Alain-Daniel Shekomba : ce qu’on appelle « opposition » se base sur des raisons subjectives pour se choisir un candidat commun

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Alain-Daniel Shekomba Okende, (Shekomba) le numéro 14 sur la liste de candidats présidents de la République pour la présidentielle de décembre prochain a accepté de se confier en exclusivité à nos partenaires de Laprunellerdc.info (Lprdc).

Dans cette interview, celui qui dit avoir la meilleure vision pour le Congo est aussi très critique envers l’opposition congolaise. Pour lui, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a planté le décor d’un chaos après les élections.

Il justifie cette position par le fait qu’il y a encore plusieurs questions qui divisent la classe politique actuelle. Des questions qui, regrette-t-il, n’attirent pas l’attention de la Ceni. S’il précise qu’il n’a pas encore commencé sa campagne électorale, Shekomba dénonce tout de même un traitement pas équitable. (Interview)

« Nous n’avons pas encore commencé notre campagne »

 

« C’est dès qu’on aura trouvé des solutions pour que l’utilisation de la machine à voter ne puisse pas influencer négativement ou les résultats du choix-là que nous allons commencer notre campagne ». Alain-Daniel Shekomba (Photo Radio Okapi)

Lprdc : Avez-vous débuté votre campagne électorale ?

Shekomba : Nous avons posé un certain nombre de préalables qui ne sont pas encore répondus par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). C’est notamment la clarification et l’utilisation de la machine à voter et puis le toilettage du fichier électoral qui contient à peu près dix millions d’électeurs qui n’ont pas d’empreintes digitales.

Donc, nous continuons à espérer que la Commission électorale nationale indépendante va finalement répondre à ces préoccupations ; dans le cas contraire nous sommes en train de chercher comment nous pouvons trouver une sorte d’antidote pour que les 10 millions d’électeurs fictifs et que l’utilisation de la machine à voter ne puisse pas influencer négativement ou ne puisse pas influencer les résultats du choix. C’est dès qu’on aura trouvé ces solutions-là que nous allons commencer notre campagne ; à ce stade nous n’avons pas encore commencé notre campagne.

Lprdc : pensez-vous que tous les candidats sont traités au même pied d’égalité par les structures officielles du pays, notamment en ce qui concerne la protection des candidats ?

Shekomba : Tous les candidats ne sont pas au même pied d’égalité, comme vous pouvez l’imaginer, nous sommes en face d’un candidat qui est en train d’utiliser les moyens de l’Etat pour pouvoir faire sa propagande et d’autres candidats ne le sont pas, ce qui est important aujourd’hui c’est de pouvoir supporter tous ceux-là dans le but de faire à ce que la République démocratique du Congo puisse se lancer enfin dans une démocratie, ce que le pouvoir est en train de faire en montrant de façon claire qu’ils sont en train d’utiliser les moyens de l’Etat en faveur d’un candidat, c’est peut-être pour nous décourager mais nous ne serons pas découragés. Nous savons que nous sommes dans notre pays et nous n’avons pas besoin d’une autre protection particulière en dehors de la protection de la population et nous allons lancer notre campagne avec ou sans cette protection ; qui est du reste reconnue par la constitution.

« La Ceni a planté le décor d’un chaos après les élections »

Shekomba : Je ne pense pas qu’il y ait accalmie, je pense que la Commission électorale nationale indépendante est consciente du fait qu’elle a fait un travail bâclé, ça veut dire, dès l’enrôlement des électeurs le travail n’a pas été pris au sérieux c’est pour ça qu’on se retrouve avec beaucoup d’électeurs sans empreintes, et d’après ce qu’on sait, ce sont des chefs des bureaux de Ceni d’enrôlement qui utilisaient leurs empreintes digitales pour pouvoir « faciliter » d’après eux, ou pour pouvoir permettre un enrôlement rapide.

Donc la Ceni a fait un travail qui est bâclé. Ensuite nous ne sommes pas d’accord à quelques jours des élections sur l’utilisation ou pas de cet outil de vote qui cause problème et nous avons donné des éléments de preuve qu’il peut y avoir tricherie en utilisant cet outil de vote. Alors, la Ceni est en train de nous mettre devant un fait accompli c’est-à-dire nous pousser à aller en campagne pour utiliser la machine à voter mais nous pensons que la Ceni a planté le décor d’un chaos après les élections ; et ce chaos va profiter à qui ? Parce que si les résultats des élections sont contestés, ça veut dire que même le président de la République en place ne va pas accepter ces résultats et nous aurons dépensé de l’argent inutilement.

Et après on risque d’avoir des prétextes de genre – nous n’avons plus d’argent pour organiser des nouvelles élections. Donc nous devons attendre aujourd’hui – Nous avons encore le temps de pouvoir discuter et de pouvoir mettre tout en ordre, d’épuiser les préalables avant d’aller aux élections et c’est ce que nous demandons à la Ceni de faire.

« Je ne peux pas désister pour un autre, ma vision est la meilleure »

Lprdrc : quel commentaire avez-vous de l’échec de l’opposition à se trouver un candidat véritablement unique après le scénario de Genève ?

Shekomba : Au fait, si ce qu’on appelle opposition n’a pas réussi à avoir un candidat commun c’est parce qu’il se base sur des raisons subjectives pour choisir un candidat commun. Un vrai candidat commun devait être choisi sur base d’un plan commun de relance de la République démocratique du Congo après la victoire.

