11e édition du festival Kimoko : les artistes réfléchissent sur le type de théâtre à proposer au public

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En marge de la manifestation qui s’est déroulé du 29 mai au 3 juin, à l’espace culturel Jean-Baptise-Tati-Loutard,  une conférence débat a été organisée sur le thème «Du théâtre au Congo pour quel public ? ». L’évènement a connu la participation des compagnies locales, nationales et étrangères.

La rencontre sur le thème de la onzième édition a eu lieu le 1er juin, au Bao Loungue bar, situé au quartier faubourg, dans l’arrondissement 5 Mongo Mpoukou, site qui a abrité le village du festival. Il s’est agi, au cours des échanges, de voir quel type de théâtre proposer au public,  suggérer des solutions pour remédier aux difficultés et bâtir des stratégies en vue d’attirer davantage du monde au théâtre.

Il ressort des échanges qu’au Congo comme dans d’autres pays d’Afrique centrale, cet art qui intéressait jadis un grand monde a perdu la côte à cause, entre autres, du  manque de salles de spectacles, son aspect élitiste, la concentration des grands espaces d’expression dans la zone du centre-ville (Institut français du Congo, centre culturel Jean-Baptiste-Tati-Loutard pour le cas de Pointe-Noire), son absence dans les quartiers populaires, les écoles, les églises et même les médias où on note plus la présence des spectacles de stand-up, un genre qui s’impose de plus en plus.

Néanmoins, un petit changement est constaté ces derniers temps du côté du public qui renoue petit à petit avec cet art grâce à quelques évènements culturels, comme le festival Kimoko, qui s’investissent dans sa promotion, ont fait observer les conférenciers. «Kimoko a été lancé en 2004 mais c’est seulement depuis 2016 que nous avons un peu plus de monde», a confié Alphonse Nkala, directeur de ce festival. Toutefois, beaucoup reste encore à faire, le chemin à parcourir pour ramener un plus grand monde au théâtre demeurant long.  

Pour changer la donne, les artistes ont suggéré de sensibiliser le public, en particulier les jeunes qui sont les plus grands consommateurs, à l’importance du théâtre dans la vie de l’homme et dans la société, lui faire comprendre que le théâtre n’est pas un art élitiste, c’est-à-dire des intellectuels, comme bon nombre de gens le considèrent. Ils ont aussi estimé qu’il faut créer des espaces d’expression et ramener le théâtre dans les quartiers, à l’exemple du festival Mantina sur scène de Brazzaville, qui draine maintenant du public en organisant des activités dans les quartiers populaires. Il ont souhaité que les opérateurs culturels soient encouragés à programmer certaines activités dans les quartiers, les écoles et les églises qui doivent aussi être amenées à la pratique du théâtre. 

Les artistes ont été invités à rendre leurs répertoires plus riches pour tenir compte des goûts et des besoins en adaptant le contenu au public, à l’époque, et en améliorant la qualité de leur travail par la formation (surtout des jeunes au théâtre d’identification). «Il faut faire un théâtre que les gens comprennent, un théâtre dans lequel ils se retrouvent», a suggéré un artiste. Autres aspects évoqués, l’usage régulier des médias et des NTIC pour la promotion du théâtre, des artistes et de leur travail. «Il faut créer des modèles de réussite sociale et vulgariser les œuvres à travers les médias et les réseaux sociaux.  Dès qu’il y aura des stars de théâtre, les gens vont revenir vers cet art », a estimé l’humoriste gabonais, Omar Defunzu.   

Kimoko, un concept de plus en plus intériorisé

Du côté de la scène, cette année, le festival a encore tenu son pari d’offrir gratuitement aux Ponténégrins des spectacles de qualité servis par des professionnels. Cela, malgré la conjoncture économique qui a réduit la liste de ses sponsors. Le public qui a encore répondu présent s’est régalé durant les six jours qu’a duré le festival. L’humoriste Omar Defunzu (tête d’affiche de l’édition) a encore drainé du monde et secoué avec son spectacle «Omar Defunzu seul en scène». «Je ne peux m’empêcher de rire dès que je le vois, imaginer maintenant quand je l’écoute», confiait un spectateur lors de la prestation de cette étoile du stand-up africain, surnommé Monsieur le président, à la dixième édition de Kimoko. Et pour cette onzième édition, l’artiste a encore assuré.

Le public a pu voyager dans plusieurs univers avec le spectacle de conte «Ikwale» avec Guillaume Ekoumé de Green théâtre du Cameroun, les pièces de théâtre «Point-virgule» jouée par Jean Felhy Kimbirima de Kimpa théâtre (France), «Le jour où Siméon sortira» par CulurEchanges de Brazzaville, «Pacte du diable» par Africa Graffiis, «Peine perdue» par Théâtre des coulisses, «Le campement de fortune» par Germaine Ololo de la Compagnie Issima ainsi que le spectacle «Merveilles du sud» du groupe de ballet théâtre Afro tam-tam de Pointe-Noire.

Destiné aux enfants, l’atelier de fabrication et de manipulation des marionnettes avec Olivier Ngoudé de Conni Dzing du Cameroun a encore fait des heureux. Cinquante et un enfants (contre une vingtaine à la 9e édition et trente-quatre à la 10e) ont participé à l’activité et fabriqué eux-mêmes des marionnettes qu’ils gardent comme souvenirs de cette expérience attrayante et enrichissante. Une restitution de cet atelier a été faite à la clôture du festival.

Le festival a enregistré plus de cinq mille personnes cette année pour douze représentations faites par quatre compagnies étrangères et cinq nationales. Un pari qu’il s’était fixé et qu’il a finalement atteint. Une preuve que le concept Kimoko est de plus en plus intériorisé et que les arts de la scène, en particulier le théâtre, retrouvent petit à petit leurs lettres de noblesse au Congo.

 

 

 

 

 

 

 

Légendes et crédits photo : 

1-Les artistes lors de la conférence débat / crédit photo Adiac
2-Omar Defunzu à la 11e édition du festival Kimoko
3-La compagnie CulturEchange à la 11e édition du festival Kimoko

Source : http://www.adiac-congo.com/

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