnée championne à l’issue des défilés.

Pour le premier anniversaire de sa mort, de nombreuses manifestations devaient se dérouler jeudi dans les grandes villes du Brésil.

Selon les services du procureur chargé de la lutte contre le crime organisé, « l’assassinat a été méticuleusement planifié pendant les trois mois ayant précédé le crime » .

Rio de Janeiro est confrontée depuis une vingtaine d’années au phénomène des milices, des groupes formés d’agents ou d’ex-agents de sécurité qui font régner leur loi dans les favelas, et contre lesquelles Marielle Franco avait milité.

Source: http://www.mediacongo.net/

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