Alimentation : après les OGM, voici les animaux génétiquement modifiés

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Après le maïs ou le soja transgénique, voici les animaux génétiquement modifiés. Certains sont destinés à l’alimentation, comme ce saumon qui grossit deux fois plus vite qu’un poisson traditionnel et qui atteint sa taille adulte en seize mois au lieu de trente mois pour un saumon d’Atlantique non modifié.

L’entreprise américaine AquaBounty vient d’obtenir l’autorisation du ministère canadien de la Santé de commercialiser du saumon génétiquement modifié. Une première au monde. Conçu pour se développer plus vite que les poissons « traditionnels », l’AquAdvantage atteint sa taille adulte en seize mois contre trente pour un saumon d’Atlantique non modifié.

La semaine dernière, Santé Canada et l’Agence canadienne d’inspection des aliments ont affirmé que le saumon génétiquement modifié AquAdvantage était aussi sain et nutritif pour les humains que le saumon classique.

Frankenfish ou saumonstre

Alimentation : après les OGM, voici les animaux génétiquement modifiés

 En haut le saumon modifié versus en bas, et moins gros, le saumon naturel. (© AquaBounty).

Le saumon génétiquement modifié atteint une taille commercialisable deux fois plus vite que les saumons d’élevage classiques. Cette croissance accélérée a été rendue possible en insérant dans le saumon de l’Atlantique du matériel génétique provenant du chinook (le plus grand des saumons) et de la loquette d’Amérique, un animal dont l’apparence rappelle celle de l’anguille. Avec une meilleure résistance au froid et des caractères de croissance améliorés, le saumon modifié grossit toute l’année et non plus seulement au printemps comme pour le saumon sauvage.

Même si ce poisson OGM n’est pas autorisé à la vente, les associations anti-OGM, qui l’ont rebaptisé « frankenfish » ou « saumonstre », tirent néanmoins le signal d’alarme. Car sans étiquetage, rien ne le différencie à vue d’œil d’un autre. Et ce produit pourrait donc se retrouver dans nos assiettes à la faveur du nouvel accord de libre-échange (baptisé Ceta en anglais) qui vient d’être signé entre l’Union européenne (UE) et le Canada. Ce traité supprime les droits de douane et réduit les obstacles aux échanges commerciaux entre les deux continents.

« L’Europe interdit l’élevage d’animaux transgéniques ou clonés mais aucun mécanisme de contrôle ni d’étiquetage ne permettra aux consommateurs français de repérer des rillettes ou des produits préparés à base de saumon transgénique canadien et l’on risque malheureusement d’être amenés à en consommer», s’alarme l’eurodéputé écologiste Yannick Jadot.

L’Europe a en théorie fixé des garde-fous pour que des aliments à base d’OGM ou d’AGM ne se retrouvent pas dans nos assiettes. Un produit génétiquement modifié doit obtenir une autorisation fondée sur une analyse des risques sanitaires et environnementaux avant de pouvoir pénétrer sur le marché européen.

Mais une enquête de la Répression des fraudes française vient de montrer que des produits alimentaires importés contenant des OGM, pourtant non autorisés en Europe, se sont déjà retrouvés dans nos rayons (lire ci-dessous). « Les douaniers belges ont récemment mis la main sur un GloFish, un poisson zèbre génétiquement modifié pour être fluorescent. Il est commercialisé à Taïwan mais interdit au sein de l’UE, affirme Christophe Noisette, rédacteur en chef d’Inf’OGM, un site associatif d’information indépendante. Des éleveurs de porcs de l’Ontario (Canada) ont tenté de leur côté, sans succès, de modifier le système digestif du porc pour créer l’Enviropig, un cochon plus propre censé rejeter moins de lisier. »
Imagination sans limite

Photo d’illustration tirée d’un hoax circulant récemment sur la toile sur la découverte d’un poisson avec un nez de cochon ou nouvelle race de poisson.

Saumon, cochon… et peut-être demain veau, vache, mouton. L’imagination est sans limite. Mais pas toujours pour le pire. Directeur du laboratoire de santé animale à l’Agence de sécurité sanitaire française (Anses), Pascal Boireau évoque des recherches visant à modifier les gènes des porcs pour les « humaniser ». « Ces porcs transgéniques serviraient à greffer certains organes de porcs humanisés chez l’homme comme de la peau ou un rein. Mais cette technologie n’est pas au point pour l’instant. » 

D’autres modifications génétiques sur des animaux ont des visées médicales, par exemple sur des vaches qui pourraient « fabriquer » du lait capable de soigner certaines affections. Des recherches menées sur les porcs visent à ce que leurs excréments contiennent moins de phosphate, nuisible pour l’environnement. « Il faut à chaque fois peser le pour et le contre pour le consommateur, la société et l’environnement », explique Corinne Cotinot, directrice de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (l’Inra) en France, le premier institut de recherche agronomique en Europe.

Les réactions foisonnent

Alimentation : après les OGM, voici les animaux génétiquement modifiés

Le Canada sera le premier pays dans le monde à commercialiser sous peu un animal génétiquement modifié pour des fins alimentaires.

alors que certains scientifiques s’interrogent sur les risques de croisement avec les populations de saumons sauvages, pour d’autres, et notamment ceux dans l’industrie du saumon, ils accueillent sans réserve cette nouvelle espèce dans le contexte d’une baisse des stocks de saumons canadiens du Pacifique et de l’Atlantique.

« Les Canadiens ne sont pourtant pas à l’aise avec les produits génétiquement modifiés. Il n’y a aucun doute que ces produits doivent être clairement étiquetés pour que les consommateurs puissent prendre une décision informée lorsqu’ils en achètent ou en consomment. Je suis déçu que Santé Canada ait refusé de faire ça », affirmait pour sa part le porte-parole du parti politique fédéral NPD en matière de santé, Don Davies.

On ignore pour le moment qu’elle sera la réaction des consommateurs. Cette première mondiale soulève notamment beaucoup de questions par rapport à la pertinence ou non d’indiquer les origines génétiquement modifiées de ces saumons sur les étiquettes en épicerie.

Source : Media Congo

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