2 août 1998: naissance d’un monstre nommé RCD

0

Toute commence le 2 août 1998. Sur les ondes des radios locales, Sylvain Mbuki, le commandant du 10e bataillon de l’armée congolaise de Laurent-Désiré Kabila basée à Goma, est le premier à  lancer un appel à l’insurrection. Les médias locaux diffusent pendant plusieurs heures son communiqué.

« Les provinces du Nord et du Sud-Kivu sont entrées dans une rébellion ouverte contre le gouvernement de Laurent Désiré KABILA. Nous, l’armée de la République Démocratique du Congo, avons pris la décision de démettre du pouvoir le président Laurent Désiré Kabila. »

Il s’agit là du début de l’une des plus meurtrières et longues guerres dont le pays ne s’en remettrait jamais. La déclaration, lue ici par un « Congolais de souche », ne découle cependant pas d’une guerre entre congolais. Mais, plutôt d’une querelle entre le tombeur Maréchal Mobutu et ses alliés Rwandais et Ougandais.

« Pour l’Ouganda et le Rwanda, Laurent Désiré Kabila a manifesté une dose d’ingratitude vis-à-vis d’eux. Tout a été programmé par l’ancien Chef d’Etat-major des armées congolaises James Kabarebe. Les troupes du Rwanda et de l’Ouganda s’infiltrent à Goma et surtout à Baraka où quelque deux mille militaires auraient débarqué par bateaux rapides. Pendant ce temps, les troupes ougandaises contrôlent les territoires de Beni et de Lubero« , commente le confrère Kakule Vyasongya, dans un long article publié en 2006 sur le site benilubero.com

En réalité, les mutins ici sont les « Banyamulenge », non contents de la décision de Laurent-Désiré Kabila de faire partir les troupes rwandaises du pays; craignant, semble-t-il, pour leur sécurité. Le Rwanda et l’Ouganda leur apporteront « une assistance » immédiate. Un groupe armé et organisé était constitué: le Rassemblement congolais pour la Démocratie (RCD). Ce groupe prit rapidement le contrôle des ressources minérales des provinces orientales du pays, et prit pour centre de ses opérations la ville de Goma. Le RCD prit également le contrôle des villes de Bukavu et Uvira au Kivu. Le gouvernement rwandais, constitué de Tutsis et allié avec l’Ouganda, et avec la bienveillance du Burundi, occupa une portion du nord-est du Congo.

Rébellion rwandaise d’anciens mobutistes

Après la victoire des rebelles à l’Est, un pont aérien sera organisé jusqu’à Kitona dans la province du Bas-Congo. Dès le 4 août 1998, un avion cargo de la compagnie Congo Airlines (CAL en sigle) aurait été détourné à Goma par des militaires rwandais sur ordre du commandant James Kabarebe, l’actuel ministre rwandais de la Défense, également ancien Chef d’Etat-major de Laurent-Désiré Kabila. Ce dernier prendra place dans l’avion et atterrit sans coup férir à la base militaire de Kitona où 8000 soldats rwandais et ougandais se rejoindront aux soldats de l’ancienne armée zaïroise en rééducation. Mais grâce aux nouveaux alliés des forces gouvernementales, Angolais et Zimbabwéens, la capitale (Kinshasa) ne tombera pas entre les mains des rebelles.

D’après Colette BRAECKMAN, l’appellation R.C.D. sera annoncée après l’échec du raid sur Kitona. Mais la déclaration politique qu’adoptent les fondateurs du R.C.D. sera datée du 1er août et fixe au 1er septembre la création du mouvement. En fait, le R.C.D. a été constitué au Rwanda dès le début du mois lors d’une réunion à huis clos qui sera gardée secrète. Selon un texte rédigé par Wamba Dia Wamba, c’est le commandant rwandais DAN qui, avec d’autres, fut chargé de recruter des Congolais et de les réunir à Kabunga au Rwanda.

Cette rébellion s’était dotée d’une direction politique et militaire depuis la ville de Goma en date du 16 août 1998, à la base d’une ramification d’alliances politiques en République démocratique du Congo, au point où certains cadres sont même au coeur de pouvoir, alors que d’autres sont dans l’opposition.

Le professeur Ernest WAMBA dia WAMBA fut son tout premier président, secondé de deux vice-présidents dont feu Arthur Z’AHIDI NGOMA et l’actuel rapporteur adjoint du Sénat, Moïse NYARUGABO. D’anciens proches du président Laurent-Désiré Kabila, en passant par ceux de l’actuel président Joseph Kabila, ou même des opposants, dont José Endundo, proche de Moïse Katumbi, faisaient également partie de la Direction politique du RCD, avant et après l’abattement de cet avion civil (voir graphique ci-haut).

Para ailleurs, la branche militaire était dirigée par Jean-Pierre ONDEKANE, chef d’Etat-Major Général et Commandant en chef des opérations du RCD, qui est à ce jour Général au sein des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).

Voir le graphique ci-dessous:

Source : Politico CD

Laisser un commentaire