20 ans de pouvoir de Vladimir Poutine : les 15 dates clés pour comprendre

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20 ans de « règne » c’est très long. Mais il n’y aura aucune célébration. Cette date « anniversaire » passera en toute discrétion. En réalité, c’est assez normal. Les règnes des rois ou de certains dictateurs sont souvent célébrés en grande pompe. Mais une telle longévité pour un homme politique démocratiquement élu, c’est beaucoup plus rare. 20 ans, par exemple, c’est plus que n’importe quel dirigeant soviétique auparavant sauf un : Joseph Staline, qui lui a dirigé l’URSS pendant 31 ans. Depuis 1999, voici les 15 dates pour comprendre ce qui caractérise ces 20 années de l’ère Poutine en Russie.

9 août 1999 : Vladimir Poutine devient Premier ministre ad interim

Le président russe de l’époque, Boris Yeltsin (à droite), et le premier ministre de l’époque, Vladimir Poutine (à gauche), lors d’une réunion au Kremlin, à Moscou, le 10 août 1999. (© STF – AFP)
 

C’était le 9 août 1999. Vladimir Poutine est nommé Premier ministre par intérim de la fédération de Russie par le président Boris Eltsine, après le limogeage de Serguei Stepachine et de son gouvernement. A cette époque, le visage de Vladimir Poutine n’est pas connu sur la scène internationale. Cet ancien chef du Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie (FSB), l’institution qui a succédé au KGB, se montre très vite comme un homme à poigne. Les observateurs voient d’ailleurs en lui une personnalité capable de mettre fin à l’instabilité politique et aux troubles dans le Caucase.

Octobre 1999 : « On ira buter les terroristes jusque dans les chiottes »

« On ira buter les terroristes jusque dans les chiottes ». C’est avec cette phrase choc que Vladimir Poutine décrit sa stratégie alors que la seconde guerre de Tchétchénie vient de débuter. Ces mots résonnent encore aujourd’hui. Pendant ce conflit sanglant, il en profite pour asseoir son autorité et reprendre le contrôle de la Tchétchenie. Il impose aussi son style : ferme, franc et difficilement flexible.

31 décembre 1999 : Vladimir Poutine devient président ad interim

Boris Yeltsin (à gauche) annonce qu’il se retire. Vladimir Poutine (à droite) devient président par intérim, le 31 décembre 1999. (© BELGAIMAGE)

Lors d’une allocution à la télévision, Boris Eltsine présente sa démission. Son successeur est tout désigné… Vladimir Poutine. Le Premier ministre devient président par intérim. La Russie est en train de vivre un tournant.

26 mars 2000 : vers la « verticalisation du pouvoir »

Sur la place Pouchkine de Moscou, des habitants écoutent le discours de Vladimir Poutine, le 24 décembre 2001. (© SERGEI ILNITSKY – BELGAIMAGE)

Après presque trois mois de présidence par intérim, Vladimir Poutine est officiellement élu, dès le premier tour, le 26 mars 2000, avec près de 53% des voix. Sa stratégie se précise rapidement. Elle vise à faire en sorte que chaque décision importante émane de lui. On parle de « verticalisation du pouvoir ». L’idée est de permettre à Vladimir Poutine de maîtriser le plus possible les intermédiaires potentiels. Les oligarques en particulier, riches et puissants sous Boris Eltsine, ont vu le contexte changer avec l’arrivée de Poutine au pouvoir. Ils sont plus surveillés et leur puissance devient relative. Les autorités locales sont aussi plus encadrées par l’administration Poutine.

Dans un article consacré à Vladimir Poutine pour la revue « L’Economie politique » en 2004, Gilles Favarel-Garrigues, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (CERI/Sciences Po, Paris) décrivait le contexte de ce premier mandat. En 2000, « Vladimir Poutine a hérité d’une architecture institutionnelle favorable à la réalisation de ses projets écrit-il. Souvent qualifié de « superprésidentiel », le nouveau régime politique russe consacre la domination du chef de l’Etat sur les autres institutions politiques fédérales. Ce déséquilibre institutionnel résulte du contexte « antiparlementaire » dans lequel fut adoptée la nouvelle Constitution russe en 1993″.

