18 octobre 1998: le crime collectif de Kindu

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Au mois d’octobre 1998,  la guerre entre le mouvement rebelle du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), soutenu par le Rwanda, et les troupes gouvernementales du président Laurent-Désiré Kabila se déroule aux abords de Kindu, ville située à 1200 kilomètres à l’est de Kinshasa. Le 18 octobre, un Boeing 727 de la compagnie Congo Airlines est abattu avec 50 personnes à bord (43 civils, essentiellement des femmes et des enfants, et 7 membres d’équipage).

Le lendemain, Alexis Thambwe, alors membre éminent de cette rébellion rwandaise, revendique l’action sur les ondes de Radio France Internationale. «Nous avons abattu aujourd’hui, à Kindu, un avion de la compagnie CAL qui venait de Kinshasa », reconnaît froidement l’actuel ministre de la justice. Il justifie alors le tir du missile (un Sam 7) par le fait que l’avion était sur le point d’atterrir à Kindu avec des militaires pro-Kabila à son bord. Une version immédiatement démentie par les responsables de la compagnie aérienne et de nombreux témoins.

L’avion n’était pas en approche de Kindu mais venait de décoller avec, à son bord, selon plusieurs témoignages rapportés par « La Libre », des civils qui cherchaient à fuir un front militaire qui ne cessait de se rapprocher de la ville.

L’affaire est longtemps passée inaperçue, car, entre temps, l’homme est devenu proche du président Joseph Kabila, fils de l’ancien président LD Kabila assassiné en 2001. Sauf que la justice belge a ouvert une enquête contre M. Thambwe , suite à une plainte déposée par plusieurs familles de victimes de ce qui peut être regardé comme un acte terroriste.

Alexis Thambwe est également sur la ligne de mire de la justice belge pour détournement de denier public. En effet, comme l’explique une brève de l’Agence France Presse, une enquête est alors ouverte sur un vaste réseau de blanchiment d’argent au départ du Sud-Kivu depuis 2003. A cette époque, les zones d’extraction du coltan sont aux mains de la rébellion rwandaise du RCD. Selon les informations recueillies par la justice belge et figurant dans un rapport de l’ONU, l’argent issu de la vente du minerai transite par la Belgique et retourne ensuite au Rwanda afin de financer la rébellion, à qui l’on attribue trois millions de morts. A la tête des sociétés d’extraction, des fonds très importants sont versés à un membre de la rébellion… Alexis Thambwe Mwamba.

Une boite de Pandore

Pour sa défense, juriste de formation, M. Thambwe explique qu’il n’était pas aux commandes du RCD. Par le biais de son avocat, maître Laurent Kennes qui s’est exprimait sur la libre de Belgique, Thambwe Mwamba dit être calme et il attend répondre à la justice.

Alexis Thambwe Mwamba « ne disposait ni d’une autorité, ni de compétence militaire au sein du mouvement RCD. Il était responsable des relations extérieures et a été informé, après le crash, de celui-ci. Il s’est borné à informer le public, pour le compte du RCD, des raisons pour lesquelles des militaires de ce mouvement avaient tiré un missile sur l’avion. Il n’a donc posé aucun acte en lien avec cet événement dramatique« .

Alors qui était vraiment le responsable? La ligne de défense d’Alexis Thambwe est d’autant plus dangereuse que l’ancien mouvement rebelle est à la base d’une ramification d’alliances politiques en République démocratique du Congo, au point au certains cadres sont même au coeur de pouvoir, alors que d’autres sont des cadres de l’opposition.

En effet, au 16 août 1998, cette rébellion s’était dotée d’une direction politique et militaire depuis la ville de Goma dirigée par le professeur Ernest WAMBA dia WAMBA, secondé de deux vice-présidents dont feu Arthur Z’AHIDI NGOMA et l’actuel rapporteur adjoint du Sénat, Moïse NYARUGABO. D’anciens proches du président Laurent-Désiré Kabila, en passant par ceux de l’actuel président Joseph Kabila, ou même des opposants, dont José Endundo, proche de Moïse Katumbi, faisaient également partie de la Direction politique du RCD avant et après l’abbatement de cet avion civil (voir graphique ci-dessous).

Para ailleurs, la branche militaire était dirigée par Jean-Pierre ONDEKANE, chef d’Etat-Major Général et Commandant en chef des opérations du RCD, qui est à ce jour Général au sein des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).

Tous responsables?

L’article 7 du Statut de Rome donne la liste des crimes de droit commun qui sont des crimes contre l’humanité dès lors qu’ils sont commis sur ordre « dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique dirigée contre toute population civile » : meurtre ; esclavage ; déportation ; emprisonnement abusif ; torture ; abus sexuels ; persécution de masse ; disparitions ; apartheid, etc.

Il sied cependant de noter qu’un autre leader de cette guerre de rébellion a écopé d’une condamnation  de 18 ans de prison par la Cour Pénale Internationale (CPI). En effet, la CPI a reconnu le 21 mars 2016, Jean-Pierre Bemba, ancien vice-président de la République démocratique du Congo, coupable « en tant qu’autorité hiérarchique« , de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. Le leader du Mouvement de Libération du Congo (MLC) n’avait pourtant jamais mis le pied en Bangui.

Pour la petite histoire,en 2002, le président de la République centrafricaine, Ange-Félix Patassé, fait appel à Bemba, dans le but de l’aider à soutenir son régime contre un coup d’État. Lors de cette intervention, ses soldats sont réputés s’être livrés à des exactions : vols, viols, pillages. Toutefois, selon la CPI,  l’ancien vice-président, « en raison de son instruction et de son expérience », était conscient de la gravité des crimes que « [ses] troupes commettaient et allaient commettre » en Centrafrique.

Dans le cas de poursuite, Alexis Thambwe est autant responsable que tout le directoire du RCD ayant cautionné l’ordre d’abattre cet avion civil. La boite de Pandore de Kindu n’a peut-être pas encore fini de surprendre.

Source : Politico CD

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