20 ans après sa disparition, aucune manifestation officielle pour Pépé Kallé

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Vingt ans se sont écoulés depuis que Jean Kabasele Yampanya Wa Bamulanga, alias « Pépé Kallé » a quitté la terre des hommes. Du haut de ses 2,10 mètres et de ses 150 kilos, l’éléphant de la musique africaine a pesé lourd sur la balance pour défendre la musique congolaise sur l’échiquier continental et bien ailleurs dans le monde. Mais le constat amer est que qu’après deux décennies, aucune cérémonie en son honneur n’a été organisée.

Le 20ème anniversaire du décès de Pépé Kallé est passé sous silence hier mercredi 28 novembre. Seul bémol, la mobilisation de sa famille biologique au cimétière, rien d’officiel n’a été organisé, ni du côté des musiciens, ni du côté des représentants du pouvoir public. Rien n’a été prévu pour honorer cet illustre musicien congolais contrairement à ses quatre contemporains qui se sont aussi illustrés dans l’art d’Orphée, à savoir : Franco Luambo Makiadi, Rochereau Tabu Ley, King Kester Emeneya et Papa Wemba.

Mastodonte de la musique congolaise, Pépé Kallé était l’un des ténors de la 3ème génération de la musique congolaise moderne et l’un des artistes du pays qui remplissait régulièrement les stades du continent. Il a été surpris par la mort le 28 novembre 1998, de suite d’une crise cardiaque. 

Chantre de choeur, Pépé Kallé fait désormais partie de cette génération de musiciens qui ont débuté leur carrière après leurs premiers pas en tant que choriste. La paroisse catholique Saint Paul de Barumbu et l’école portant le même nom , lui ont servi de tremplin pour consacrer toute sa vie à la musique moderne. L’une de ses plus grandes ambitions alors était de chanter, un jour, avec le célébrissime Joseph Kabasele dit « Kallé Jeef ». C’est lui d’ailleurs qui guida ses premiers pas. Mais au fil du temps, Pepé Kallé s’est frayé son propre chemin, créé son propre style, bien qu’il bégayait.

Né le 30 décembre 1951, à Léopoldville, l’actuelle Kinshasa, Kabasele Yampanya a fréquenté plusieurs groupes kinois notamment les « Zulu » et « Africa Choc ». Pépé Kallé s’est révélé en 1969 au sein de l’orchestre Bamboula de Papa Noël Nedule, dont le style s’inscrit dans la lignée de l’African Fiesta de Tabu Ley. C’est le célèbre saxophoniste de l’OK Jazz de Franco Luambo Makiadi qui le découvre et l’encadre dans le Groupe Vévé et dans une de ses formations phares « Lipwa Lipwa ».

Pépé Kallé s’associe ensuite à « Bella Bella », sous la direction des frères Maxime et Emile Soki et Canta Niboma avec qui il chante en duo. Pendant ce moment là, Kabasele Yampanya n’a qu’un petit répertoire de chansons enregistrées. Il s’agit de « Nazoki », « Nakobela », « Libaku »…

EMPIRE BAKUBA, UN EXEMPLE DE STABILITE

En 1972, cet originaire du Kasaï-Occidental (Kananga) porte sur les fonts baptismaux, l’orchestre Empire Bakuba qui sillonne le monde grâce à ses belles œuvres et productions. Les tournées planétaires mènent l’orchestre au Japon, aux Etats-Unis d’Amérique, en passant par les Caraïbes. 

Créé avec ses amis d’enfance, Matolu Dode alias « Papy Tex » et le musicien de la Révélation Kintambo, Dilu Dilumona, Empire Bakuba fait fureur. 

Le trio Kadima, qui l’anime, est un bel exemple de longévité dans un pays où la scission est érigée en système dans le monde musical. Le groupe est aussi celui qui imposa des danseurs aux tailles asymétriques.

DANS LE SILLAGE DE GRANDS MUSICIENS ET DES PRIX 

Avec son groupe, Pépé Kallé a glané plusieurs prix. Ses artistes ont été plébiscités plusieurs fois meilleur chanteur-compositeur et meilleur orchestre. Il a aussi participé à plusieurs œuvres collectives aux côtés de ses collègues tels que la légende vivante Lutumba Simaro, le Seigneur Tabu Ley, Matumona Defao, la Cléopâtre Mbilia Bel, Tshala Mwana. Il a œuvré pour des chansons patriotiques comme : « Franc congolais » et « Tokufa mpo na ekolo ».

Sur le plan international, Pépé Kallé remporte plusieurs prix dont celui du meilleur chanteur afro-africain attribué en 1991 par Radio France internationale (RFI). Avec son Empire Bakuba, ils ont laissé des traces indélébiles en prestant au Zénith de Paris en France avec ses animateurs-danseurs de petite taille. Des véritables actractions sur scène à savoir : Tumba Ayila dit Emoro (décédé en 1992), Joli Bébé, Dokolos et Dominique Mabwa.

Dans les années 80, l’habitant de l’avenue Kivunda, dans la commune de Bandalungwa et sa formation ont créé des danses telles que : « Kwassa kwassa », « Masasi calculer », « O nager ».

Ecrite en 1985, sa chanson « Article 15, débrouillez-vous pour vivre » a connu un grand succès. Dans cette chanson, l’auteur encourage les Zaïrois de l’époque à investir dans l’économie informelle pour pallier la situation économique précaire qui érode le pouvoir d’achat de la population. Un opus qui tombe à point nommé dans un contexte où le chômage au pays du Maréchal Mobutu est devenu monnaie courante.

Ce personnage sympathique a laissé un grand vide dans la famille congolaise des deux rives et malgré qu’il soit oublié après pratiquement 20 ans dans la mémoire collective des autorités mais du moins l’auteur de la chanson « Diviser par deux » a une chance dans ce sens où il restera à jamais dans le panthéon de grands artistes comme en témoignent ses œuvres.

Source: http://www.mediacongo.net/

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