23 octobre 2002 : la prise d’otage du théâtre Doubrovka de Moscou

Le 23 octobre 2003, Vladimir Poutine dépose des fleurs sur le monument en hommage aux 130 personnes qui sont mortes lors de l’assaut contrer les preneurs d’otages au théâtre Doubrovka de Moscou. (© SERGEI ILNITSKY – AFP)

Le 23 octobre 2002, un groupe de preneurs d’otages pénètre dans le théâtre Doubrovska de Moscou en pleine représentation de la comédie musicale Nord-Ost. Plus de 800 personnes sont présentes. Lorsque la communication est établie avec le commando, on comprend qu’il s’agit de rebelles tchétchènes. Un assaut est donné le 26 octobre. Les Forces spéciales russes pénètrent dans le théâtre et parviennent à venir à bout des preneurs d’otages mais le bilan est très lourd : 130 spectateurs sont tués, notamment après l’utilisation d’un gaz paralysant par les forces russes. Malgré cela, le soir même, Vladimir Poutine s’adresse aux Russes à la télévision avec ces mots : « nous avons prouvé qu’il est impossible de mettre la Russie à genoux ».

En 2011, à la demande de 64 ex-otages, ou famille de victimes, la Russie a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) pour des lacunes dans la préparation de son intervention le 26 octobre 2002. La Russie doit payer au total 1,254 million d’euros aux plaignants.

14 mars 2004 : Vladimir Poutine rafle près de 72% des voix au premier tour

Vladimir Poutine à la fin de son premier mandat, et dix jours avant la présidentielle de 2004. (© ALEXANDER ZEMLIANICHENKO – AFP)
 
Déjà ancré à la tête de la Russie, Vladimir Poutine est réélu avec une facilité déconcertante. Il rafle près de 72% des voix dès le premier tour. C’est le début d’un second mandat pendant lequel l’homme fort du Kremlin va se tourner vers l’international.
 
1er septembre 2004 : la prise d’otages de Beslan

Vladimir Poutine rend visite aux blessés de Beslan, le 4 septembre 2004. (© ALEXEY PANOV – AFP)
 
Moins de deux ans après Doubrovka, un commando de rebelles tchétchène prend des centaines de personnes en otage (entre 350 et 1128 selon les sources) dans une école de Beslan (Ossétie du Nord). Deux jours plus tard, l’assaut est donné par les forces spéciales russes. 334 personnes sont tuées dont 186 enfants. Comme après Doubrovka, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) pointe du doigt la réaction disproportionnée des forces russes et condamne le pays pour « graves défaillances ».
 
Le 2 mars 2008 : l’alternance à la russe, Poutine redevient Premier ministre

Le président russe, Dmitry Medvedev (à gauche) et le Premier ministre Vladimir Poutine à Moscou le 20 novembre 2008. (© YURI KOCHETKOV – BELGAIMAGE)
 
La Constitution russe interdisant à un président de faire plus de deux mandats consécutifs, Vladimir Poutine ne peut être candidat à l’élection présidentielle de 2008. Dimitri Medvedev devient donc président, propulsé par Poutine. Medvedev est élu avec plus de 50% des voix, lui aussi dès le premier tour. C’est le début de l’attelage Poutine-Medvedevpuisque le nouveau présidentchoisi… Vladimir Poutine comme Premier ministre. En novembre 2008, Dimitri Medvedev entérine aussi la réforme de la Constitution russe qui fait passer le mandat présidentiel de quatre à six ans pour la prochaine échéance, c’est-à-dire 2012.
 
3 août 2009 : une photo torse nu pour marquer les esprits

Vladimir Poutine torse nu près de Kyzyl, dans le sud de la Sibérie, le 3 août 2009. (© ALEXEY DRUZHININ – AFP)
 
La scène se passe en Sibérie. Vladimir Poutine est alors Premier ministre, mais il tient à montrer qui est le véritable homme fort du Kremlin. Pour cela, rien de tel qu’une séance photo, torse nu, sur un cheval au milieu des collines de Sibérie. Avant la fin même du mandat de Medvedev, Poutine semble déjà tout désigné comme son successeur.
 
4 mars 2012 : Valdimir Poutine gagne les présidentielles, sans surprise, et dès le premier tour

Discours de Vladimir Poutine, le 14 décembre 2012. (© ALEXANDER ZEMLIANICHENKO – AFP)
 
Le scénario est désormais connu… une victoire dès le premier tour, avec un score excellent, plus de 63% des voix, et Vladimir Poutine endosse à nouveau le costume de président. L’élection est marquée par un mouvement de contestation qui s’intensifie et des manifestations inédites de l’opposition ont lieu en Russie.
 
