Afrique du Sud : Jacob Zuma refuse de démissionner

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Devant la décision du parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC), de lui retirer son mandat, Jacob Zuma affiche son refus et engage l’avenir de la nation arc-en-ciel.

Il a fallut attendre ce mardi 13 février midi pour avoir une confirmation de l’information selon laquelle l’ANC aurait donné l’ordre à Jacob Zuma de démissionner. « Le NEC (Comité national exécutif, organe de décision de l’ANC) a décidé de rappeler son camarade Jacob Zuma » a déclaré le secrétaire général de l’ANC, Ace Magashule. « Nous ne lui avons donné aucune date butoir », a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse à Johannesburg.

Le parti a aussi confirmer que l’actuel président sud-africain Jacob Zuma se prononcera mercredi 14 février a encore assuré mardi le secrétaire général du parti. « Je suis certain que le président répondra demain, (…) je sais que le président va répondre demain ». « Nous sommes déterminés à restaurer l’intégrité des institutions publiques, créer la stabilité économique et relancer l’économie de façon urgente », a ajouté Ace Magashule.

Le président Zuma n’est pas contraint constitutionnellement de se soumettre à la décision de son parti. Pour l’instant le chef de l’État n’a pas montré de signe de bonne volonté afin de quitter la présidence de l’Union Bulding à Pretoria, ouvrant la voie à une période très incertaine. En Afrique du Sud, le chef d’État (Nelson Mandela en 1994, puis Mbeki à partir de 1999, et enfin Jacob Zuma en 2008) est élu par les députés du parti qui a remporté les élections législatives, en l’occurrence l’ANC.

 

À cause de son entêtement, l’ANC devra peut-être présenter une motion de défiance au Parlement contre son ancien chef. Un scénario cauchemar, selon les analystes sud-africains. En effet, en poussant Jacob Zuma vers la démission, le parti voulait éviter un drame et une humiliation, car exposant ses propres divisions aux yeux de tous, à un an de la présidentielle de 2019. Les neuf années tumultueuses au pouvoir de Zuma ont été marquées par le déclin économique et les multiples accusations de corruption qui ont miné l’image et la légitimité du parti qui a conduit les Sud-Africains à la libération de l’apartheid en 1994. Cependant, l’homme de 75 ans conserve un soutien important au sein du parti et au niveau local dans de nombreuses régions d’Afrique du Sud. « Nous devons être clairs : Zuma aurait dû démissionner il y a très très longtemps. Il a été de tous les abus et a entraîné le pays à la dérive (…) la sortie de Zuma devrait donc être saluée comme un moment important pour l’Afrique du Sud. Mais ne nous laissons pas emporter. Son départ ne remédiera pas soudainement aux maux de l’Afrique du Sud », analyseLe Mail & Guardian dans son éditorial du 12 février.

Le marathon de l’ANC pour évincer Jacob Zuma

La réunion appelée de toute urgence, a commencé à 14 heures le lundi 12 février et s’est terminée à 3 heures du matin mardi. Après treize heures de discussion, le parti au pouvoir en Afrique du Sud (ANC), réuni dans un hôtel de Pretoria, a décidé de « rappeler » le président Jacob Zuma de son poste de chef de l’État, a écrit le site d’information The Times.

À 23 heures toujours lundi 12, le NEC, la plus haute autorité de l’ANC, a demandé au président du parti, Cyril Ramaphosa, et au secrétaire général Ace Magashule de se rendre à la résidence officielle de Zuma, Mahlamba Ndlopfu à Pretoria pour lui présenter l’ultimatum. L’entretien aura duré à peine 90 minutes, Zuma refusant de se conformer à l’ordre de l’ANC.

Le 4 février, Jacob Zuma a exclu de démissionner, malgré l’appel pressant de la direction de son parti. Dans les négociations en cours, il tentait d’obtenir l’immunité alors que son nom figure au cœur de plusieurs affaires de corruption. Il souhaitait aussi obtenir la prise en charge de ses frais de justice, selon les médias nationaux. Dimanche, Cyril Ramaphosa a toutefois exclu un passe-droit pour le président, rappelant avec fermeté que « ceux qui sont corrompus et ont volé l’argent des pauvres seront jugés ».