On doit d’abord avoir un plan commun de relance de la République démocratique du Congo, on doit définir le timing d’implémentation des actions communes qu’on va lancer en RDC, enfin, on doit définir le profil de chaque personne qui doit faire quoi dans le plan commun d’action. Mais étant donné qu’on se base sur des raisons subjectives de l’ancienneté des partis politiques ou de la puissance financière c’est difficile qu’on puisse arriver à un candidat commun.

Et puis quand nous regardons bien, aujourd’hui ce que la population congolaise cherche, ce n’est pas seulement l’alternance d’un individu, c’est l’alternative au système existant, c’est-à-dire le système de corruption, le système de l’irresponsabilité, le système de l’immoralité au sommet et dans la gestion de l’Etat.

Alors est-ce que l’opposition est capable de pouvoir être aujourd’hui non seulement l’alternance à l’individu qui est aujourd’hui le président Kabila mais aussi apporter l’alternative ? Quelle est l’alternative que ces gens peuvent apporter parce qu’en fait ils ont tous collaboré et ils ont tous participé à la destruction du pays ; donc ils portent une grande partie de la responsabilité de ce que nous sommes en train de voir aujourd’hui.

Si l’Etat congolais est devenu défaillant c’est parce que toutes ces personnes ont occupé des postes de responsabilité, certains ont même fomenté des rébellions qui ont tué beaucoup de gens dans l’Est du pays, d’autres ont pillé le pays quand ils ont eu à y travailler ; alors je ne pense pas que l’espoir du Congo puisse reposer sur ces gens-là.

Lprdc : êtes-vous prêt à désister en faveur de l’un ou l’autre candidat sur les 20 qui restent ou spécialement en faveur de Fayulu ou Fatshi ?

Shekomba : Je ne peux pas désister pour un candidat, je ne vois pas lequel, parce que ma vision du Congo et mes priorités ne sont pas les leurs. Ma vision du Congo c’est reformater l’administration pour la mettre au service de tout le monde, assurer la sécurité du territoire et de la population et assurer la distribution équitable des richesses.

Aujourd’hui comme natif du Maniema, je pense que nous avons beaucoup de problèmes avec plus de 200 groupes armés à l’Est; nous avons beaucoup de problèmes de pillage de nos minerais et je le ressens beaucoup mieux que n’importe qui en étant un fils du terroir.

Et, est-ce que ces gens auront les mêmes priorités que moi, s’il faut me désister ? C’est-à-dire d’arrêter les différentes guerres qui se font essentiellement dans l’Est du pays, de pouvoir réintégrer dans la vie normale les enfants soldats, d’arrêter le viol qui se fait dans l’Est du pays, les massacres de Beni et ainsi de suite, et c’est tout à fait difficile pour moi de pouvoir désister en faveur de l’un ou de l’autre. Je veux aller jusqu’au bout parce que je pense que la vision que j’ai pour le Congo est la meilleure vision.

« J’espère que je serai le prochain président de la RDC » 

Lprdc : S’il vous arrivait de pronostiquer sur l’issue de ce scrutin…vers quel autre candidat vous voyez la victoire à part vous-même ?

Shekomba : Je pense que si je ne gagne pas ces élections en République démocratique du Congo, ça sera catastrophique ! Je vois bien la façon de faire de tous ces politiciens, j’ai été dans plusieurs réunions avec eux, la préoccupation ou la résolution des problèmes posés par la société congolaise n’est pas leur préoccupation primaire.

La population est en train de beaucoup espérer, de penser que ces gens pensent à résoudre leurs problèmes mais ces gens ne pensent qu’à accéder au pouvoir et acquérir les richesses ; donc il m’est difficile aujourd’hui en âme et conscience de pronostiquer la victoire de qui que ce soit, je ne peux pas pronostiquer, quand on pronostique ça veut dire qu’on espère.

Je ne peux pas espérer que l’un ou l’autre de ces personnes que je connais puisse demain diriger le Congo parce que nous allons remplacer un dictateur par un autre dictateur qui risque d’être même pire ; parce qu’encore dans le besoin de s’enrichir et de s’affirmer alors que nous avons des sérieux problèmes aujourd’hui des challenges qui sont énormes : notamment comment stabiliser politiquement et militairement le pays ? Comment relancer l’économie du pays pour pouvoir créer de l’emploi et pour pouvoir faire fonctionner l’Etat comme il se doit ?… J’espère que je serai le prochain président de la République démocratique du Congo.

Ses premières mesures s’il est élu

Lprdc : quelles peuvent être les premières mesures dans les 100 premiers jours si vous êtes élu président de la RDC ?

Shekomba : Les 100 premiers jours seront consacrés sur l’audit de l’Etat ; c’est-à-dire pouvoir évaluer quelles sont les recettes et les charges de l’Etat. Ensuite voir comment stabiliser la situation militaire et la situation sécuritaire dans l’Est du pays parce que si nous ne stabilisons pas la situation militaire et la situation sécuritaire dans l’Est du pays, nous ne pouvons pas lancer les projets de développement.

Lprdc : Enfin, quelles pourraient être vos recommandations et/ou souhaits pour ce processus que tout le monde veut apaiser et transparent ?

Shekomba : Ma première recommandation est que la Commission électorale accepte d’apaiser les cœurs des congolais en acceptant un débat public dans lequel participeront les acteurs politiques, la société civile, pourquoi pas les représentants de la communauté internationale pour que nous puissions ensemble épuiser les questions concernant les électeurs sans empreintes et la machine à voter. Parce que si nous allons aux élections sans avoir épuisé ces questions, je suis convaincu que l’issue de ces élections sera plus chaotique que l’issue des élections de 2011.

Source: http://www.mediacongo.net/

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