18 mars 2014 : Moscou officialise l’annexion de la Crimée

Vladimir Poutine visite une cathédrale à Sébastopol, le 9 mai 2014. (© ALEXEY DRUZHININ – AFP)
 
C’est l’officialisation d’un épisode qui a marqué ce troisième mandat de Vladimir Poutine. Le 18 mars 2014, le président russe signe un accord avec les nouveaux dirigeants pro russes de Crimée pour officialiser l’annexion de la Crimée à la Russie. L’épisode laisse la communauté internationale outrée, mais sans voix. L’Ukraine évoque une « violation flagrante » de sa souveraineté. Le président russe, lui, en profite et sa cote de popularité s’envole.
 
30 septembre 2015 : intervention des militaires russes en Syrie pour soutenir l’armée de Bachar al-Assad

Des soldats russes défilent devant le portrait de Bachar al-Assad et celui de Vladimir Poutine dans le nord de la Syrie, le 9 mai 2018. (© GEORGE OURFALIAN – AFP)
 
Le 30 septembre 2015, l’aviation russe mène ses premiers bombardements. Moscou affirme avoir visé des cibles du groupe terroriste Etat islamique (EI). Vladimir Poutine estime qu’il faut « prendre de vitesse les terroristes » en les frappant sur les territoires sous leur contrôle avant « qu’ils n’arrivent chez nous ». Mais les rebelles syriens et les pays les soutenant accusent Moscou de viser surtout des groupes non jihadistes pour venir en aide à l’armée syrienne, affaiblie après une série de revers à partir de mars 2015. Le 20 octobre, Vladimir Poutine reçoit Bachar al-Assad, pour sa première sortie officielle du pays depuis le début du conflit en mars 2011. Cet épisode montre aussi sa détermination aux yeux du monde.
 
18 mars 2018 : Poutine réélu avec plus de 76% des voix, malgré des irrégularités signalées

Vladimir Poutine en décembre 2018. (© ALEXANDER NEMENOV – AFP)
 
C’est un score à faire pâlir beaucoup de chefs d’Etat démocratiquement élus : 76,6% des voix dès le premier tour. Vladimir Poutine rempile pour un nouveau mandat en tant que président. Le principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny n’avait finalement pas été autorisé à se présenter. Il avait donc décidé de mettre en place un réseau d’observateur pour surveiller le déroulement du scrutin. Ces personnes ont révélé plusieurs irrégularités et l’opposition a dénoncé des fraudes.
 
26 septembre 2018 : la réforme qui fâche

Alexei Navalny, le leader de l’opposition, est arrêté lors d’une manifestation à Moscou le 12 juin 2019. (© VASILY MAXIMOV – AFP)
 
Le 26 septembre 2016, les députés russes adoptent une réforme particulièrement impopulaire : le premier allongement de l’âge de la retraite depuis la période soviétique. La cote de popularité de Vladimir Poutine chute de manière vertigineuse. Le projet avait déjà provoqué de nombreuses manifestations et des revers électoraux inattendus pour le parti au pouvoir.
 
27 juillet 2019 : plus de 1000 personnes arrêtées lors d’une manifestation

27 juillet 2019: plus de 1000 personnes arrêtées lors d’une manifestation à Moscou. (© KIRILL KUDRYAVTSEV – AFP)
 
La réforme des retraites et l’impossibilité, pour plusieurs leaders de l’opposition, de se présenter sur les listes électorales pour les élections locales à Moscou, ont provoqué une vague de contestation sans précédent depuis la réélection de Vladimir Poutine en 2012. Les manifestants pointent aussi du doigt des revenus en baisse constante depuis 5 ans. Le 27 juillet 2019, une manifestation de l’opposition pour réclamer des élections libres est réprimée par la police. « 1074 personnes ont été arrêtées pour des infractions diverses au cours d’une manifestation non autorisée dans le centre de la capitale » déclarent alors les responsables de la police de Moscou. En réalité, la manifestation ayant été interdite, les manifestants ont été arrêtés simplement pour être descendus dans la rue et pour contester le Pouvoir de Vladimir Poutine. Quelques jours plus tard, 600 personnes ont à nouveau été mises derrière les barreaux dans des circonstances similaires et tous les leaders de l’opposition ont aussi été successivement embarqués par la police.

Source: http://www.mediacongo.net/

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