L’opposition veut maintenir la pression

L’autorité du président Zuma a commencé à vaciller depuis l’élection, en décembre, de Cyril Ramaphosa, qui lui a succédé à la tête de l’ANC, le parti au pouvoir en Afrique du Sud depuis l’avènement de la démocratie en 1994. Sous la direction de Cyril Ramaphosa, le parti de feu Nelson Mandela multiplie les réunions pour tenter de sceller l’avenir de Jacob Zuma. Il s’agit pour les pro-Ramaphosa d’éviter la déroute aux élections générales prévues en 2019.

Les événements se sont accélérés la semaine dernière à l’approche du très attendu discours annuel du président devant le Parlement. Ce temps fort de la politique sud-africaine a finalement été reporté, officiellement pour éviter des débordements dans l’hémicycle, officieusement, sans doute, pour permettre aux négociations d’aboutir. Aucune nouvelle date n’a été avancée, mais l’ANC a assuré que la présentation du budget prévue pour le 21 février serait maintenue, laissant penser que la question du président serait réglée d’ici là. Le patron de l’ANC a cependant reconnu que son parti émergeait d’une période de « désunion » et de « discorde ». Des divisions qui justifient qu’il manœuvre avec énormément de précautions s’il veut sortir vainqueur de cette crise.

Même si la fin de son règne semble proche, le président Zuma reste soutenu par un carré de fidèles. « Ils ont atteint le pic de leur carrière politique, certains sont visés par des plaintes (…), ils sont animés par leur seul instinct de survie », a résumé Somadoda Fikeni, analyste politique.

Dans un front uni, les partis d’opposition ont annoncé lundi qu’ils refusaient de faire confiance à l’ANC pour gérer la sortie de Zuma parce que le parti était complice de ses actes répréhensibles. Le chef de l’Alliance démocratique, Mmusi Maimane, a déclaré que les parties ont convenu que le Parlement doit être dissous et qu’une élection nationale anticipée devrait avoir lieu. Julius Malema, leader de la Ligue de libération économique (FEP), a lui-même fixé une date limite pour la présidente de l’Assemblée nationale, Baleka Mbete. Dans une lettre à Mbete, le FEP a demandé que la motion de défiance envers Zuma soit présentée du 22 février à cette semaine. Tout s’accélère alors que de nombreuses questions se posent désormais sur le fonctionnement du gouvernement sur le court terme et les répercussions sur la stabilité politique du pays.

Qui est Jacob Zuma, ce président dont l’Afrique du Sud ne veut plus

Enfant terrible de la politique sud-africaine, Jacob Zuma, 75 ans est issu de l’ethnie zoulou, il n’a pas fait d’étude, mais a bénéficié d’une très bonne image personnelle pendant de longues années. Marié six fois au total, il a actuellement quatre femmes et une vingtaine d’enfants. JZ comme le surnomme la presse sud-africaine est membre de l’ANC depuis 55 ans. Après avoir été condamné pour complot en 1963 par le régime d’apartheid, il avait passé 10 ans au bagne de Robben Island, au large du Cap, où était également enfermé Nelson Mandela. Il s’y est découvert une passion pour les échecs.

Il a ensuite mis en place des structures clandestines de l’ANC dans sa région d’origine, avant de prendre le chemin de l’exil, notamment au Mozambique, au Swaziland, puis en Zambie. Il y a dirigé les services de renseignement de l’organisation à la fin des années 1980. Jacob Zuma est rentré en Afrique du Sud en 1990 et a participé aux négociations dans le processus de transition qui devait mener aux premières élections démocratiques de 1994.

Dès son arrivée en politique, ce polygame assumé a été au centre de multiples controverses. Il a été accusé de corruption dans une affaire liée à un énorme contrat d’achats d’armement, pour laquelle il risque d’être inculpé à nouveau. Il a également été jugé dans une affaire de viol et acquitté en mai 2006 au terme d’un procès qui avait fait les choux gras de la presse, notamment lorsqu’il avait déclaré qu’il pensait se prémunir du sida, en prenant une douche !

Source : Media Congo

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