Afrique du Sud : Ramaphosa dévoile son plan pour relancer l’économie

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Le président sud-africain a délivré son discours sur l’état de la nation, ce jeudi, à la suite à sa réélection à la tête du pays le mois dernier. Une opportunité pour le chef de l’Etat de revenir sur ses promesses et donner la bonne impulsion à son mandat.

C’est un exercice que Cyril Ramaphosa maîtrise bien désormais, puisqu’il s’agit de son troisième discours sur l’état de la nation. Mais c’est la première fois qu’il s’exprime en ayant reçu directement la confiance des Sud-Africains, qui ont voté à 57,5 % pour le Congrès national africain (ANC) lors des élections générales début mai.

Si, jusqu’à présent, l’ancien syndicaliste et homme d’affaires devait son siège à la chute de son prédécesseur, Jacob Zuma, qu’il a remplacé à la tête du parti en février 2018 , le suffrage universel l’a désormais légitimé à la tête du pays. Une victoire cependant en demi-teinte puisque le parti a perdu 19 sièges au Parlement et signe le plus mauvais score de son histoire lors de telles élections.

Lors de son dernier discours, il y a quatre mois, le président était resté très général sur les réformes à mener , ne souhaitant pas faire de vagues avant le scrutin. Il s’est cette fois montré plus précis sur sa feuille de route avec l’espoir de changer l’humeur morose du pays et de montrer que l’ANC est toujours un parti digne de confiance. « Nous sommes rassemblés ici alors que notre jeune démocratie affronte des moments extrêmement difficiles et éprouvants. Mais nous sommes aussi à un tournant de notre histoire, encore pleine d’espoir et de promesses », a assuré le président.

L’économie, le point noir du pays

Et l’un des défis clefs, abondamment évoqué dans ce discours, est la situation économique peu réjouissante du pays. « Notre économie n’a pas atteint le niveau de croissance que nous souhaitions. Il n’y a pas assez d’emplois créés. Et ces problèmes sont primordiaux, car ils nous touchent tous. », a souligné le président. Avec une contraction du PIB de 3,2 % au premier trimestre de cette année, l’Afrique du Sud enregistre le plus fort recul trimestriel de la croissance depuis dix ans. La « nouvelle aube » promise par Cyril Ramaphosa a donc du mal à se lever alors que le chômage dépasse toujours les 27 % et que le pays se classe en tête des nations les plus inégalitaires du monde. Le président entend transformer ce bilan en misant sur les investissements, notamment étrangers, qui ont quadruplé entre 2017 et 2018.

Mais reste une épée de Damoclès au-dessus du pays : Moody’s, la dernière agence de notation à ne pas avoir placé le pays en catégorie spéculative, pourrait à terme dégrader sa note.

Le chef de l’Etat a aussi voulu rassurer les investisseurs en évoquant ses projets de restructuration des compagnies publiques, minées par la corruption et la mauvaise gestion de ces dernières années. Cela concerne en premier lieu le géant de l’électricité Eskom, étranglé par une dette de près de 26 milliards d’euros. « Pour pouvoir développer notre croissance, nous avons besoin d’une fourniture d’électricité fiable et viable », a rappelé le président, avant d’ajouter que l’Etat continuera de soutenir financièrement l’entreprise en pleine transformation.

Le chef de l’ANC est aussi revenu sur la question de la redistribution des terres. Une réforme sensible alors que trois-quart des terres du pays sont aux mains de la communauté blanche, qui représente moins de 10% de la population. Le président s’est contenté d’indiquer que le rapport rédigé par un comité d’experts est actuellement étudié par son gouvernement. Et dans l’immédiat, des terrains publics devraient rapidemment être identifiés et mis à disposition pour la construction de logements ou de fermes.

S’imposer au sein de l’ANC

Ce grand oral était aussi une chance pour le chef de l’Etat de s’affirmer comme véritable leader du pays et du parti, alors que, au sein de l’ANC, différentes factions se battent pour conserver leur influence. Dernier exemple en date de cette guerre des clans : la dispute autour du rôle que doit jouer la banque centrale. Le camp de l’ancien président Zuma a annoncé que l’institution aurait bientôt un mandat élargi et devrait veiller à la croissance de l’économie et à la création d’emplois. Une déclaration démentie par Cyril Ramaphosa : il a confirmé dans son discours le maintien du mandat initial de la Banque centrale, qui conserve son indépendance, et se contente de dialoguer avec le Ministère des Finances.

Le président aimerait également tourner la page des scandales de corruption, qui étaient légion sous son prédécesseur . Au sein de son nouveau gouvernement, des figures troubles du parti comme l’ancienne ministre des Femmes ont été évincées. Mais il n’a pas pu écarter toutes les personnalités controversées, comme son vice-président, David Mabuza, qui conserve son fauteuil. « Nous nous engageons à construire un Etat éthique, où la corruption, le favoristisme, la recherche de profit et le pillage de l’argent public n’auront pas leur place », a insisté le tombeur de Jacob Zuma. Mais ces paroles font douter l’opposition, alors que Cyril Ramaphosa se retrouve lui-même au coeur d’une enquête de la médiatrice de la République, pour des dons de campagne reçus de la part d’une compagnie sulfureuse. Le président a désormais cinq ans pour suivre cette feuille de route établie, et transformer les mots en action.

 

Source: http://www.mediacongo.net/

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